La belle et le bête

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Jeu 7 Sep 2017 - 18:40


La belle et le bête.



“Il y a des gens qui ont une bibliothèque comme les eunuques un harem.”


Victor Hugo

 Mes yeux glissaient sur les lettres, cherchant en vain un indice, une piste, un début d'information sur l'emplacement de l'objet de mon désir : le témoignage d'un prêtre renommé sur les événements de la Lune Rouge. J'avais trouvé les écrits d'un enfant de chœur qu'il avait protégé pendant cette période, qui mentionnait ce fameux ouvrage que je devinais d'une richesse profonde. Quelles réflexions avaient traversé l'esprit de ce grand penseur ? Quel avait été son point de vue, physique et mental, sur cet événement ? Avait-il sauvé certains ouvrages, en avait écrit d'autres, ou peut-être même seulement vu ? Autant d'un point de vue pratique que philosophique, ce livre était une perle qu'il me fallait trouver, absolument.

Mais l'ouvrage était récent, et donc fort peu cité. A vrai dire, je doutais même qu'il y en ait d'autres mentions que celles contenues dans le livret que je tenais, ce qui n'était pas pour me plaire : j'avais tout juste quelques vagues informations sur leur voyage dans une ville méconnaissable, un dessin de la couverture du livre, et son titre : "apocalypse rouge". Alors, je cherchais à retracer leur parcours dans la ville détruite, pour en déduire l'emplacement final approximatif de l'ouvrage…

Ce qui ne serait pas un problème, si ce n'était le bruit incessant à quelques mètres, de l'autre côté d'une étagère. Un homme, dont je n'avais encore jamais entendu la voix en ces lieux, ne cessait d'émettre des sons que je pouvais difficilement appeler "phrases" sans insulter la langue anglaise. En temps normal, il aurait subi mes foudres depuis belle lurette, mais j'étais trop affairée à mes recherches que pour m'interrompre. Que faisait Galaad, bon sang ?

Je décidai alors que l'impudent dépassait les bornes. Je me levai de ma chaise, et contournai l'étagère nous séparant. C'était un adulte, qui s'adressait à une jeune femme cherchant un livre. Je me dirigeai droit vers lui, laissant des éclairs sortir de mes yeux. Je m'arrêtai devant, croisai les bras, et d'une voix sarcastique et sans appel :
 - Vous m'en voyez fort contrite, mon cher, mais je vais devoir vous demander ou de quitter ces lieux, ou de vous tenir coi. Je ne serais surprise que vous l'ignoriez, mais cet endroit est une bibliothèque, les seules rencontres estompées sont celles avec les auteurs.
Bien sûr, je n'ignorais pas que nombre des habitués venaient dans l'espoir secret de revoir celui ou celle qui avait su capter leur cœur, et non pour parcourir quelque ouvrage… Ma foi, c'était un affront à la littérature que je souffrais sans mal, et je fermais souvent les yeux quand ils dépassaient les murmures autorisés. Un éclat de rire vite étouffé, des échanges vifs qui s'osaient à monter dans les tons… Je n'avais guère envie de refroidir ces amants et me montrait bien plus clémente, tant qu'ils restaient respectueux. Tout en leur souhaitant, du fond du cœur, de connaître une histoire plus heureuse que la mienne…

Mais en cet instant, tout ce que je voyais, c'était un idiot qui croyait avoir trouvé un nouveau terrain de chasse et qui allait subir une cruelle désillusion. D'une part parce que son interlocutrice ne semblait lui accorder qu'un intérêt limité, et de l'autre, parce que je n'allais guère tolérer une violation aussi flagrante des règles élémentaires de politesse propres à ce lieu. S'il protestait, il allait vite comprendre que mes premières phrases n'étaient qu'un hors-d'oeuvre...

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Dim 24 Sep 2017 - 16:52


La belle et le bête
On lui avait un jour dit que la lecture c'était important. Comment dire qu'il avait oublié ce conseil en 30 secondes avant d'engloutir son gâteau au chocolat son esprit ne répétant que des "Chocolat, chocolat, chocolat" durant cette conversation ennuyante. Il n'avait jamais été doué pour écouter lorsque de la nourriture était face à lui. C'était un enfant gourmand plus qu'assidu malgré tout ce que ces parents avaient tenter de faire pour qu'il change. Alors quand ce matin, pour son seul jour de congé, sa femme lui avait demandé de l'accompagner à la bibliothèque, il s'était roulé en boule sous la couette, enfonçant un oreiller sur sa tête en espérant que ce ne soit qu'un cauchemar. Pourtant, il n'avait fallut qu'une moue triste et de quelques mots prononcés avec un ton un peu enfantin et il était sorti du lit. Zigzag l'avait traité de faible avant d'aller manger directement dans la paquet de céréales sous le regard écœuré de Flocon l'anima de sa femme, un python albinos particulièrement agaçant si vous écoutez le Raton Laveur.

"Rick, s'il te plait, tu veux bien la faire taire ?"

Maintenant assis sur une chaise dans la bibliothèque, en silence, Rick riait en observant Zigzag imiter sa femme et son idiot d'anima.

"La ? …."

Oh oui Rick le savait, c'était le moment de s'éloigner le plus loin possible d'ici. Zigz' était un anima plutôt colérique et le sujet qui l'énervait le plus était lorsque l'on osait l'interpeller par des pronoms ou déterminants féminins. Elle n'avait rien de particulièrement féminine, même pas un raton laveur et elle tenait à ne jamais le paraître. Rick n'a jamais su pourquoi et au fond il s'en fou pas mal, il se contente de ne jamais l'énerver avec ça pour être tranquille.

Il quitta alors discrètement la table pour les laisser se hurler l'une sur l'autre loin de lui. Il n'avait rien fait pour mériter ça après tout. Il se contenta alors d'errer entre les différentes étagères de la bibliothèque sans but, il aurait pu bien évidemment attraper un livre et se plonger dedans, mais vraiment, il ne supportait pas de rester assis, les yeux rivés sur des lignes et des lignes de mots plus de quelques minutes. Ce n'était pas pour lui tout simplement. Alors lorsqu'une jeune femme l'interpella pour lui demander de lui attraper un livre trop haut pour ses petits bras, il ne put qu'afficher un large sourire charmeur avant de lui rendre ce service.

"Vous avez besoin d'autre chose Mademoiselle ?"

Nouveau sourire alors qu'elle lui répondait qu'elle cherchait un livre qu'elle n'arrivait pas à trouver et qu'elle adorerait le chercher avec lui. Il n'en fallut pas plus pour le jeune héros qu'à toujours été Rick pour qu'il lui offre son aide. Et il ne fallut pas plus de 5 minutes de discussion parsemés de sous-entendu pour qu'on vienne les déranger. Il a toujours eu la tchatche même dans une bibliothèque. Pourtant la jeune femme qui s'approchait ne semblait pas être facile à amadouer.

Il resta sérieux tout au long de la tirade de celle-ci même alors qu'il aurait voulu rire à son "contrite", il ne se retint pourtant pas de sourire comme l'idiot qu'il est toujours. Il s'excusa alors auprès de la femme qu'il avait accompagné jusque là en lui disant que malheureusement il ne pourrait pas l'aider plus longtemps et reposa son regard dans celui de la blonde face à lui. Il y voyait bien la colère, pourtant il continuait de sourire.

"Faut te calmer ma mignonne. Je venais seulement en aide à une femme dans le besoin, rien de bien grave, non ?"

Il tenta un clin d'œil avant qu'un léger rire passe ses lèvres.
Vraiment. Les livres ne lui avaient jamais réussi.
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je suis né avec une cuillère en argent dans la bouche, cette cuillère j'ai appris à m'en servir comme d'une arme face à ceux qui me l'ont offerte. appelez ça de l'ingratitude, j'appelle ça gagner sa liberté face à l'oppresseur. ma vie je l'ai construite par mes propres moyens, mes propres choix, comme ça si elle est à chier, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.
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Mar 26 Sep 2017 - 1:35


La belle et le bête.



“Toute autorité contient les germes de la tyrannie.”



Moses Isegawa

 J'avais l'impression que mes mots coulaient sur lui sans aucun autre effet que cet horripilant sourire qu'il affichait, ne faisant qu'alimenter mon agacement. Comprenait-il seulement le langage que j'employais, ou devrai-je m'abaisser à son niveau ? "Tais-toi ou va-t'en", voilà qui devrait être plus clair. Même s'il m'était douloureux d'user de la langue avec si peu de soin, comme une artiste forcée de repeindre sobrement une porte, la quiétude de l'endroit était naturellement plus importante que mes considérations linguistiques.

Comme pour faire durer la question, il ne me répondit pas de suite, préférant revenir à sa chère compagne du moment. Quelques mots d'excuses, et il lui déclara ne pas pouvoir continuer à offrir son aide. Je ne réagis pas, attendant poliment – il fallait montrer l'exemple aux enfants, n'est-ce pas ? – qu'il ait fini sa conversation, mais c'était à grand-peine que je retenais quelques répliques bien senties. L'aider, en bavardant et riant pendant une dizaine de minutes ? Il ne perdait rien pour attendre, l'impudent…

Enfin, il daigna m'accorder son attention, affichant toujours le même rictus idiot voire insolent. Ou il s'exécutait et il n'aurait plus à subir mes foudres, ou il s'entêtait, cherchait l'affrontement, et comprenait pourquoi les plus infimes murmures mourraient à mon passage.
Il choisit la mauvaise solution.
 - Faut te calmer ma mignonne. Je venais seulement en aide à une femme dans le besoin, rien de bien grave, non ?
Il venait non pas de faire une erreur, mais bien deux ; et j'allais lui faire regretter chacune d'entre elles… On me disait sévère, peut-être même harpie, et j'acceptais ces termes avec fierté : si j'étais stricte tout en restant respectueuse envers ceux qui le méritaient, je n'accordais aucune pitié aux impertinents de son acabit. Je n'avais guère de perdre à temps à ménager ceux qui me prenaient pour une idiote…

Sa première faute était son inacceptable familiarité, proche même de la condescendance. Je détestais que l'on me parlât comme à une enfant : j'étais bien plus intelligente et même expérimentée que la plupart de ces "adultes", et ne les laisserai pas utiliser un argument aussi absurde que l'âge pour s'imaginer supérieur. Aussi, d'une voix sèche, je commençai :
 - Pour commencer, vous allez prendre un tout autre ton en ma présence. Je ne suis et ne serai jamais "votre mignonne" mais Mlle de Fleury. De plus, si vous voulez profiter paisiblement de ces lieux, vous allez devoir apprendre à respecter ses responsables et à obtempérer à leurs directives. Ou, pour parler dans un registre plus accessible : je donne les ordres ici.
Sa seconde imprudence, c'était de m'avoir prise pour une naïve. Pourquoi donc les gens s'entêtaient à donner des réponses auxquelles ils ne croyaient même pas eux-mêmes, en sachant que leur interlocuteur ne serait guère plus dupe ?
 - De plus, je vous saurais gré d'avoir apporté votre aide à une lectrice, si l'intention eut réellement été louable… mais je doute que la recherche d'un simple ouvrage nécessite de si longs échanges, et encore moins si animés. Et si vous voulez réellement me faire croire que vous donniez des conseils d'expert, alors prouvez-moi vos connaissances en donnant des informations sur cet ouvrage !
Je brandis la feuille contenant le dessin du livre que je recherchais, prise inconsciemment avec moi. Bien entendu, il n'y avait aucune chance qu'il puisse m'aider : il ne semblait guère s'y connaître en littérature, et moi-même étais dans une impasse. Alors, consciente que c'était là un mouvement fort déloyal d'une part, et me rappelant qu'il y avait temps plus sagement usé que celui passé à réprimander cet homme de l'autre, je m'assagis quelque peu et, d'une voix qui se voulait plus cordiale, je terminai :
 - Alors, ne nous faites pas perdre de temps à tous deux avec de piètres excuses : admettez que vous trouviez plus d'intérêt en la personne de cette jeune femme qu'au respect des règles propres à ce lieu, promettez de ne plus troubler le calme de l'endroit, et l'incident sera clôt.
Il y eut quelques années, il n'aurait pu s'en tirer à si bon compte… mais s'il m'arrivait encore de céder à mes anciennes habitudes, j'avais appris la patience, à ne pas user d'autrui comme d'un sac de frappe verbal.  Mon sens de la réplique devait servir mon rôle de gérante de la bibliothécaire, et non l'inverse.

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Mer 31 Jan 2018 - 19:56


La belle et le bête
Rick est un idiot, cela n'est plus une chose a prouvé, il le sait, tout le monde le sait et il a finit par l'accepter bien plus vite que bien des gens. Pourtant à cet instant, il fronce les sourcils, ferme son visage alors que son sourire doucement s'efface. Oui il n'est pas très intelligent, mais cela ne veut pas dire qu'il accepte qu'on le lui fasse remarqué. Si cette gamine était un homme de son âge et que ce lieu était un bar, Rick n'aurait pas hésité et son poing se serait très rapidement retrouvé dans le nez de l'emmerdeur. Malheureusement, il n'était pas de ceux qui se frappent les femmes ou les enfants, son poing se resserra pourtant par reflexe, peut-être tout simplement pour tenter de contrôler la foudre qui commençait à grésiller au bout de ses doigts.

C'est à cet instant que Zigzag le rejoignit, elle avait bien senti le malaise de son lié et comme tout bon anima, elle avait ce besoin viscérale de lui venir en aide dans ces cas là.

Hé Ricky, il s'passe quoi ? Cette gamine veut te voler tes bonbons ?

S'approchant sur deux pâtes, le raton laveur leva des yeux accusateurs en direction de la blonde, tentant d'afficher une expression de mépris à travers son pelage. Si Rick n'aimait pas qu'on le prenne pour un idiot, Zigzag pouvait se montrer très virulente si quelqu'un venait à essayer de le faire.

Rien, rien, cette Demoiselle me donne une leçon, paraît-il.

Ce qui l'avait particulièrement énervé en réalité avait été sa dernière insinuation. Sa réputation n'était plus à faire, bien sûr que c'était un dragueur invétéré, mais cela n'entachait en rien le fait qu'il voulait aider la jeune femme dans un premier lieu.

Et vous concernant Mademoiselle, j'apprécierais vraiment que vous ne supputiez pas des choses sans en avoir la moindre preuve. Ce que vous avez pris pour de l'intérêt n'était qu'une conversation amicale, vous devriez essayer des fois, vous verrez vous en deviendrez peut-être plus aimable.

Zigz' fit un petit sifflement en donnant un petit coup dans la cuisse de son lié, étrangement fier de lui. Il ne parlait de cette façon qur dans deux situations, quand sa mère essayait encore une fois de manipuler sa vie ou alors quand sa femme finissait par un peu trop le provoquer. La colère était rare chez cet homme et elle ne durait jamais bien longtemps, après tout, il est de ceux qui arrive si facilement à faire disparaître leur soucis, préférant penser à des choses plus joyeuses. D'ailleurs le racoon pouvait de nouveau le voir sourire, un sourire provocateur alors qu'il levait un sourcil dans sa direction.

Et ce livre, je ne l'ai peut-être pas lu, mais je pense en savoir plus que vous à son sujet, par exemple, sa localisation. Enfin, je ne voudrais pas déranger plus longtemps, donc excusez moi, je vais prévenir ma femme afin de quitter les lieux.

Tournant le dos à la bibliothécaire, Rick affiche alors un large sourire quand elle ne peut plus le voir, Zigzag grimpant sur son dos avant de faire une grimace à la blondinette pour jouer le jeu.

T'inquiète Rick, je t'achèterais une glace pour ta peine. S'pas tous les jours qu'on s'fait agresser par une gamine après tout. Le spectacle vaut au moins ça.
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je suis né avec une cuillère en argent dans la bouche, cette cuillère j'ai appris à m'en servir comme d'une arme face à ceux qui me l'ont offerte. appelez ça de l'ingratitude, j'appelle ça gagner sa liberté face à l'oppresseur. ma vie je l'ai construite par mes propres moyens, mes propres choix, comme ça si elle est à chier, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.
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Sam 24 Fév 2018 - 23:27


La belle et le bête.



“L'humilité : c'est la charité de l'orgueil. Être humble, c'est se rapetisser à la hauteur des autres, lorsqu'on se croit, en somme, plus grand qu'eux.




Henri de Régnier

 J'eus une certaine satisfaction quand, à ce second essai, son insupportable sourire céda. Sans doute venait-il de comprendre qu'il ne s'en sortirait pas par une boutade et quelque mauvaise excuse… j'étais intraitable et il était bon pour lui de le réaliser. Je vis même ses jointures blanchir, sans ciller cependant : je ne craignais pas ses coups. J'en avais connu bien trop pour qu'ils m'effrayent encore...

Pourtant, avant qu'il ne se décide à user de violence, un nouveau petit plaisantin s'invita à la scène :
 - Hé Ricky, il s'passe quoi ? Cette gamine veut te voler tes bonbons ?
 Et de m'offrir un regard désobligeant. Je ne le lui rendis point, n'ayant nulle envie d'entrer dans ce jeu stérile : j'avais livré un message clair et je voulais qu'il soit obéi, tel était tout ce qui m'importait. Je n'avais guère le temps d'éduquer ces deux rustres, des tâches importantes m'attendaient, comme la recherche de l'ouvrage.

Mais cet imbécile n'eut pas le bon sens de ravaler son orgueil et obtempérer. J'eus presque préféré qu'il me frappe, que je puisse le faire jeter dehors et que cela soit réglé prestement !
 - Rien, rien, cette Demoiselle me donne une leçon, paraît-il. Et vous concernant Mademoiselle…
J'écoutai silencieusement son monologue, déjà lassée de cette rencontre. Une conversation amicale découlait forcément d'un intérêt pour l'autre, à moins qu'il n'aimât tant s'entendre parler qu'il ne voyait le dialogue que comme un moyen de savourer sa voix. Au vu des idioties qu'il perdait mon temps à déblatérer, cela pouvait bien se révéler être le cas ! Quant à être aimable, je n'en avais cure, je faisais respecter l'ordre et cela m'était suffisant.

Néanmoins, lui et son raton laveur semblaient tirer grande fierté de cette réplique qui ne m'invoquait qu'indifférence. Si ce comportement même atteignait mon orgueil – pensait-il réellement avoir emporté une quelconque joute verbale ? –, je décidai cependant de ne pointfaire durer plus longtemps cet épisode navrant et vain. D'un ton neutre, je répondis
 - Je suis odieuse et cruelle, soit, si cela peut vous réconforter. Le fait est que je fais régner l'ordre séant, et que vous continuez à le troubler. Aussi, je vous adresse une dernière-
 - Et ce livre, je ne l'ai peut-être pas lu, mais je pense en savoir plus que vous à son sujet, par exemple, sa localisation. Enfin, je ne voudrais pas déranger plus longtemps, donc excusez-moi, je vais prévenir ma femme afin de quitter les lieux.
Désarçonnée, je ne pus réagir de suite. Il détenait des informations sur l'ouvrage ? Non, il devait mentir pour sauver le peu d'honneur qu'il lui restait. Je n'allais me laisser tromper par ce piège évident !

Et par l'orgueil brûlant, la fée reste coite
Elle préfère le doute à la simple question
Adieu livre perdu, du savoir le bastion
Elle t'arrache au Roi pour garder tête droite


Que ces vers viennent de ce maudit papillon ne les privaient guère d'être vrais. Et si le rictus du raton laveur ne m'aidait point à prendre la décision raisonnable, le sourire d'un Galaad qui passait atténua quelque peu ma colère. Je ne devais plus céder à mes sentiments si aisément, j'avais des responsabilités plus importantes… Un récit aussi puissant et sage de cet événement horrible serait d'une aide inestimable pour le contrer s'il venait à ressurgir. La vie de milliers de citoyens ne pouvait souffrir ma petite fierté…

Faisant preuve de toute l'humilité dont j'étais capable, je rattrapai l'homme et demandai :
 - Attendez ! Il…
Il n'était pas question de présenter quelconque excuse : je n'avais nul tort dans mon chef et l'hypocrisie ne m'était guère plaisant. Nonobstant ce refus d'une politesse inadéquate, je tentai de prendre un ton conciliant :
 - Nous avons nos griefs, c'est un fait. Néanmoins, vous n'êtes la première personne qui me déplaît et il en est sûrement de même pour vous : nous pouvons surpasser ces animosités en adultes. Cet ouvrage est primordial, une aide inestimable pour mieux comprendre la Lune Rouge ! Si vous avez le moindre indice sur sa position, il est de votre devoir de m'en dire plus !
Mon ton n'était point autoritaire, il tenait plutôt du constat. S'il refusait cependant, je ne comptais guère en rester là : révéler ces savoirs tenait à plus que l'obligation morale et je ne craignais point d'avoir recours à la menace… et son exécution.

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Dim 22 Avr 2018 - 18:52


La belle et le bête
Dire que Rick était fier serait un euphémisme face au grand sourire qu'il ne pouvait s'empêcher d'afficher. Zigzag quant à elle, aurait presque oublié l'après-midi de torture qu'elle venait de subir à supporter sa femme. Elle était la pire des garces et l'anima avait beau le répéter à Rick, celui-ci ne l'écoutait jamais et ou finissait par se braquer quand elle insistait pour qu'il prenne conscience de ce qu'était réellement leur mariage. Après tout, la vérité sur leur connerie est ce qui énerve le plus les idiots. Il n'était même pas capable de voir qu'elle ne l'aimait pas et ne vivait à ses côtés que pour son argent, elle qui ne cesse de lui demander un enfant alors qu'il n'est même pas capable de prononcer le nom de Dylan sans perdre son sang-froid. Cette femme était la pire chose qu'elle est jamais eue à supporter et elle aurait tant aimé que Rick arrête de perdre son temps avec elle. Pourtant, à cet instant, cet idiot sourit parce qu'il entend la jeune fille le rattraper.

Il tente alors de faire disparaître son sourire, mais peine perdu, il en est incapable. Alors il se tait pour ne pas l'énerver, parce qu'au fond, ce n'est pas son but, ça ne l'est jamais. Pourtant, son sourire étincelle de nouveau une fois la tirade de la jeune femme terminée. Une main sur la hanche et l'autre qui passe dans ses cheveux, il finit par perdre la dernière once de colère qu'il avait pu avoir pour cette bibliothécaire.

Oh, tu sais personnellement, je n'ai rien contre toi.

Zigzag grogne alors pour faire comprendre que contrairement à son lié, elle, si.

Ne fais pas attention à elle, elle n'aime personne, tu la verrais avec ma femme…

Et comme d'habitude Rick parle, il parle de tout et de rien, mais surtout pas de ce qui intéresse son interlocuteur. Il est comme ça. Habituellement, son anima le frapperait un petit coup pour qu'il arrête ses divagations inutiles, mais à cet instant elle est trop occupé, debout sur l'épaule de Rick, se tenant d'une patte sur sa tête pour garder l'équilibre, à fixer cette blonde qui ne lui inspire aucune confiance. Mais après un instant à parler de sa femme, de son anima si énervant, il finit enfin par prendre conscience de ce que la demoiselle lui avait demandé. 

Et pour le livre, j'ai mieux que sa position : j'en suis le propriétaire.

Techniquement, c'étaient ses parents, mais bon avait-elle vraiment besoin de le savoir ?

Mes parents font partis des conseillers du Roi et ma mère est obsédé par les évènements liés à la Lune Rouge. Elle le lisait il n'y a pas si longtemps de ça.

Obsédé était un faible mot. Sa mère voulait obtenir des réponses sur cette chose qui avait détruit sa famille. Cette chose qui lui avait volé son adorable petit fils, cette chose qui avait brisé son fils à tout jamais, cette chose contre qui elle voulait obtenir vengeance. Et puis il y avait les pouvoirs qu'elle voulait comprendre pour essayer d'aider Rick avec le sien. C'était d'ailleurs elle qui avait demandé la confection du casque qu'il porte lorsqu'il doit utiliser son don afin d'éviter qu'une fois encore, il ne manque de mourir.

Mais c'est une femme occupée, je ne sais pas si elle aura le temps de te recevoir, ni même l'envie.

Zigzag fait alors un bruit moqueur en direction de son lit avant de s'asseoir sur son épaule.

Ta mère ne te refuse jamais rien andouille ! Impitoyable en affaire, elle a presque fait pleurer un Dué qui refusait de lui dire où était la localisation de ce livre, mais elle ne peut pas dire non à tes beaux yeux verts.
 

Rick fait alors un grand sourire. Zigz' avait totalement raison, si jamais il disait à sa mère qu'une amie à lui était intéressée par ce livre, elle ne pourrait jamais lui dire non. Après tout, savoir Rick avec une femme non-vénale et surtout non-illettrée la rassurerait même. 
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Jeu 10 Mai 2018 - 3:10


La belle et le bête.



“La franchise est la meilleure des diplomaties, sans doute parce qu'elle ne fait pas de tort à l'autre.”



Ivan Tourgueniev

 Sa manœuvre n'espérait qu'une réaction, et je n'avais d'autre choix que de remplir ses attentes mesquines : son large sourire d'idiot ne cachait guère sa satisfaction. Grand bien lui en fasse ! L'heure n'était point aux joutes puériles, il me fallait seulement découvrir s'il s'agissait d'un mensonge ou s'il était réellement possible qu'il se montrât utile. Je pourrais le découvrir aisément à l'aide de mon pouvoir, il semblait bien trop simple pour contrer ce dernier ou même prendre conscience de mon intrusion en son esprit : cependant, je répugnais à en faire usage par éthique même en ultime recours, et a fortiori contre un Agapè – aussi agaçant était-il. J'allais devoir user de diplomatie…
 - Oh, tu sais personnellement, je n'ai rien contre toi.
La réciproque n'était vraie. Il avait fait preuve d'une impolitesse rare et d'une puérilité consternante, je n'étais femme à pardonner sans bonnes raisons. Cependant, il avait là l'occasion de se racheter à mes yeux, que telle soit son intention ou non. Espérons que ces soudaines favorables dispositions n'étaient  point hypocrites et qu'il ne partageât pas plus l'animosité de son anima.
 - Ne fais pas attention à elle, elle n'aime personne, tu la verrais avec ma femme…
Son épouse ? Le doute me prit un instant, en remarquant en effet son anneau. M'étais-je alors réellement fourvoyée sur ses intentions envers la jeune femme, quelques temps plus tôt ? Ou… était-il d'une morale plus déplorable encore que je ne l'imaginais ? Si l'affaire avait son importance, celle qui m'intéressait en cet instant ne pouvait souffrir de contretemps sur de secondaires énigmes ; et, à dire vrai, il serait vraisemblablement bon de le faire comprendre à l'individu qui semblait prendre un malin plaisir à me faire perdre mon temps. Était-il conscient qu'il ne tenait son pouvoir sur moi que de ma loyauté au Roi ? Que son emprise était une illusion créée sur ma bonté, que je ne cherchais la voie diplomatique que par conciliation ? Si sa mauvaise volonté s'aventurait au-delà d'une limite tolérable, je n'aurais alors aucune hésitation à prendre de plus drastiques mesures…
 - Et pour le livre, j'ai mieux que sa position : j'en suis le propriétaire.
Absurde. Si ce livre avait été en possession de notre propre caste, je l'aurais découvert. Il ne s'agissait donc bien que d'une mesquinerie de pl-
 - Mes parents font partis des conseillers du Roi et ma mère est obsédé par les événements liés à la Lune Rouge. Elle le lisait il n'y a pas si longtemps de ça.
Je levai les yeux au ciel, alors qu'un soupir las s'échappa de mes lèvres. Assurément ! Devais-je à mon tour l'informer que ce cher Galaad était le frère irrévélé du Roi et que je me targuais moi-même d'une descendance proche avec la souveraine de ce qui fut l'île d'Angleterre ?

Une pensée soudaine me tira pourtant de mes sarcasmes. Après tout, il pourrait s'agir là de la réponse à une énigme qui m'occupait l'esprit depuis notre rencontre : comment tel hurluberlu avait-il pu mériter le prestigieux tatouage ? Si ses prétentions se révélaient fondées… Non, ce ne pouvait être vrai… Un tel rustre, fils des plus proches du Roi ? Bien entendu, je connaissais chacun d'eux, de nom et de visage… Comment s'appelait l'homme, encore ? "Ricky", l'avait surnommé son raton-laveur….

Ricky… Rickaerdt ! Mr et Mme Montgomery avaient un fils de ce nom, je l'avais entendu au détour d'une conversation ! Se pourrait-il… Non, il… Je…
Avais-je réellement traité tel un mauvais garnement l'enfant de personnes aussi émérites ?

Confuse, je me sentis rougir et légèrement paniquer : avais-je mal agi ? Pouvais-je réellement juger de l'éducation donnée par les conseillers du Roi eux-mêmes, ceux qui étaient investis de son entière confiance et donc de la mienne ? Mais… il avait mal agi, c'était un fait. Etait-ce manquer du respect que ses parents méritaient que de sermonner leur descendant ? Je n'avais point crainte des représailles, non : c'était bien l'angoisse de manquer à mes obligations et valeurs qui me troublait.

Cependant, avant que je ne puisse décider de présenter mes excuses ou de m'en garder, il continua :
 - Mais c'est une femme occupée, je ne sais pas si elle aura le temps de te recevoir, ni même l'envie.
- Ta mère ne te refuse jamais rien andouille ! Impitoyable en affaire, elle a presque fait pleurer un Dué qui refusait de lui dire où était la localisation de ce livre, mais elle ne peut pas dire non à tes beaux yeux verts.
Comment donc faisait cet idiot pour bouleverser mes pensées à chacune de ses phrases pourtant stupides ? Bien sûr, ces conseillers étaient dignes de leur poste et de mon profond respect : le Roi n'aurait fait tel choix s'il n'eut été éclairé. Cependant, nul n'était exempt de failles, de faiblesses… Il semblerait que l'homme ou plutôt l'enfant qui me faisait face en était une. C'était là chose que je pouvais comprendre. Comme l'amour de mes parents pour mon frère les avait aveuglés, incapables de déceler la malveillance en lui, j'avais perdu toute prudence par ce même sentiment… Je sentis mon trouble s'apaiser légèrement. Il ne me semblait plus désormais remettre en question les choix de mon Seigneur en condamnant l'éducation de ses conseillers : il s'agissait de deux facettes fort différentes. Et si cet homme espérait que je le respecte personnellement pour son ascendance, il déchanterait vite…

Je n'appréciais d'ailleurs guère son petit chantage et ce sourire faussement amical, plein de promesses fourbes. Était-il réellement le naïf simplet qu'il laissait deviner, ou n'était-ce que masque pour cacher un esprit malin et calculateur ? Sans doute espérait-il avoir hérité des talents de sa mère en affaires ; grand bien lui en fasse, mais je ne comptais marchander quand ma tâche servait notre même cause ! Je croisai les bras et rétorquai fermement :
 - Je ne sais ce que vous estompez m'arracher contre votre aide ; cependant, n'ayez tracas plus longtemps. Votre mère sera à n'en point douter plus éclairée sur les véritables enjeux de ma demande et fera suite à ma requête, que vous interveniez ou non. Point n'est mon désir de remporter une quelconque lutte nous opposant – qui serait par ailleurs aussi absurde que nuisible à notre Roi –, mais je n'ai guère temps à sacrifier pour ménager votre fierté.
Quelques années plus tôt, j'aurais terminé sur ces termes et m'en serait allée sans plus de discours. Cependant, Galaad et son influence pacifique me poussaient peu à peu à ne plus me plaire dans les conflits permanents et vains. Aussi, bien qu'il m'en coûtât, j'ajoutai d'un ton plus calme :
 - Néanmoins, eu égard au statut émérite de vos parents et dans l'espoir de clore cette rencontre sans heurt ni amertume, je ne vous tiendrai grief de vos actes reprochés. De plus, si vos intentions envers cette jeune femme tenaient réellement de l'altruisme louable, veuillez accepter mes plus sincères excuses.
Et s'il s'avérait finalement que notre cher ami se plaisait à orner sa chère épouse de cornes, qu'il soit assuré que mon plus profond mépris lui sera accordé… Gardant cependant cette pensée par-devers moi, je fis une légère révérence pour signifier mon départ et lui tournai le dos. Il y avait à quelques rangées de nous un homme d'âgé vénérable qui me semblait en quête d'un ouvrage depuis un certain temps...

©️ Halloween




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