La belle et le bête

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Jeu 7 Sep 2017 - 18:40


La belle et le bête.



“Il y a des gens qui ont une bibliothèque comme les eunuques un harem.”


Victor Hugo

 Mes yeux glissaient sur les lettres, cherchant en vain un indice, une piste, un début d'information sur l'emplacement de l'objet de mon désir : le témoignage d'un prêtre renommé sur les événements de la Lune Rouge. J'avais trouvé les écrits d'un enfant de chœur qu'il avait protégé pendant cette période, qui mentionnait ce fameux ouvrage que je devinais d'une richesse profonde. Quelles réflexions avaient traversé l'esprit de ce grand penseur ? Quel avait été son point de vue, physique et mental, sur cet événement ? Avait-il sauvé certains ouvrages, en avait écrit d'autres, ou peut-être même seulement vu ? Autant d'un point de vue pratique que philosophique, ce livre était une perle qu'il me fallait trouver, absolument.

Mais l'ouvrage était récent, et donc fort peu cité. A vrai dire, je doutais même qu'il y en ait d'autres mentions que celles contenues dans le livret que je tenais, ce qui n'était pas pour me plaire : j'avais tout juste quelques vagues informations sur leur voyage dans une ville méconnaissable, un dessin de la couverture du livre, et son titre : "apocalypse rouge". Alors, je cherchais à retracer leur parcours dans la ville détruite, pour en déduire l'emplacement final approximatif de l'ouvrage…

Ce qui ne serait pas un problème, si ce n'était le bruit incessant à quelques mètres, de l'autre côté d'une étagère. Un homme, dont je n'avais encore jamais entendu la voix en ces lieux, ne cessait d'émettre des sons que je pouvais difficilement appeler "phrases" sans insulter la langue anglaise. En temps normal, il aurait subi mes foudres depuis belle lurette, mais j'étais trop affairée à mes recherches que pour m'interrompre. Que faisait Galaad, bon sang ?

Je décidai alors que l'impudent dépassait les bornes. Je me levai de ma chaise, et contournai l'étagère nous séparant. C'était un adulte, qui s'adressait à une jeune femme cherchant un livre. Je me dirigeai droit vers lui, laissant des éclairs sortir de mes yeux. Je m'arrêtai devant, croisai les bras, et d'une voix sarcastique et sans appel :
 - Vous m'en voyez fort contrite, mon cher, mais je vais devoir vous demander ou de quitter ces lieux, ou de vous tenir coi. Je ne serais surprise que vous l'ignoriez, mais cet endroit est une bibliothèque, les seules rencontres estompées sont celles avec les auteurs.
Bien sûr, je n'ignorais pas que nombre des habitués venaient dans l'espoir secret de revoir celui ou celle qui avait su capter leur cœur, et non pour parcourir quelque ouvrage… Ma foi, c'était un affront à la littérature que je souffrais sans mal, et je fermais souvent les yeux quand ils dépassaient les murmures autorisés. Un éclat de rire vite étouffé, des échanges vifs qui s'osaient à monter dans les tons… Je n'avais guère envie de refroidir ces amants et me montrait bien plus clémente, tant qu'ils restaient respectueux. Tout en leur souhaitant, du fond du cœur, de connaître une histoire plus heureuse que la mienne…

Mais en cet instant, tout ce que je voyais, c'était un idiot qui croyait avoir trouvé un nouveau terrain de chasse et qui allait subir une cruelle désillusion. D'une part parce que son interlocutrice ne semblait lui accorder qu'un intérêt limité, et de l'autre, parce que je n'allais guère tolérer une violation aussi flagrante des règles élémentaires de politesse propres à ce lieu. S'il protestait, il allait vite comprendre que mes premières phrases n'étaient qu'un hors-d'oeuvre...

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Dim 24 Sep 2017 - 16:52


La belle et le bête
On lui avait un jour dit que la lecture c'était important. Comment dire qu'il avait oublié ce conseil en 30 secondes avant d'engloutir son gâteau au chocolat son esprit ne répétant que des "Chocolat, chocolat, chocolat" durant cette conversation ennuyante. Il n'avait jamais été doué pour écouter lorsque de la nourriture était face à lui. C'était un enfant gourmand plus qu'assidu malgré tout ce que ces parents avaient tenter de faire pour qu'il change. Alors quand ce matin, pour son seul jour de congé, sa femme lui avait demandé de l'accompagner à la bibliothèque, il s'était roulé en boule sous la couette, enfonçant un oreiller sur sa tête en espérant que ce ne soit qu'un cauchemar. Pourtant, il n'avait fallut qu'une moue triste et de quelques mots prononcés avec un ton un peu enfantin et il était sorti du lit. Zigzag l'avait traité de faible avant d'aller manger directement dans la paquet de céréales sous le regard écœuré de Flocon l'anima de sa femme, un python albinos particulièrement agaçant si vous écoutez le Raton Laveur.

"Rick, s'il te plait, tu veux bien la faire taire ?"

Maintenant assis sur une chaise dans la bibliothèque, en silence, Rick riait en observant Zigzag imiter sa femme et son idiot d'anima.

"La ? …."

Oh oui Rick le savait, c'était le moment de s'éloigner le plus loin possible d'ici. Zigz' était un anima plutôt colérique et le sujet qui l'énervait le plus était lorsque l'on osait l'interpeller par des pronoms ou déterminants féminins. Elle n'avait rien de particulièrement féminine, même pas un raton laveur et elle tenait à ne jamais le paraître. Rick n'a jamais su pourquoi et au fond il s'en fou pas mal, il se contente de ne jamais l'énerver avec ça pour être tranquille.

Il quitta alors discrètement la table pour les laisser se hurler l'une sur l'autre loin de lui. Il n'avait rien fait pour mériter ça après tout. Il se contenta alors d'errer entre les différentes étagères de la bibliothèque sans but, il aurait pu bien évidemment attraper un livre et se plonger dedans, mais vraiment, il ne supportait pas de rester assis, les yeux rivés sur des lignes et des lignes de mots plus de quelques minutes. Ce n'était pas pour lui tout simplement. Alors lorsqu'une jeune femme l'interpella pour lui demander de lui attraper un livre trop haut pour ses petits bras, il ne put qu'afficher un large sourire charmeur avant de lui rendre ce service.

"Vous avez besoin d'autre chose Mademoiselle ?"

Nouveau sourire alors qu'elle lui répondait qu'elle cherchait un livre qu'elle n'arrivait pas à trouver et qu'elle adorerait le chercher avec lui. Il n'en fallut pas plus pour le jeune héros qu'à toujours été Rick pour qu'il lui offre son aide. Et il ne fallut pas plus de 5 minutes de discussion parsemés de sous-entendu pour qu'on vienne les déranger. Il a toujours eu la tchatche même dans une bibliothèque. Pourtant la jeune femme qui s'approchait ne semblait pas être facile à amadouer.

Il resta sérieux tout au long de la tirade de celle-ci même alors qu'il aurait voulu rire à son "contrite", il ne se retint pourtant pas de sourire comme l'idiot qu'il est toujours. Il s'excusa alors auprès de la femme qu'il avait accompagné jusque là en lui disant que malheureusement il ne pourrait pas l'aider plus longtemps et reposa son regard dans celui de la blonde face à lui. Il y voyait bien la colère, pourtant il continuait de sourire.

"Faut te calmer ma mignonne. Je venais seulement en aide à une femme dans le besoin, rien de bien grave, non ?"

Il tenta un clin d'œil avant qu'un léger rire passe ses lèvres.
Vraiment. Les livres ne lui avaient jamais réussi.
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je suis né avec une cuillère en argent dans la bouche, cette cuillère j'ai appris à m'en servir comme d'une arme face à ceux qui me l'ont offerte. appelez ça de l'ingratitude, j'appelle ça gagner sa liberté face à l'oppresseur. ma vie je l'ai construite par mes propres moyens, mes propres choix, comme ça si elle est à chier, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.
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Mar 26 Sep 2017 - 1:35


La belle et le bête.



“Toute autorité contient les germes de la tyrannie.”



Moses Isegawa

 J'avais l'impression que mes mots coulaient sur lui sans aucun autre effet que cet horripilant sourire qu'il affichait, ne faisant qu'alimenter mon agacement. Comprenait-il seulement le langage que j'employais, ou devrai-je m'abaisser à son niveau ? "Tais-toi ou va-t'en", voilà qui devrait être plus clair. Même s'il m'était douloureux d'user de la langue avec si peu de soin, comme une artiste forcée de repeindre sobrement une porte, la quiétude de l'endroit était naturellement plus importante que mes considérations linguistiques.

Comme pour faire durer la question, il ne me répondit pas de suite, préférant revenir à sa chère compagne du moment. Quelques mots d'excuses, et il lui déclara ne pas pouvoir continuer à offrir son aide. Je ne réagis pas, attendant poliment – il fallait montrer l'exemple aux enfants, n'est-ce pas ? – qu'il ait fini sa conversation, mais c'était à grand-peine que je retenais quelques répliques bien senties. L'aider, en bavardant et riant pendant une dizaine de minutes ? Il ne perdait rien pour attendre, l'impudent…

Enfin, il daigna m'accorder son attention, affichant toujours le même rictus idiot voire insolent. Ou il s'exécutait et il n'aurait plus à subir mes foudres, ou il s'entêtait, cherchait l'affrontement, et comprendrait pourquoi les plus infimes murmures mourraient à mon passage.
Il choisit la mauvaise solution.
 - Faut te calmer ma mignonne. Je venais seulement en aide à une femme dans le besoin, rien de bien grave, non ?
Il venait non pas de faire une erreur, mais bien deux ; et j'allais lui faire regretter chacune d'entre elle… On me disait sévère, peut-être même harpie, et j'acceptais ces termes avec fierté : si j'étais stricte tout en restant respectueuse envers ceux qui le méritaient, je n'accordais aucune pitié aux impertinents de son acabit. Je n'avais guère de perdre à temps à ménager ceux qui me prenaient pour une idiote…

Sa première faute était son inacceptable familiarité, proche même de la condescendance. Je détestais que l'on me parle comme à une enfant : j'étais bien plus intelligente et même expérimentée que la plupart de ces "adultes", et ne les laisserai pas utiliser un argument aussi absurde que l'âge pour s'imaginer supérieur. Aussi, d'une voix sèche, je commençai :
 - Pour commencer, vous allez prendre un tout autre ton en ma présence. Je ne suis et ne serai jamais "votre mignonne" mais Mlle de Fleury. De plus, si vous voulez profiter paisiblement de ces lieux, vous allez devoir apprendre à respecter ses responsables et à obtempérer à leurs directives. Ou, pour parler dans un registre plus accessible : je donne les ordres ici.
Sa seconde imprudence, c'était de m'avoir prise pour une naïve. Pourquoi donc les gens s'entêtaient à donner des réponses auxquelles ils ne croyaient même pas eux-mêmes, en sachant que leur interlocuteur ne serait guère plus dupe ?
 - De plus, je vous saurais gré d'avoir apporté votre aide à une lectrice, si l'intention eut réellement été louable… mais je doute que la recherche d'un simple ouvrage nécessite de si longs échanges, et encore moins si animés. Et si vous voulez réellement me faire croire que vous donniez des conseils d'expert, alors prouvez-moi vos connaissances en donnant des informations sur cet ouvrage !
Je brandis la feuille contenant le dessin du livre que je recherchais, prise inconsciemment avec moi. Bien entendu, il n'y avait aucune chance qu'il puisse m'aider : il ne semblait guère s'y connaître en littérature, et moi-même étais dans une impasse. Alors, consciente que c'était là un mouvement fort déloyal d'une part, et me rappelant qu'il y avait temps plus sagement usé que celui passé à réprimander cet homme de l'autre, je m'assagis quelque peu et, d'une voix qui se voulait plus cordiale, je terminai :
 - Alors, ne nous faites pas perdre de temps à tous deux avec de piètres excuses : admettez que vous trouviez plus d'intérêt en la personne de cette jeune femme qu'au respect des règles propres à ce lieu, promettez de ne plus troubler le calme de l'endroit, et l'incident sera clôt.
Il y eut quelques années, il n'aurait pu s'en tirer à si bon compte… mais s'il m'arrivait encore de céder à mes anciennes habitudes, j'avais appris la patience, à ne pas user d'autrui comme d'un sac de frappe verbal.  Mon sens de la réplique devait servir mon rôle de gérante de la bibliothécaire, et non l'inverse.

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