when the ink doesn't hide the pain ✿ ft. ike

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Mar 4 Juil 2017 - 15:58






when the ink doesn't hide the pain


ft. SAERI'I + IKE
Tu sifflotes doucement Sae. Une mélodie inconnue — ou peut-être perdue sur le bout de tes lèvres usées. Sourire ourlé. Tu te laisses porter par ces quelques notes murmurées, les yeux fermés. Cette musique sonne et résonne, soutenue par ta voix rauque et abimée. Tu ressemble à un crooner des décennies passées ; vestige d'un temps révolu ; d'un temps que tu n'as même pas connu. Tu es si jeune Sae — une vingtaine d'année. Pourtant, tu sembles avoir déjà tant vécu. Peut-être est-ce ces années passées dans la peur et dans la douleur. Peut-être est-ce ces années passées loin de ceux qui sont maintenant disparus.

Caresse esquissée ; pétale violacée. Wisteria enroule ses tentacules autour de ton biceps ; elle te chatouille doucement. Son corps transparent se colle contre ta peau transpirante. Elle te communique quelques pensées joyeuses ; crocus jaunes le long de ses membres translucides. Elle émet deux petits blop successifs — amusé, un doux sourire ourle tes lippes usées. Ses sentiments ; émotions ; pensées emplissent ta poitrine d'une joie non-altérée ; d'une étonnante pureté. Un lys éclôt au creux de ton pavillon. Doucement — délicatement, l'une de ses tentacules vient cueillir cette fleur. Ton anima offre un nouveau blop ravi avant de partir déposer sa trouvaille dans sa caverne cachée. Elle aime collectionner les fleurs provoquées par sa présence ; elle se réjouit de voir toutes ces pétales décorer ton corps ; marque de sa présence dans tes pensées.

Quelques mimosa jaunes apparaissent non loin de tes clavicules ; expression de ton sentiment de sécurité. Tu te sens bien ici, de ta liée ainsi accompagné. Tu te sens bien entouré de tes plantes ; tes fleurs ; tes succulentes et tes dessins ancrés. Cet espace te donne un goût de liberté — un goût de passé. Enfance révolue, tu souhaites plus que tout y retourner. Retourner à ces verts pâturages d'été ; ces collines et ces vallées. Retourner auprès de tes parents adorés ; ceux dont tu n'as plus de nouvelle depuis des années. Au creux de tes pensées tu entends le rire de ta soeur résonner — écho d'un temps oublié.

Pensées nostalgiques douces-amères, voilà qu'une colchique pousse le long de ton globe oculaire — douleur subite, douleur amère. Tu pousses un cri paniqué, tes doigts s'accrochent à ces pétales violacées ; paniqué. Wisteria revient vers toi, un blop inquiet et quelques trèfles le long de ses tentacules. La fleur continue son avancée, continuant inlassablement à pousser. Tu te fais maladroit ; désespéré. Tu souhaites arracher cette plante malfaisante. Respiration hachée ; tes ongles s'accrochent ; trainées sanglantes sur tes pommettes perlées. Sueur froide ; anima désespéré. Tu sens déjà l'épine d'aubépine transpercer ton flanc.

Wisteria s'agite, ses longues tentacules s'enroulent autour de tes membres ; tentant — essayant vainement de t'aider. L'une d'elle attrape ta pipe à opium ; ton eldorado ; ton nirvana qui permettra d'oublier tous tes tracas. Les doigts tremblant, tu t'empares de cet instrument. Bouffée exaltée ; déjà la douleur redescend. Depuis le temps, tu t'es habitué. Habitué à ces pics douloureux que tu ne peux contrôler. Tu te diriges, vacillant, vers une surface réfléchissante ;  un miroir ; quelque chose ; n'importe quoi.

Reflet brisé d'un homme qui ne sait plus s'il doit exister. Tu t'offres un sourire amusé ; d'une amertume à peine déguisée. Ton regard se pose sur cet oeil défiguré ; encore bordé de quelques pétales violacées. Tes ongles — griffes d'un instant l'on bien amoché. Boursoufflé ; ensanglanté ; tu ne sais pas si tu pourras encore l'utiliser. Tu jures entre tes dents avant de le désinfecter doucement. Tu n'as pas envie de la rencontrer si rapidement ; tu sais qu'elle va encore te faire payer. Sans plus tarder tu appliques une gaze sur ta blessure ; sécurisant délicatement.

La clochette du magasin résonne, signifiant la présence d'un invité. Sans plus tardé, attrapant ta pipe ; ton seul répit de la journée, tu te diriges vers la porte d'entrée. Ton regard balaye le bordel que tu as laissé ; pétales éventrées, gouttes de sang tombées. À croire qu'une bête sauvage t'as attaqué. Tu n'as plus le temps de nettoyé ; tu sens déjà quelques émotions tumultueuse au creux de tes pensées. Simple voile qu'il suffirait de lever ; trop éloigner pour que tu puisses encore les déceler.

— « Bonjour, que puis-je faire pour vous ? » demandes-tu poliment.



Index floral
Mimosa Jaune - Sécurité
Crocus - Joie
Lys - Pureté
Colchique - Nostalgie
Trèfle - Inquiétude
Épine d'Aubépine - Douleur



fleur en sucre
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fleur en sucre
Métier : arboriculteur + tatoueur
Mutation : empathie florale
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Mar 4 Juil 2017 - 21:03





when the ink doesn't hide the pain


▽ «  I just want to be free  » ▽
When the ink doesn't hide the pain




Fleur de cerisier. Peau marquée.
Et vers le ciel, la liberté. Envolée la liberté.


Perché en haut d’un toit, les jambes surplombant le vide, Ike était simplement assis là, au-dessus de cette ville dont nul ne pouvait maintenant s’échapper. Calme, la nuque blanche au vent et les yeux fermés, il appréciait les timides rayons du soleil perçants à travers les nuages, ainsi que la légère brise, qui avec douceur vint s’échouer sur sa peau en une agréable caresse.

Cela faisait maintenant plusieurs heures que le jeune Philia se tenait là, à cet endroit qu’il considérait probablement comme la frontière entre terre et ciel. Ici, il laissait son esprit s’envoler. Et sans qu’il ne s’en rendre vraiment compte, ses mouvements comme guidés par une volonté inconnue, sa main droite se leva. Et ses doigts nus, blancs et fins, qui d’accoutumé auraient été recouverts de cuir noir, vinrent se loger dans sa nuque.


Paria. Abomination.
Infériorité. Souffrance.


L’encre fleurie sous sa peau d’albâtre signifiait bien des choses. Plus encore, elle semblait le caractériser en tant que personne, le définissant aux yeux du monde comme un être abject, qu’il était préférable de mépriser plutôt que d’accepter. La société est un système complexe. Et les Hommes, depuis toujours bien trop enclin à suivre le mouvement, à ne surtout pas sortir du rang, sont faibles. Les œillères de Maxwell fermement rivées sur leurs tempes, ils auraient tué femmes et enfants sans trembler pour conserver leur petite vie tranquille.

Ike retira sa main de ce qu’il considérait comme son fléau, et la recouvra de son gant de cuir noir, cachant ses écailles blanches dont lui-même ne supportait pas la vue. Un soupire s’envola. Il n’aimait pas penser à ce genre de choses, mais depuis un moment, cela le travaillait…
Oui. Depuis quelques semaines maintenant, le jeune blanc éprouvait un certain malaise vis-à-vis de sa condition. Bien sûr, être Philia n’avait jamais était facile, et sa mutation n’était pas une partie de plaisir non plus – Malgré tout, il s’en était accommodé jusqu’à maintenant, préférant se battre plutôt que subir. Mais ce qu’il ressentait maintenant n’avait rien à voir avec ça.
C’était bien plus basique, bien plus élémentaire et certainement plus intime. Il le sentait dans sa peau ; Ce malaise. Sous sa peau ; Cette douleur.


Encre maligne. Fleur et épines.


Invisible à ses yeux mais exposé aux yeux du monde, Ike était comme chacun incapable de le voir, son propre tatouage. Cette fleur de cerisier, elle ne l’avait pas dérangé au début. Car ne pas voir aide à oublier. Mais on ne peut pas oublier cette marque. Cette sentence irrémédiable et absolue, profondément injuste et mère de toutes ses peines. Elle était à l’heure actuelle la seule et unique chose gravée au plus profond de lui. Et cette seule pensée suffisait à le rendre fou. Il se sentait souillé par ce tatouage qu’il n’avait pas été en mesure de refuser.

Ses iris dorées se levèrent vers le ciel. Et son esprit, nostalgique du temps passé, s’imagina l’espace d’un instant un vol d’hirondelle. Un merle. Un gaie bleu. Danse gracieuse de plumes colorées qu’il ne verrait sans doute plus jamais. Son cœur de photographe se serra à cette pensée. Et une idée germa dans son esprit. Une petite idée, aussi folle que soudaine pour lui qui était si rationnel.


S’il s’élançait vers le ciel, les bras grands ouverts, serait-il capable de s’envoler ?


S’envoler loin de cette cité barricadée. C’est ce qu’il souhaitait. Déplier de grandes ailes et quitter cette terre. Terre pourrie. Terre rongée, défigurée. Manipulée.






Quelques jours passèrent. Et Ike, qui n’était après tout qu’un homme, incapable de s’envoler tout compte fait, déambulait à présent dans les ruelles sombres du bronx, Plio emboitant ses pas, flottant dans les airs au lieu de marcher (ce qui était plutôt rare) – Ike ne s’était pas aventuré dans cet endroit depuis des mois, préférant de loin la quiétude du Queens. Seulement voilà…


L’envol. La liberté.


Cette idée n’avait pas quitté ses pensées. Elle s’était infiltrée au plus profond de lui, et l’avait guidé jusqu’ici, à l’Ohana – Ainsi, Ike se tenait devant ce salon de tatouage, un peu à l'écart du centre du Bronx, au coeur du Jardin Botanique. Et soudain il se senti tiraillé entre l’hésitation qu'il ressentait face à un tel lieu et la détermination qui l'avait mené jusqu'ici, avant que cette dernière ne prenne le dessus, le poussant à passer la porte dans une mélodie tintillante.

Car oui, il voulait l’encrer en lui, cette idée.

Mais là où le jeune homme s’attendait à trouver un endroit calme et accueillant (indépendamment du fait qu’il était dans le Bronx), il ne trouva que désordre et chaos. Au sol, objets éparpillés. A terre, pétales violacés, échoués. Et sur le plancher, du sang étalé. Ike resta de marbre un instant. Seul rayon de lumière dans cette ambiance oppressante : l’agréable odeur florale emplissant l’espace. Agréable, mais étrange compte tenu de la situation. A ses côtés, Plio semblait agitée. Où diable avaient-ils encore mis les pieds ?



            — « Bonjour, que puis-je faire pour vous ? »



Les pas feutrés, Ike ne les avait pas entendus arrivés. Et cette voix rauque, elle le fît sursauter. Reflex défensif acquis à ses dépens, la réaction fut immédiate : son corps agile se tendit légèrement, et sa main se posa sur l’un des couteaux à sa hanche d’un mouvement vif et maitrisé, prêt à dégainer au moindre danger. Toutefois, il lâcha rapidement sa prise en apercevant son interlocuteur, accueillant, une pipe au bec, mais visiblement blessé. Le philia grimaça ; La blessure avait l’air fraîche et douloureuse. L’œil abimé de l’homme était recouvert d’une compresse, et des trainées de sang jonchaient encore sa joue.
Après un instant de flottement, Ike repris ses esprits.



            — «… euh… oui ! Je venais pour me renseigner, mais euh… je peux revenir un autre jour si je dérange, enfin… Vous êtes blessé et… vous avez besoin d’aide ? Pas que je sois médecin ou quoi que ce soit mais enfin… Ça a l’air douloureux. »



Ike se perdait dans ses mots. Il s’était rapproché légèrement du jeune homme devant lui, observant son visage. Il ne savait pas quoi faire. Il ne se sentait d’habitude déjà pas très à l’aise avec les gens, alors là… il ne se sentait carrément pas à sa place et avait l’air d’un idiot. Il se gratta légèrement la nuque, embarrassé. Puis ses yeux s’échouaient sur les quelques fleurs longeant le corps du jeune homme, n’y prêtant dans un premier temps pas grande attention bien qu’il les trouva jolies. Du mimosa ? Sans doute un style vestimentaire, unique et osé. Allez savoir...
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