Poil, écaille et soie

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Mer 18 Oct 2017 - 1:49


Poil, écaille et soie

J'étais pas spécialement superstitieuse – ça portait malheur –, mais aujourd'hui devait
être mon jour de chance ! Non seulement j'avais conclu quelques juteuses affaires, mais en plus, mon champion l'avait emportée contre un adversaire dangereux, à l'arène ! Une fois de plus, le chevalier avait fait preuve d'un courage sans faille, même la masse pleine de pointes faites pour arracher la peau ne l'avait pas freiné ne serait-ce qu'un instant. Rien que la gueule des favoris de l'autre crétin avait illuminé ma journée, mais surtout, voir mon chouchou gagner – et mon pari me rapporter – était toujours une petite fête ! Et puis j'étais jamais bien fan des morts, contrairement à bien des abrutis spectateurs, alors les joutes à deux survivants étaient mes préférées ! Lenny, lui, il semblait s'en ficher un peu que les gens meurent ou non… Bha. Il était comme un enfant, il comprenait pas trop le bien ou le mal, l'importance des choses. C'était peut-être ma faute aussi, à le foutre dans un tel environnement. Le Bronx, c'était pas un endroit sain, ça non.

Pas un endroit pour ce mec, que j'observais depuis un petit moment, accoudée au bar. Il tâchait pas vraiment dans le paysage, avec ses drôles de cheveux, ses accessoires chelous – masque et gants – et ses lames plus ou moins planquées, mais je voyais plus loin que ça. P'têt' grâce à ça que j'avais repéré mon champion chevalier, d'ailleurs ! Et mister poil blanc, là, il était clairement pas à l'aise ici, pas dans son élément. C'était pas le pire bar du coin, pourtant… L'avait l'air plutôt réservé, en tout cas. Et quand je voyais quelqu'un pas du Bronx au Bronx, forcément, je devenais curieuse. Qui disait présence inhabituelle disait événement inhabituel, et j'avais pour habitude de saisir les opportunités. Et si ce mec cherchait un organe au marché noir ? Ou un autre service que je pourrais lui fournir, ou dont je pourrais lui donner le nom d'un expert contre récompense ? Zoé Lacroix, toujours sur la brèche !

Et puis… surtout, surtout… Poil Blanc avait des gants. Bon ça c'était pas rare, mais il semblait leur tenir une importance toute particulière. Quand des relous avaient "complimenté" grassement ses jolis protège-patounes et avaient fait mine de vouloir les prendre, et bhé, il avait semblé contre. Genre fort, craintivement. Et si… ils bloquaient ses pouvoirs ?
Ça, c'était un truc que je cherchais depuis longtemps. Parce que voler les organes des gens pouvait être utile, ok, mais quand je ne le contrôlais pas… La chaleur humaine me manquait, disons. Je ne parlais même pas de l'acte complet – peu étaient prêts à se laisser dépouiller de l'intérieur, même pour un ticket avec une beauté comme moi –, juste un câlin, un petit kiss. Et dans le quotidien, aussi. Une simple accolade, serrer une main, toucher accidentellement quelqu'un… Se retrouver avec le cœur de l'autre était souvent une sacrée douche froide pour ce dernier.
Bref, pour quelqu'un de tactile et proche des gens comme moi, c'était bien chiant.

Alors si Poil Blanc avait des gants comme ça, je serais prête à payer cher pour les avoir ! Ou même simplement une piste pour en trouver d'autres. Et puis… il était pas si mal, ce petit. Les introvertis timides, ça me faisait toujours craquer~. Alors, inutile de jouer plus longtemps les spectatrices.
Je pris ma choppe, et m'approchai directement de lui pour m'asseoir à côté. Les approches subtiles, c'était pas mon truc.
 - Salut, Poil Blanc ! Moi c'est Zoé. T'inquiète pas pour les mecs d'avant, ils sont cons mais ils oseront rien ici. Qu'est-ce que tu viens faire dans le coin ? J'peux peut-être t'aider.
 - On est les meilleurs guides du Bronx ! Parce qu'on a plein d'anecdotes qu'il y a quasi que nous qu'on connaît en plus. Et on sait tout faire ! Renchérit Lenny
Deux sourires craquants, deux paires d'yeux curieuses, deux corps agités et plein d'énergie… J'espérais que ce ne serait pas trop d'un coup pour Poil Blanc.

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Jeu 19 Oct 2017 - 0:00





Poils, écailles et soie

IKE OWENS ▽ E. ZOE LACROIX



Le Bronx. Depuis quelques semaines, ce lieu malfamé regorgeant des pires individus de la ville semblait avoir attiré Ike plus que de raison. Bien qu’attirer n’était peut-être pas le bon terme... Car Ike n’en ressentait pas le moindre attrait. Disons simplement que ces derniers temps, divers événements de sa pathétique vie l’avaient poussé bien malgré lui – et ce à plusieurs reprises – à franchir les frontières paisibles et sécurisées du Queens, pour se mêler à la lugubre atmosphère du Bronx.
Ce jour-là ne fit pas exception. En fin de soirée, alors que dans le ciel le soleil disparaissait déjà à l’horizon, Ike s’était échoué sans grande envie dans un petit bar du Bronx, dans une rue un peu reculée. L’établissement lui était apparu comme suffisamment calme pour s’octroyer le droit d’y prendre un verre sans crainte d’un quelconque danger. Car après plus d’une heure à arpenter les ruelles sombres du quartier, Ike s’était rendu à l’évidence : il ne trouverait pas ce qu’il était venu chercher ici. Alors, au lieu de perdre son temps en recherches inutiles, il s’était égaré dans ce bar, noyant sa déception dans un bon verre de scotch.


*T’es vraiment irrécupérable mon pauvre…*


A ses côtés, Plio s’insurgeait – s’en pouvoir toutefois l’en empêcher – de le voir ainsi perdre son temps, son argent et sa santé, dans un endroit aussi mal fréquenté au lieu de rentrer bien sagement chez eux. Elle n’avait pas envie de courir le moindre risque, et en temps normal, Ike aurait eu la même réflexion. Seulement voilà, ce soir, Ike était triste. Déçu de ne pas avoir trouvé ce qu’il cherchait… Car il n’était pas venu ici pour du tourisme, et encore moins pour se pinter la poire à coup de whisky. En réalité, il avait fait tout ce chemin à la suite d’un malheureux accident. Lors d’une de ses dernières altercations avec un de ces abrutis vouant une haine sans limite aux Philias, Ike avait été forcé de se défendre. Mais sous la force du coup porté à son assaillant – dont le pouvoir lui procurait vraisemblablement une résistance à toute épreuve – Ike avait brisé une de ses précieuses lames. Ces lames qui l’avait depuis les événements de la lune rouge, protégé de temps de danger. Ses fidèles alliées aux combats. Et l’une d’entre-elle avait failli.
En se rendant dans le Bronx, Ike avait espéré trouver quelqu’un – probablement un Dué – capable de réparer une arme telle que celle-là. Avec toutes les armes qui circules dans le coin – armes blanches ou armes à feu – il avait pensé pouvoir trouver son sauveur sans mal. Mais il avait vite déchanté, comprenant rapidement que dans ce monde de vices, rien n’était possible sans contact. Chose qu’il n’avait évidemment pas, lui le pauvre petit Philia du Queens.

Un long soupir passa la barrière de ses lèvres, bien cachées sous son masque. Du bout des doigts, ses mains gantées jouaient nerveusement avec son verre, alors qu’il sentait dans son dos et sur sa nuque la morsure de plusieurs regards curieux. Savaient-ils déjà tous qu’il n’était pas du coin, où le toisaient-il simplement à cause de son tatouage ? Le Philia n’en savait rien, et n’avait pas envie de savoir. Il finirait son verre et s’en irait d’ici vite fait, grand bien fasse à ceux qui ne supportaient pas sa présence. Mais soudain, ses réflexions furent interrompues, et sous ses yeux jusque-là baissés apparue une main masculine qui qu’un geste rapide se saisit de son verre de scotch. Un type s’était accoudé au bar sur sa droite, et sa main voleuse amenait déjà à ses lèvres la boisson de Ike, qui resta décontenancé devant un tel comportement.


« Merci pour la conso, mec ! », beugla l’étranger d’une voix rauque.


L’homme qui vraisemblablement avait bien trop bu, balança sans réfléchir le verre en l’air, qui à la suite de ce geste insensé vint s’éclater contre un mur. La violence de l’impact fit alors sursauter Ike, qui décréta aussitôt qu’il était grand temps pour lui de partir. Il ne tenait pas à faire les frais de l’ivresse d’un tel personnage… merci bien. Mais alors que le blanc s’apprêta à empoigner son manteau qu’il avait retiré en entrant, l’inconnu revint à la charge, saisissant avec force et sans prévenir le poignet du plus jeune.


« Ces gants… »


A cet instant, le sang ne fit qu’un tour dans la tête de Ike. Sans réfléchir, il empoigna de sa main encore libre une de ses lames encore intactes, et d’un mouvement rapide et expert il la pointa sous la gorge de son assaillant. Son regard était mêlé de peur et de rage. Et si ce gars ne le lâchait pas rapidement, il lui trancherait la gorge sans sourciller pour se dégager de lui-même.
Par chance c’est à ce moment-là qu’un deuxième homme désamorça la situation. Rapidement, il se chargea d’éloigner l’ivrogne – qui sans l’ombre d’un doute était son frère – et s’excusa rapidement auprès du Philia, à demi-mots seulement, comme si le comportement de son frangin ne justifiait pas de donner des excuses convenables à un philia. Quels abrutis !


*Ike ! Ike, est-ce que ça va ?*


Le blanc, encore choqué de ce qu’il venait de se passer, hocha simplement la tête. Il se recroquevilla sensiblement du son tabouret, portant ses mains gantées tout contre son torse. Jamais quelqu’un ne l’avait touché ainsi depuis qu’il était devenu ce qu’il était aujourd’hui. Un hybride. Un monstre.
Il resta plusieurs minutes ainsi, immobile, imaginant difficilement ce qu’il aurait fait si cet homme lui avait arraché ses gants de force. Il avait eu peur…. Ses sourcils se froncèrent. Pourquoi ce type avait-il eu cette réaction à la vue de ses gants ? C’était étrange. Mais Ike n’eut pas le temps d’y réfléchir plus longtemps.


« Salut, Poil Blanc ! Moi c'est Zoé. »


Trop surprit pour relever ce surnom douteux, Ike sursauta une fois de plus, alors que cette voix féminine résonna dans ses oreilles. Il se tourna alors sur sa droite – là où un instant plutôt, il avait failli tuer un homme – et constata qu’une demoiselle se trouvait là, négligemment accoudée au bar, un sourire rayonnant fendant son visage, et accompagnée d’un drôle de requin.


« T'inquiète pas pour les mecs d'avant, ils sont cons mais ils oseront rien ici. Qu'est-ce que tu viens faire dans le coin ? J'peux peut-être t'aider. »

« On est les meilleurs guides du Bronx ! Parce qu'on a plein d'anecdotes qu'il y a quasi que nous qu'on connaît en plus. Et on sait tout faire ! »



Que lui voulaient-il ces deux-là ? ... Ce fût tout ce que Ike fût capable de penser à cet instant, alors que de cette fille aux cheveux bleus et de cet anima étrange fusaient bien trop de questions et d’informations pour lui. Alors, pendant quelques secondes, il resta silencieux, se contentant d’observer ses interlocuteurs d’un regard perplexe. Son esprit marchait à cent à l’heure, cherchant et recherchant une réponse suffisamment convenable pour ne pas passer pour un intrus, une proie facile. Mais, soudain, quand il remarqua que la demoiselle était indécemment dévêtue, il ne pût s’empêcher de détourner les yeux, embarrassé. Et toutes ses pensées cohérentes disparurent comme neige au soleil, laissant place à de pauvres balbutiement embarrassés.  


« Hm… Je… »

*Ike !*



Plio, qui avait senti le trouble de son lié, tenta de le faire se ressaisir. Ils ne pouvaient pas se permettre d’agir ainsi dans un endroit comme le Bronx, où le moindre signe de faiblesse pouvait coûter la vie.


« Je n’ai besoin de rien, merci. Je m’apprêtais à partir… »


Le regard toujours fuyant, le jeune homme posa à contre-cœur un billet bien trop gros sur le comptoir et se leva. Puis sans un mot de plus, il se saisit de son manteau qu’il enfila par-dessus sa chemise blanche d’un geste élégant.


« Bonsoir »


Après cette politesse qui n’avait pas sa place dans cette conversation qui n’en était pas une, le Philia entreprit alors de s’engager vers la sortie – l’alligator emboîtant ses pas – espérant que personne ici ne le suivrait une fois dehors. La nuit était bien avancée, qui sait ce qui pourrait arriver avec quelqu’un comme lui dans les rues sombres d’un quartier comme le Bronx…


...








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Jeu 19 Oct 2017 - 15:01


Poil, écaille et soie

Fameux contraste : alors que Lenny et moi trépignons presque sur place, Poil Blanc semblait plutôt du genre à prendre son temps ; ou alors, notre entrée en scène était vraiment trop soudaine pour lui. Pauvre bébé, il semblait tout perdu ! Et encore plus quand il remarqua la légèreté de ma tenue, et détourna les yeux… qu'il était mignon ! Je le dévorerais volontiers ♥️ Enfin, c'était peut-être cette crainte qui le bloquait, justement. Allons, je n'étais pas dangereuse… ou pas méchante, disons.
 - Hm… Je…
 Je culpabilisais un peu de l'avoir mis mal à l'aise comme cela… mais je ne regrettais rien. Sa gêne était adorable, je m'en serais voulu d'avoir gâché ça. Devrais-je parler à nouveau, pour lui laisser le temps de se remettre ? Hmmm… non. D'une part, parce que j'avais appris à m'adapter au rythme de chacun – certains préféraient réfléchir avant de parler. Et de l'autre, parce que ça m'amusait de le voir en panique, et tenter de la cacher. Comme un petit lapin terrifié, tout fluffy et mignon !

Et puis, finalement, il décida de fuir.
 - Je n’ai besoin de rien, merci. Je m’apprêtais à partir…
Je fis les gros yeux, surprise et déçue. Je faisais peur à ce point ? Même les débiles d'avant ne l'avaient pas fait partir ! Sans parler du regard mauvais du barman, qui allait sûrement m'engueuler de faire fuir les clients. Quoi que, au vu du billet, il me pardonnera facilement…
- Bonsoir  
 - Hey, att-
 Mais Poil Blanc sortit, sans demander son reste. Toi, mon lapin, si tu espérais m'échapper aussi facilement… Et tant pis si je me faisais accuser de harcèlement ! La loi et moi, on n'était pas super potes de toute façon. Je ne comptais pas laisser filer aussi facilement ni ces gants, ni un type aussi mignon !

Je payai ma boisson et sortis à la suite du lapin, comme une petite Alice en moins ingénue. Je courrai pour le rattraper, et me plaçai devant lui mains sur les hanches et jambes écartées – un barrage vachement sexy quoi.
 - Holà, mon bonhomme ! T'as pas besoin d'avoir peur, tu sais, je mords pas ! De toute façon, t'as pas besoin de faire semblant, je sais bien qu't'as les glandes et que t'es pas d'ici. T'as l'air de gérer les couteaux, mais ça fait pas tout…
 En bon moulin à parole, j'enchaînais les phrases sans lui laisser le temps de respirer. Même Lenny n'arrivait pas à placer une réplique ! De toute façon, Poil Blanc risquait pas de me le reprocher, vu ses réticences à parler. Maintenant, je devais le rassurer…
 - Et puis, ça sert à rien de te méfier ; d'abord, parce que je suis pas méchante tant que t'es réglo, et ensuite…
J'amenai doucement ma main à mon soutient, le prit… puis fis un geste brusque, comme pour l'abaisser. Et de l'autre main, je saisis un scalpel et profitai de la diversion pour le lui caler sous la gorge. Sourire carnassier, et je complétai :
 - Parce que même sur tes gardes, tu perdrais.
Deux secondes passèrent, yeux dans les yeux – et quels yeux, mes aïeuls ! Dorés, pleins d'innocence. Est-ce qu'il aurait aimé que je fasse réellement le geste, le coquin ? Ils n'étaient pas énormes, mais loin d'être sans charme… Si le lapin n'était pas gay – et vu son regard de tout à l'heure, il ne l'était pas –, il devait regretter de ne pas avoir eu ce spectacle. Pas encore, du moins…
Mon air de chasseresse avait un autre sens dans ma tête que dans la sienne.

Puis je rangeai l'arme et lui offris mon plus joyeux sourire, comme si rien ne s'était passé.
 - Mais pas de quoi stresser, je te dis ! Moi je suis gentille, je vais pas te piller. Par contre, les mecs de tout à l'heure qui ont repéré ton départ et qui attendent que je parte pour te faire la fête… C'est pas la même histoire.
Ça, j'étais plutôt crainte, dans le Bronx, et ces mecs savaient que je les laisserais pas faire leurs sales affaires. J'étais pas une justicière, ça non, mais pas le genre non plus à regarder sans réagir… On me reprochait souvent ma gentillesse, d'ailleurs, tout en se demandant comment je survivais avec – et comment elle survivait ici. Surtout Lenny, qui devait se retenir de me dire de lui piquer ses gants et tant pis pour lui !
En fait, la réponse n'était peut-être pas aussi noble qu'on pourrait le croire. Je restais réglo… parce que je pouvais me le permettre. Avec mon pouvoir et ma formation militaire, je me démerdais à merveille, j'étais bien loin d'être dans le besoin. Et si j'avais le choix entre ma conscience et ma survie, serais-je encore aussi sympa ? Grande question…

Enfin, ce qui comptait, c'est que pour l'instant, Poil Blanc n'avait rien à craindre de moi. Du moins, niveau santé… sa pureté avait plus de soucis à se faire ! Et je n'allais pas le laisser partir facilement. Alors, je conclus d'un air malicieux :
 - Alors, tu préfères quoi ? La compagnie d'une charmante demoiselle au cœur plus généreux que sa poitrine, ou celle d'une bande d'abrutis qui rêvent de te refaire le portait ?
 - Et d'un requin super intelligent et drôle aussi !
Pauvre lapin ! Coincé entre les loups et la chasseresse… Le Bronx était un peu craignos, comme endroit, par bien des facettes…


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Jeu 19 Oct 2017 - 22:13





Poils, écailles et soie

IKE OWENS ▽ E. ZOE LACROIX



La fraîcheur crépusculaire vint fouetter la peau de Ike aussitôt qu’il eut franchi la porte du bar. Il frissonna légèrement, n’ayant jamais réellement aimé l’air frais des soirées d’automne. Margé cela, il put tout de même apprécier le calme soudain de cette rue déserte. Tout ce qu’il entendait à présent n’était que le brouhaha sourd et diffus du bistrot derrière lui. Et maintenant qu’il avait quitté cette ambiance pesante, il se sentait mieux, comme soulagé d’un poids trop lourd pour lui. Seul dans cette allée vide, il était presque à sa place. Un soupir de soulagement lui échappa, et il jeta un œil bienveillant sur sa liée à ses côtés.


« Rentrons Plio… »


L’anima trépigna de bonheur à cette annonce. Ils allaient enfin quitter de quartier de malheurs ! Rien de mieux pour rebooster l’alligator – qui aurait bien sauter au cou de son lié si elle en avait été capable. Cependant, ce fut sans compter sur cette fille, cette étrange Dué, qui non contente d’avoir été ignorée ainsi par Ike, l’avait poursuivi jusque dehors, se plantant devant lui raide comme une tige, stoppant le Philia dans son élan.


« Holà, mon bonhomme ! »


Un air contrarié planait sur son visage.


« T'as pas besoin d'avoir peur, tu sais, je mords pas ! De toute façon, t'as pas besoin de faire semblant, je sais bien qu't'as les glandes et que t'es pas d'ici. »


Une fois encore, le flot de paroles impressionnant émanant de cette fille submergea Ike sans attendre. Elle parlait trop, et trop vite. Rien qu’à la voir dépenser autant d’énergie à blablater, Ike se sentait déjà perdu et fatigué. Car l’introvertis solitaire qu’il était n’avait pas vraiment pour habitude de taper la discussion aussi facilement qu’elle. Encore moins avec des étrangers. Ou même avec quelqu’un ayant un débit de paroles aussi élevé. Pas non plus avec des Dués. Et par-dessus tout, jamais ô grand jamais avec des filles aussi jolies…

Car oui, Ike ne pouvait le nier, cette Zoé était mignonne. Sous ses airs de fille superficielle, il pouvait entrapercevoir sans mal un charme que son œil de photographe ne  manqua pas. Et tandis qu’il n’écoutait plus qu’à moitié ce que la demoiselle lui racontait, il l’observa d’un œil distrait. Son regard doré glissa alors sur sa chevelure bleutée, interminable, sur laquelle se réfléchissait d’une manière intéressante la lumière de la lune. Et malgré l’urgence de la situation, Ike ne put s’empêcher de penser qu’avec un bon cadrage, cette scène ferait un bon cliché. Un de ceux qui faisaient sa fierté autrefois. Mais cette pensée n’avait pas sa place en cet instant. Elle était déplacée. Non seulement parce qu’un danger imminant planait autour de lui – que ce soit venant de cette fille ou des mecs encore au bar – mais aussi parce qu’il se trouvait impoli et irrespectueux d’observer et imaginer ainsi cette femme sans même qu’il ne la connaisse.


« T'as l'air de gérer les couteaux, mais ça fait pas tout… »


L’avait-elle vu menacer cet homme d’une de ses lames ? Sûrement. Etait-ce pour cela qu’elle venait l’importuner ? Il n’en savait rien.


« Et puis, ça sert à rien de te méfier ; d'abord, parce que je suis pas méchante tant que t'es réglo, et ensuite… »


Une Dué pas méchante ? Ike eu envie de rire. Il serait bien curieux de voir ça ! Et comme si Zoé avait entendu ses pensées, il n’eut pas à attendre bien longtemps. Alors qu’elle parlait, ses mains s’étaient dirigées vers sa poitrine, prenant Ike au dépourvu, qui détourna une fois de plus les yeux, comme prit en faute après avoir osé regarder à cet endroit-là. Et quelle erreur de débutant de sa part ! En moins de temps qu’il ne lui fallut pour cligner des yeux, Ike se retrouva avec une lame de scalpel sur la gorge.


« … Parce que même sur tes gardes, tu perdrais. »


Destin ou ironie de sort, allez savoir. Mais le Philia se trouva bien ridicule de se retrouver si pathétiquement dans la position du plus faible – cette même position dans laquelle avait été l’abruti un peu plus tôt lorsqu’il l’avait lui-même menacé de sa lame. Comme quoi, les choses changent vite.
Et c’était bien vrai. Les choses changeaient si vite, que l’instant d’après, Ike fut libéré. Epargné comme par enchantement, par celle-là même qui avait failli de trancher. Tout allait bien trop vite à son gout. Quant à Plio, qui elle non plus n’avait pas eu le temps de réagir, elle grognait bruyamment, visiblement stressée par toute cette agitation.


« Mais pas de quoi stresser, je te dis ! Moi je suis gentille, je vais pas te piller. Par contre, les mecs de tout à l'heure qui ont repéré ton départ et qui attendent que je parte pour te faire la fête… C'est pas la même histoire. »


Zoé avait rangé son arme, et souriait maintenant à Ike de toute ses dents. Ce dernier resta interdit quelques secondes. Cette nana se foutait-elle de lui ? Le seul dilemme qui s’offrait à lui était de partir avec elle (et il ne voyait vraiment pas pourquoi il ferait ça) ou se faire tabasser par une bande de décérébrés ? A ses yeux, le plan A était aussi foireux que le plan B, et dans sa tête, il ne pouvait s’empêcher d’imaginer un petit plan C. Une échappatoire selon laquelle il userait sans problème de son pouvoir pour déguerpir d’ici et mettre son petit cul blanc à l’abris. Mais Ike était bien trop Lâche. II n’avait ni la force de supporter la douleur d’une transformation, ni le courage de faire face aux conséquences par la suite. Il était au pied du mur.


« Alors, tu préfères quoi ? La compagnie d'une charmante demoiselle au cœur plus généreux que sa poitrine, ou celle d'une bande d'abrutis qui rêvent de te refaire le portait ? »


Le jeune homme leva les yeux au ciel à la comparaison sexy mais incommodante. Cette fille était sûre d’elle ! Tout le contraire de lui.


« Et d'un requin super intelligent et drôle aussi ! »


Là, Ike leva un sourcil, perplexe. Il ne savait pas dire si cette fille le mettait plus mal à l’aise que son anima ou l’inverse… En tout cas, ils se ressemblaient : tout en excès !
Après un instant de flottement, Ike regarda derrière lui, constatant de lui-même les dires de la demoiselle. Quatre paires d’yeux le fixaient intensément. Comme une meute de loups à l’affut, il suffirait que la femelle s’éloigne un tant soit peu pour qu’ils se jettent les uns après les autres sur le mâle faible qu’il était pour le réduire en miettes. Une sueur froide le parcourra, et d’un geste nerveux, sa main passa dans sa nuque caressant légèrement cette marque encrée dans sa peau. Bon sang… Ike détestait d’avance cela, mais il devait bien se rendre à l’évidence, il n’avait pas d’autre option que de coopérer.


« Va pour le requin. »


Ces mots lui arrachèrent la bouche. Et sur cette abdication, il reprit sa marche, passant assez près de Zoé pour l’inciter à le suivre. Il voulait s’éloigner d’ici, se dérober à ces regards carnassiers qui le fixaient encore et le mettaient mal à l’aise. Toutefois, il n’avait accepté qu’à demi-mots, préférant mentionner l’anima plutôt que sa liée. Que cette dernière ne croit pas pouvoir le mener par le bout du nez. Ce n’était pas son genre.

Il marcha quelques dizaines de mètres, laissant ses pas le guider sans réfléchir dans cet endroit qu’il ne connaissait pourtant pas. Et au bout d’un moment, alors que son interlocutrice semblait lui avoir laisser le temps nécessaire pour qu’il s’habitue à sa présence, Ike daigna enfin engager la conversation – qui jusqu’à maintenant avaient été exclusivement à sens unique.


« Je ne pense pas avoir à te remercier… mais j’apprécie que tu m’aie prévenu pour ces types. »


Il fit une pause, réfléchissant à ses mots.


« Et merci de ne pas m’avoir, tu sais… tranché la gorge ».


Un étrange sourire passa sur son visage. Il se trouvait pitoyable. Mais bien caché sous son masque, Zoé ne le verrait sans doute pas. Et c’était tant mieux.
Ike s’arrêta alors soudain, au milieu d’une allée sombre. Et après une poignée de secondes, il se retourna, osant enfin faire face de lui-même à la bleutée. Ses yeux se plantèrent dans les siens sans la moindre hésitation. Il ne détournerait pas le regard, ne tremblerait pas, et sur le qui-vive, il s’apprêterait à se servir de ses armes s’il le fallait. Il voulait une réponse.


« Dis-moi… Pourquoi est-ce que tu m’as abordé dans ce bar ? »


Ike n’était pas dupe, cette fille l’avait ‘’sauvé’’ et épargné pour une raison.


« Je doute qu’un Dué quel qu’il soit agisse par pure bonté d’âme, aussi ‘’gentil’’ qu’il puisse être… Et ne me fait pas croire que ce n’est que parce que je ne suis pas du coin. »


Car oui, elle n’était peut-être pas méchante – elle l’affirmait haut et fort en tout cas – mais elle restait dangereuse. Et Ike n’était pas du genre à tourner autour du pot lorsque sa vie était en jeu, sans compter qu'il ignorait encore son pouvoir. Si cette fille lui voulait quelque chose, qu’elle le dise clairement. La vie du Philia était déjà  bien assez tourmentée, il n’avait plus de temps à perdre.


...








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Mer 25 Oct 2017 - 13:38


Poil, écaille et soie

Le pauvre lapin était complètement dépassé, et même assommé par mon rythme endiablé. Mais surtout, il semblait très réticent à accepter ma compagnie… Pfu ! Je commençais à me demander s'il était vraiment hétéro, même en resongeant à son air gêné à mon piège. Une perle comme moi, on la suivrait même en enfer, voyons ! J'avais prouvé que je n'étais pas un danger, alors pourquoi hésitait-il ? Il ne semblait pas pressé non plus, vu le temps qu'il avait passé au bar. Bon, peut-être ma manière de prouver ma bonne volonté avait-elle fait pire que bien… et puis, c'était une bonne chose d'être prudent ici, surtout quand on venait de quartiers bien moins pourris.
Lenny n'arrangeait rien, manifestement : à son intervention, Poil Blanc sembla encore plus sceptique. Rhô allez, Lenny était inoffensif malgré son apparence, et ce mec devrait être bien placé pour savoir qu'il faut pas se fier à cette dernière avec son masque creepy, ses cheveux anormaux et son tatouage Philia.

Mais finalement, il jeta un œil derrière lui. Hé bhé oui, pour une fois, je ne mentais pas ! Ça m'arrivait quelques fois bien sûr, mais toujours avec prudence et parcimonie. Un bon mensonge était celui qu'on ne pouvait percer à jour, et la confiance était aussi précieuse que rare, ici, surtout pour une commerçante. En tout cas, la révélation semblait le mettre encore plus mal à l'aise que ma présence, et l'effrayait même. Ha ! Enfin, il se rendait compte que j'étais plus sympathique qu'eux !
 - Va pour le requin.
Loin d'être vexée, j'éclatai de rire et lui servit une petite claque dans le dos :
 - Très bon choix, et très bon mouvement ! Pour séduire une fille, toujours faire semblant qu'elle ne nous intéresse pas, hein ? Et Lenny est encore plus cool que moi !
 - Rhô, mais non, Zoé. Moi, je suis juste ton assistant !
Nous nous chamaillâmes encore un moment pour déterminer qui des deux était de meilleure compagnie, alors que Poil Blanc marchait en silence. Je me demandais s'il savait où il allait, tiens…

Et puis, il prit enfin la parole de lui-même. Bien, il commençait à se détendre ! J'avais peur qu'il décide à se murer dans le silence jusqu'à notre séparation, mais il était plus courageux que je le pensais. Ho, je n'avais rien contre les lâches… j'en avais aimé un.
 - Je ne pense pas avoir à te remercier… mais j’apprécie que tu m’aie prévenu pour ces types.
Je lui adressai un drôle de sourire, entre sincérité et fourberie :
 - De rien, mais ce n'était pas désintéressé. J'avais la triste impression que tu te serais gâché la chance d'une ballade avec la plus sexy des Dué, et je ne pouvais pas laisser faire ça.
 - Et merci de ne pas m’avoir, tu sais… tranché la gorge
 - Une si jolie gorge ? Jamais, voyons ! J'aime pas trop tuer, c'est moyen sympa. Il y a tellement mieux à faire avec les gens…
J'appuyai cette phrase d'un regard plein de sous-entendus, sans savoir s'il l'avait bien perçu. De toute façon, je faisais plus cela par amusement grivois que pour réellement lui faire passer un message : pour le coup, c'était une déduction hasardeuse, mais il ne semblait pas du genre à partager une nuit si facilement. Et puis, encore moins avec une criminelle le vidant de ses organes, encore une fois…

Il s'arrêta brutalement. Il devait aller ici ? Il n'y avait pas grand-chose dans cette ruelle, et Lenny commenta :
 - T'es perdu ? T'inquiète, je t'ai dit qu'on était les meilleurs gui-
Mais il était plein de surprises, ce Poil Blanc ! Interrompant mon anima adoré, le voilà qui se retournait, me faisant face comme je lui avais fait barrage un peu plus tôt et aussi déterminé.
 - Dis-moi… Pourquoi est-ce que tu m’as abordé dans ce bar ?
Droit au but, hein ? J'aimais bien ça. Tourner autour du pot, c'était pas mon truc non plus. Là, j'attendais juste de le mettre à l'aise, mais je n'aurais pas tardé à foncer. Me voilà devancée !
 - Je doute qu’un Dué quel qu’il soit agisse par pure bonté d’âme, aussi ‘’gentil’’ qu’il puisse être… Et ne me fait pas croire que ce n’est que parce que je ne suis pas du coin.
Et bien, voilà un jeune homme plein de méfiance… Je répliquai avec mordant :
 - Amusant. Un Philia qui pense que le tatouage représente la personne.
Je laissai la phrase flotter un peu. Et puis, je repris de mon ton enjoué habituel, comme si rien ne s'était passé :
 - Mais t'as raison d'être prudent, on est rarement des enfants de chœurs. Ok, ok, j'admets ! C'est pas parce que tu n'es pas du coin, je ne fais pas de discrimination… Mais c'est aussi un peu intéressé.
Je me mis à marcher en parlant, tout en m'approchant peu à peu, aller-retour après aller-retour :
 - Déjà, j'ai un business particulier, le plus dur est de trouver des intéressés. Et à côté de ça, j'ai plein de contacts qui me seraient reconnaissants de leur envoyer un client, et tu semblais pas du genre à venir ici pour te donner des sensations. Et puis, t'es pas vilain du tout, mon p'tit lapin ! Et enfin…
Je lui choppai la main, sans serrer mais fermement, toujours tout sourire :
 - Ces gants, ils blo-
Je m'interrompis sous la surprise, lui laissant involontairement l'occasion de retirer sa mimine.
J'avais appris à sentir des choses subtiles avec mes mains, lors de ma formation de médecin militaire. Et ce qu'il y avait sous le tissu… c'était pas de la peau.

Loin de m'effrayer ou je-ne-savais quelle réaction irrationnelle, je ne fis que lâcher un soupir contrit, ne cachant pas ma déception :
 - C'est juste pour cacher tes écailles, hein ? Rien à voir avec le fait de bloquer le pouvoir ?
 - T'inquiète pas, Zoé. On finira par trouver !
Je me forçai à sourire, et jetai à Poil Blanc :
 - Enfin, tant pis pour ça. Tu venais faire quoi ici, sinon ? Et tu t'appelles comment ?
Même si un des objectifs était foutu, ce p'tit lapin restait intéressant…

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Dim 29 Oct 2017 - 21:05





Poils, écailles et soie

IKE OWENS ▽ E. ZOE LACROIX



En un instant, toute l’assurance et la détermination que Ike avait minutieusement pris la peine de rassembler pour faire face à la jeune femme s’étaient envolées. Évaporées comme un nuage de fumée, lorsque d’une remarque bien placée cette dernière lui fit remarquer l’absurdité de ses propos. Lui, le Philia que tout le monde rejetait depuis les événements de la Lune Rouge, venait à l’instant même de juger quelqu’un qu’il ne connaissait pourtant pas, et ce, simplement à cause de sa caste. Quelle irone ! Lui qui s’était toujours promi de ne pas répéter sur autrui le schéma dont il était victime… il se faisait vraiment honte. Honte d’avoir failli à l’un de ses principes les plus cher. Un de ces principes fondamentaux qui vous tiennent tant à cœur, et que peu importe la situation, vous savez que vous les respecterez toujours, que vous ne vous abaisserait pas à les trahir. Mais la peur peut faire faire toute sorte de choses. Et lorsqu’elle vous prend, il n’y a plus de principes, de règles ou de valeurs. Et cette réalité glaça le jeune homme. Car s’il s’était perdu avec si peu de pression sur lui, qu’en serait-il s’il venait à être réellement en danger ? Pas qu’il ne l’avait jamais été, loin de là, mais à cet instant, Ike avait peur de ce qu’il serait capable de faire ou de dire si sa vie en dépendait. Car après tout, il n’était peut-être pas si sage qu’il ne le pensait… ou qu’il ne s’efforçait de l’être.
Alors, immobile, comme choqué, Ike dirigea ses yeux fautifs vers le sol.  


* T’es vraiment un idiot parfois. *


* N’en rajoute pas Plio... *


L’anima boudeur détourna les yeux de son lié pour les lever au ciel, exaspéré. Elle avait beau faire de son mieux pour guider son lié vers le droit chemin, ce dernier était parfois bien récalcitrant. Plein de bêtises et de faux pas, il lui donnait toujours du fil à retordre. Mais à quelque part, elle aimait bien cette part de Ike. Ses erreurs, ses doutes… elle le trouvait attendrissant, et se sentait incroyablement privilégiée lorsqu’elle venait à devoir réparer ses fautes ou à devoir le consoler. Alors, même s’il l’agaçait parfois, elle ne le réprimandait jamais vraiment, se contentant de lever les yeux au ciel furtivement comme maintenant. Mais le jeune blanc, tout de même bien conscient d’avoir un peu déçu Plio, n’eut pas le temps de faire fi des états-d’âme de cette dernière. En effet, son interlocutrice, qui avait déjà changé de sujet, poursuivait son monologue, avançait vers lui pas à pas, serpentant de droite à gauche tel un prédateur.


« … Ok, ok, j'admets ! C'est pas parce que tu n'es pas du coin, je ne fais pas de discrimination… Mais c'est aussi un peu intéressé. Déjà, j'ai un business particulier, le plus dur est de trouver des intéressés. Et à côté de ça, j'ai plein de contacts qui me seraient reconnaissants de leur envoyer un client, et tu semblais pas du genre à venir ici pour te donner des sensations. »


Un business particulier ? Voilà qui eu le mérite d’intéresser Ike, ou tout du moins de l’interpeller. Que pouvait-elle bien faire ? Sans doute rien de très légal en tout cas… Elle n’en avait certainement pas le profil. Et puis à vrai dire, pour Ike, tout ici était particulier. La drogue, les armes, les putes, les arènes, sans parler de toutes les autres activités lucratives pas très clean qui font du Bronx le Bronx. Seulement voilà, quelque chose d’étrange aux yeux de quelqu’un venant du Queens devenait d’une banalité sans nom une fois dans l’univers du Bronx. Alors Ike se demanda réellement, qu’est qui pouvait encore être considéré comme un business particulier ici ? Sans doute quelque chose de très controversé… quelque chose qu'il ferait mieux de ne pas connaître.


« Et puis, t'es pas vilain du tout, mon p'tit lapin ! »


MON P'TIT LAPIN ?! Là, Ike piqua un fard. Coupé dans ses interrogations intérieures, il ne s’était pas attendu à une telle réflexion de la part de cette étrangère. Essayait-elle se le déstabiliser ? Si tel était le cas, mission réussie. Le rose pointait dangereusement sous son masque et sur ses oreilles - bien que cachées sous ses mèches blanches. Bon sang, à son âge il ne devrait plus être perturbé par ce genre de taquineries ! Sans compter que cette Zoé ne devait sans doute pas en penser un seul mot. Mais la demoiselle avait l’air du genre à jouer avec les hommes, le Philia l’avait bien comprit au vu du nombre d’allusions qu’elle lui avait lancé depuis le début de la soirée… Et même si elle était sérieuse, qu’elle ne se fasse pas de faux espoirs; Ike n’était pas homme à se faire avoir facilement. Encore moins par une femme.
Mais alors même qu’il se disait ça, la situation lui prouva merveilleusement le contraire. Une fois de plus, comme un bleu, il se fit surprendre par la jeune femme, qui sans prévenir empoigna la main de Ike d’un geste vif. Un grand sourire fendait son visage. Un sourire qui ne plu pas au Phillia, qui pour la deuxième fois de la se faisait harponner par un inconnu.


« Ces gants, ils blo- »


« Ne me touche pas ! »


Comme un réflexe défensif, sans toutefois être aussi violant qu’il avait pu l’être avec son précédent agresseur, le Phillia retira aussitôt sa main, étonnamment facilement d’ailleurs, si bien que dans son élan, il recula de quelques pas. Une distance à nouveau convenable s’instaura alors entre lui et la bleutée. Par ailleurs, dans le feu de l’action, Plio s’était interposée entre eux, grognant et claquant puissamment des mâchoires sans doute pour intimider la Dué. Sa queue écaillée se balançait de droite à gauche, étrangement comme un félin prêt à attaquer. Elle n’avait aucune envie de se battre, et après tout, elle ne pouvait rien faire pour défendre son lié si ce n’est d’attaquer celui de son assaillant – ce qu’elle ne ferait qu’en dernier recours –mais elle avait ressenti si intensément le trouble de Ike et sa peur face au geste de Zoé, qu’elle avait bondit entre eux sans réfléchir.
Mais loin d’être effrayée, la demoiselle bien que d’abord surprise, parut ensuite simplement déçue. Et un soupir passa même la barrière de ses lèvres, avant de lâcher une phrase qui perturba Ike encore plus :


« C'est juste pour cacher tes écailles, hein ? Rien à voir avec le fait de bloquer le pouvoir ? »


Comment... Comment ? Comment avait-elle deviné ? Ike, qui tenait encore ses mains tout contre son torse, lui lança un regard plein d’interrogations. Elle ne l’avait touché qu’un instant. Comment avait-elle pu savoir que sa peau était recouverte d’écailles ? Elle n'avait rien pu voir... c’était insensé ! Quel genre de pouvoir détenait-elle ? Est-ce qu'-elle… par hasard… pouvait voir à travers les vêtements ??? A cette pensée, la rougeur des joues de Ike redoubla… Non ! Un pouvoir aussi lubrique ne pouvait pas exister, n’est-ce pas ?



« T'inquiète pas, Zoé. On finira par trouver ! »


Trouver ? Trouver quoi au juste ? Des gants ? Ike ne comprenait pas bien, c’était quoi son problème ?! Comptait-elle voler tous les gants de la ville dans le but de trouver des gants à capacité bloquante ? Avait-elle perdu la tête ? Des centaines de personnes portaient des gants ici, et un seul possédait une paire spéciale à la connaissance de Ike. Autrement dit, une aiguille dans une botte de foin dans le bordel sans nom qu’était devenu cette cité. Cette fille ne trouverait jamais ce qu’elle cherche… Et Ike lui, ne balancerait personne. S’il y avait bien une chose qu’on ne pouvait pas lui enlever, c’était sa loyauté.


« Enfin, tant pis pour ça. Tu venais faire quoi ici, sinon ? Et tu t'appelles comment ?


La jeune femme s’était à nouveau tournée vers Ike, comme si de rien était. Avait-elle la moindre idée de toutes les questions que Ike se posait à cause d’elle ? Bon sang… C’était quelque chose cette fille tout de même ! Mais puisqu’elle ne semblait réellement pas méchante malgré son comportement étrange et ambigu, Ike concéda à décliner son identité. Il pouvait au moins faire ça pour une personne qui ne l’avait pas rejeté après l’avoir percé à jour. Alors, après avoir repris un peu contenance, il abaissa à nouveau ses mains le long de son corps, et souffla tout bas :


« Ike… Je m’appelle Ike. »


Il mourrait d’envie de lui demander. De savoir comment elle avait su… mais après tout, elle semblait s’en foutre. Alors naturellement Ike préférait ne pas mettre sur la tapis un sujet qui ne lui plaisait pas. Il allait donc ignorer ce qu’il venait de se passer comme la Dué le faisait, et passerait à autre chose, espérant que cette dernière ne revienne pas à la charge avec ses déductions mystiques plus tard. Ça ne plaisait vraiment pas au jeune homme.
Alors, il prendrait ce qu’il pourrait prendre et s’en irait d’ici. Si elle pouvait l’aider, autant faire ça rapidement.


« Bon, si tu peux te contrôler pendant quelques minutes pour ne pas me toucher comme tu viens de le faire, je veux bien te dire ce qui m’amène ici... »


Sur ces mots, le blanc s’avança à nouveau vers Zoé, forçant Plio à se décaler sur son passage. Puis, une fois arrivé à sa hauteur, il se saisit de la dernière lame accrochée à sa hanche, avant de la lancer dans un geste étudié à la jeune femme. L’alligator elle, outrée devant l’inconscience manifeste de son lié grogna. Ike venait de donner délibérément une de ses précieuses armes à une inconnue – une potentielle ennemie qui plus est – qui sans scrupule pourrait l’utiliser contre lui. Mais Ike avait décidé de faire confiance à cette Dué qui, si elle l’avait voulu, l’aurait déjà tué depuis longtemps. Sans compter qu’elle n’utiliserait sans doute pas cette lame fendue, qui se brideraient en deux au moindre coup à n’en pas douter.


« T’aurais un pote qui pourrait me réparer ça ? »


Un pote, ou autre… Ike ne ferait pas le difficile. Mais avait-elle une raison de l’aider ? Il en doutait.


« C’est important pour moi. »


Son visage était caché, mais ses yeux, fermement plantés dans ceux de son interlocutrice ne mentaient pas. Il l’implorait silencieusement mais fièrement, sans détourner le regard ni hésiter. La main droite inconsciemment posée sur ses autres lames, Ike attendait simplement une réponse qui ne saurait tarder.


« Ah ! Et de préférence quelqu’un de pas trop regardant... J’ai pas grand-chose. »


Pour preuve, il sorti de la poche de son manteau deux pauvres billets de dix dollars. Car oui, Ike ne l’oubliait pas : financièrement c’était clairement pas la joie. Et il s’en voudrait de mettre la jeune femme dans une position délicate s’il n’était pas en mesure de payer. Alors autant la mettre au parfum dès le départ. Sans compter que le Philia avait déjà dépensé une partie de ses dures économies dans ce bar un peu plus tôt. Quel idiot…


...








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Sam 4 Nov 2017 - 0:49


Poil, écaille et soie

La réaction à ma prise ne s'était pas faite attendre, que ce soit le cri et le recul prononcé de Poil Blanc ou la menace "mordante" de son anima. Oups… pourvu qu'elle ne passe pas à l'assaut. J'avais peut-être un peu exagéré, mais j'avais plus envie de ces gants que je ne le montrais. A force d'avoir été de tuyaux percés à faux espoirs, je commençais à désespérer… Mais bon. Je n'allais pas me laisser abattre par un petit échec !

Et puis, la tête surprise de mon lapin me redonnait le sourire. J'avais été touché par la grâce de Dieu, comme on disait, avec quelques talents bien pratiques ! Et la formation militaire, bien sûr. Bon, ça n'allait pas sans quelques gros défauts aussi, comme une prépondérance pour le harcèlement de jeune albinos, mais inutile de les mentionner… De toute façon, il semblait déjà avoir une triste image de moi. J'étais passée de criminelle dangereuse à perverse intenable, dur de savoir si c'était mieux !

Pourtant, il ne s'enfuit pas, ni ne semblait vraiment en colère. Et puis, son anima avait cessé de montrer les dents, on échappait à l'affrontement ! De toute façon, j'aurais essayé de les maîtriser sans les blesser ; c'était de ma faute s'ils étaient hostiles, après tout. J'aurais "essayé"… après avoir senti ce que j'avais senti, je me demandais s'il ne cachait pas un sacré atout. Mes scalpels seraient peu utiles, contre des écailles…

Il fit plus que ne pas revenir sur mon intrusion : il décida de se présenter, enfin. Même s'il semblait encore moins à l'aise qu'avant… J'espérais qu'il ne regrettait pas d'avoir osé baisser sa garde et parler. Peut-être aurais-je dû réfléchir avant d'envahir son espace privé, mais bon, ce qui était fait était fait. Autant me rattraper par la suite.
 - Ike… Je m’appelle Ike.
Hmmm… je me demandais si c'était son vrai nom. Ce n'était pas rare, ici ; pseudonymes assumés ou faux noms, et cela valait pour moi aussi, quelque part. Ho, Zoé était mon prénom, mais le second…
Pourtant, je n'avais pas la sensation de mentir. Je me considérais vraiment comme Zoé à présent, bien plus qu'Elise ! Du coup, que ce soit son vrai nom ou pas, c'était pas important, en fait. Je le laissai continuer :
 - Bon, si tu peux te contrôler pendant quelques minutes pour ne pas me toucher comme tu viens de le faire, je veux bien te dire ce qui m’amène ici...
Je levai les mains en l'air, avec un sourire gêné :
 - Désolé, désolé ! Je ne le ferai plus, promis !
 - On sera sages maintenant, à part quelques mim-Ike !
Je ris, et la lui topai en enchérissant :
 - Fini de faire les zo Zoé de te toucher ! On sait prendre des gants, parfois !
Ignorant nos boutades, il s'approcha, à mon grand plaisir – il ne se méfiait plus trop, alors ! Et puis… il sortit une arme.
Bon, là, ça faisait gros retournement de situation, mais en fait non. Il le sortait calmement, sans menace… et me le jeta même.

Surprise, je faillis ne pas la rattraper. Bhé… ?
 - T’aurais un pote qui pourrait me réparer ça ?
Wow ! Comment pouvait-il passer aussi vite de ne pas oser me dire son nom à me filer son moyen de défense ? Bon, il avait d'autres armes, mais c'était quand même plutôt cool et j'allais pas gâcher cette confiance ! En plus, ce mec avait une patience à toute épreuve, et ça, ça valait de l'or quand on était moi.
- C’est important pour moi.
Hou… derrière ses airs d'innocent Philia, il était fourbe. Comment je pouvais refuser, avec cette marque de confiance, cette petite confidence et ses yeux à tomber ? Je fis semblant d'hésiter, pour profiter encore un peu du moment… Bien sûr, j'avais déjà quelques adresses en tête, mais n'avais-je pas le droit d'être payé en nature aussi innocemment ? Des yeux dorés… lentilles comme moi, ou changement naturel ? Vu qu'il était Philia, ce ne serait pas étonnant. Je me demandais si ses organes étaient différents aussi… Enfin, je ne comptais pas vérifier. Je m'intéressais plus à la personne qu'à son corps – dans tous les sens du terme – et j'avais promis de ne plus le toucher. Et même sans ça, bonjour le malaise… Autant profiter de ce que je pouvais voir directement, comme ses superbes pépites~ (ses yeux, bien entendu)
 - Ah ! Et de préférence quelqu’un de pas trop regardant... J’ai pas grand-chose.
"Regardant", alors que je fixais ses yeux, ha ha ! Bon, voyons cette fortune…
… ho. C'était juste, là…
 - C'est pas ne pas être regardant, c'est carrément travailler à l'œil, là ! Commenta mon requin adoré.
Tout en ayant aucune idée du prix d'une telle réparation, bien entendu, mais ses jeux de mots avant tout. Plus optimiste, je gardai mon sourire en réfléchissant et finis par répondre :
 - Hm, j'ai quelques contacts, oui. Celui qui s'occupe de mes scalpels, impossible, il est totalement hors de tes moyens. Mais j'en connais un autre, Rudy ! Bon, lui, il se rapproche plus du cliché du Dué, par contre…
Du genre qui trouvait certaines armes sur des mecs qu'il s'était arrangé pour transformer en cadavres, quoi… entre autres joyeusetés.  Sans parler de son caractère de cochon, vulgaire et agressif. Enfin, inutile de stresser Poil Blanc, ou de lui donner des cas de conscience ! C'était pas avec ses moyens qu'il allait pouvoir se permettre un type réglo, plus chers. Le prix de la conscience… une fois de plus, c'était mon argent qui me le permettait. Enfin !
 - Mais il va pas attaquer un client, pis on est là pour te protéger ! Et j'arriverai bien à te chopper une ristourne, j'suis populaire, c'est tout bénef' pour lui si je lui fais de la pub.
 - Qui nous aime, nous suive ! Conclut Lenny en se mettant en route.
Mais je ne lui emboîtai pas le pas ; il se retourna, surpris, et je lui fis un clin d'œil pour le rassurer. Je demandai à mon protégé :
 - Tu en es ? D'autres questions ?
Il avait fait un effort pour me pardonner mon excentricité et mon manque de pudeur, alors je pouvais bien y mettre du mien ! J'avais imposé mon rythme pour ne pas lui laisser l'occasion de m'éviter, mais ce n'était plus nécessaire, maintenant. Alors, laissons-le avoir le sien…

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Sam 4 Nov 2017 - 23:28





Poils, écailles et soie

IKE OWENS ▽ E. ZOE LACROIX



« C'est pas ne pas être regardant, c'est carrément travailler à l'œil, là ! »


Ike aurait très bien pu envoyer balader l’anima agaçant d’une remarque acérée, mais à vrai dire, ce n’était pas vraiment dans son intérêt. D’abord parce que la situation ne s’y prêtait pas : il avait besoin de leur aide ! Pas qu’ils le laissent tomber pour manque de respect… Et ensuite, il ne s’agissait là que de la stricte vérité. Ike, en bon Philia stéréotypé, était fauché. Si bien que tout ce qu’il avait avalé depuis la veille n’avait été que cet affreux verre de whisky un peu plus tôt – petit extra qu’il s’était accordé stupidement alors qu’il pensait ne plus pouvoir réparer son arme. Irrité, Ike lança tout de même un regard agacé au requin face à lui, avant de ranger ses pauvres billets honteusement. Il était déjà suffisamment abattu de savoir qu’il ne lui restait que ça jusqu’à sa prochaine paye – d’un job qu’il ne garderait sans doute pas longtemps – alors il n’avait vraiment pas besoin qu’on lui renvoie sa misère à la figure. Mais à sa grande surprise, c’est Zoé, sans prêter attention aux propos de son lié et d’un ton beaucoup plus amical que ce dernier, qui le rassura :


« Hm, j'ai quelques contacts, oui. Celui qui s'occupe de mes scalpels, impossible, il est totalement hors de tes moyens. Mais j'en connais un autre, Rudy ! »


Le regard doré de Ike s’illumina à cette nouvelle, et l’espoir qui s’était éteint en lui s’embrasa à nouveau. Finalement, sa rencontre avec la Dué était peut-être une bonne chose. Peut-être…


« Bon, lui, il se rapproche plus du cliché du Dué, par contre… »


Et voilà. Puisque bonne nouvelle ne vient jamais sans son lot de ‘’mais…’’, la bonne humeur de Ike fut rapidement émoussée. ‘’Le cliché du Dué’’, hein ?...


« Je vois le genre… »


Oui, Ike en avait connu un paquet des comme ça. Le genre à chercher la merde pour un rien. A perpétrer toute sorte de crimes en plein jour et à user de violences aussi facilement que dire bonjour pouvait l’être pour des gens respectables. Le blanc ne pouvait généralement pas parler avec de tels individus. Loin de juger leur mode de vie ou leurs actes à la morale douteuse, il préférait tout simplement ne pas s’en approcher. Mais ce soir, il n’avait pas vraiment le choix.


« Mais il va pas attaquer un client, pis on est là pour te protéger ! … »


Un sourire étrange s’esquissa sous son masque. Si elle savait… Si elle avait la moindre idée de ce qu’était réellement Ike, ses propos seraient sans doute bien différents. Car s’il venait à devoir se défendre, Ike n’aurait sans doute besoin de l’aide de personne. Et quiconque s’opposerait à lui s’exposerait à un danger tel, que Ike lui-même n’osait plus user de son pouvoir. D’une part parce que la douleur de la transformation était insupportable, mais aussi parce que même conscient de ses actes, le Philia restait dangereux. Et par-dessus tout, il ne pouvait supporter la créature qu’il devenait une fois transformé, le confrontant plus que jamais à l’hybride qu’il était. Mais ça, il n’en parlerait pas… Zoé le verrait bien de ses propres yeux si la situation venait à déraper – car on n’était pas à l’abri de l’attaque d’une Beast ou d’un Dué comme ce dénommé Rudy. Mais pour l’heure, si ça pouvait faire plaisir à la bleutée de croire qu’il avait besoin de sa protection, qu’il en soit ainsi. Ike n’y voyait aucun souci. Il n’était pas de ces hommes à la fierté mal placée, pour qui être sous la protection d’une femme était inconcevable.


« … Et j'arriverai bien à te chopper une ristourne, j'suis populaire, c'est tout bénef' pour lui si je lui fais de la pub. »


« Qui nous aime, nous suive ! »


Réticent au premier abord, Ike était maintenant bien forcé de l’admettre : ces deux-là étaient sympathiques – même ce requin étrange, qui s'en allait déjà sans eux. Car à bien y regarder, ils n’avaient aucune raison de l’aider. Aucune. Et pourtant…


« Tu en es ? D'autres questions ? »


S’il y avait bien un lieu où Ike ne s’attendait pas à trouver un élan de solidarité, c’était bien le Bronx ! Mais cette rencontre défiait depuis un moment, et contre toute attentes, ses idées préconçues.


« Ca me va. »


De son propre chef, Ike avança alors sa main vers celle de la Dué pour récupérer son couteau. Et il ne rechigna pas lorsque ses doigts gantés glissèrent contre ceux de la jeune fille, lui prouvant par ce geste que s’il n’était pas prit par surprise, il n’avait dans l’absolu rien contre le fait d’être touché – de manière raisonnable cela va de soi.


« Merci. »


« Ouai, c’est ça… merci de nous escorter chez un autre taré ! On n’en a pas assez vu ce soir. »


« Plio ! Ils sont déjà sympas de nous aider alors reste polie s’il te plait. »


D’un geste dédaigneux, l’anima pointa son museau de l’autre côté, ignorant magistralement son lié pour emboiter le pas du requin. Ike soupira devant l’immaturité inhabituelle dont faisait preuve ce soir son acolyte. Mais au lieu de la rattraper, il se tourna plutôt vers Zoé, lui accordant un bref regard et un signe de tête l’incitant à suivre leurs compagnons respectifs.


« C’est loin d’ici ? Pas que je sois pressé mais disons que je préfère ne pas m’attarder dans ces rues trop longtemps. »


Près d’une baraque défraîchie, un groupe de jeunes relativement douteux – que Ike n’avait pas remarqué jusque-là –  les regardaient d’un mauvais œil, attendant visiblement qu’ils déguerpissent de là, tandis qu’un peu plus loin un gars complètement allumé frôlait les murs pour ne pas tomber à terre. Sans parler de ce type étrange, perché sur sa fenêtre, et qui depuis bien un quart d’heure jouait avec un flingue, le regard perdu dans le vide. Oui, dans cette rue à priori déserte, Ike avait remarqué toutes ces choses qui pour lui étaient inhabituelles, et définitivement, il ne voulait pas traîner ici plus que nécessaire.
Mais alors qu’ils marchaient, s’éloignant peu à peu de ces individus étranges, Ike se rendit compte qu’un silence de plomb s’était installé. Car la jeune femme à ses côtés, qui depuis le début avait été incroyablement bavarde, s’était arrêté de parler. Et tout ce que l’on pouvait maintenant entendre était le bruit de leurs pas respectifs sur le sol humide. A cet instant, le jeune homme, dont les relations sociales étaient plutôt limitées se retrouva bien démuni. Et il avait beau chercher, il ne savait pas comment engager – ou plutôt poursuivre la conversation.  Oh, ça ne le dérangeait pas vraiment de ne rien dire ! Ike appréciait le calme plus que tout… Mais il doutait que cela soit le cas de son interlocutrice. Et la voir aussi silencieuse ne lui plaisait pas beaucoup. Qui sait ce qu’elle devait se dire sur lui…


« Je... je me posais une question... »


Mince, ça lui avait échappé ! Il ne voulait pas, vraiment pas ramener le sujet mais… il voulait tellement savoir ! Plio, elle, qui sut immédiatement à quoi son lié avait pensé lui lança un regard désapprobateur.


*Espèce d’idiot, tu vas te griller tout seul !*


Mais elle aurait beau l’affubler de tous les noms d’oiseaux, Ike était têtu, et beaucoup trop curieux. Et maintenant qu’il pensait pouvoir faire un minimum confiance à la Dué, il ne put retenir sa curiosité plus longtemps.


« Pourquoi est-ce que t’as parlé d’écailles tout à l’heure ? J’ai pas trop compris. »


Il marqua une pause, réfléchissant un moment.


« Si c’est de mes gants que tu parlais, ils sont en cuir d’agneau, pas en croco… »


Prêcher le faux pour savoir le vrai. Ike n’était pas très fort à ce jeu-là. Mais il ne pouvait pas non plus demander de but en blanc ‘’comment t’as su pour ma peau ?’’. Ça serait avouer délibérément sa mutation, et ça il ne le voulait pas. Alors quitte à passer pour un idiot, il avait naturellement opté pour une question détournée. Comme s’il ne comprenait pas de quoi la demoiselle avait voulu parler, mais tout en montrant sa curiosité certaine. Ridicule, pensa Plio. Même le plus cons des imbéciles verrait clair dans son jeu. Le jeune homme était tellement transparent quand il s’agissait de sa mutation... c’était affligeant.


...








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Sam 11 Nov 2017 - 23:06


Poil, écaille et soie

Le risque quand on demandait quelque chose, c'était de se prendre un refus. Difficile de se placer directement contre l'autre, bien plus que si l'autre offre l'occasion de décliner… mais bon, et au pire ? J'avais plus d'un tour dans mon sac. Si ce Dué lui allait pas, je trouverai autre chose !
Mais pas besoin : il accepta, sobrement.
 - Ça me va.
Bon, après tout… il était venu ici, il devait pas avoir si peur des mecs du Bronx. Et puis, même s'il apparaissait un peu comme un lapin effrayé depuis le début, je ne devais pas le sous-estimer : il n'était pas dans son élément, normal qu'il soit aussi mal à l'aise. D'ailleurs, il reprit son arme avec confiance, sans craindre de me frôler. Ma foi, je commençais à apprivoiser le p'tit lapin ! Par contre, son anima était moins convaincu, avec une réaction d'un sarcasme qui me fit sourire.
 - Bienvenue au New York Freak Show, Plio !
Sans répondre, elle suivit mon requin adoré. Ike me fit signe de les suivre, et nous nous mîmes en route.
 - C’est loin d’ici ? Pas que je sois pressé mais disons que je préfère ne pas m’attarder dans ces rues trop longtemps.
 - Nooon, ça va. Et on passe pas par les pires ruelles, t'inquiète ! Allez, on y va.
A vrai dire, je comprenais un peu ses craintes. J'avais appris à m'adapter, étant même parfois l'élément le plus étrange du décor, mais pour un non-initié…

Je n'avais jamais vraiment connu ce "choc". J'avais grandi avec le Bronx... ou plutôt, pourri avec. Ses ruelles devenaient crasseuses alors que ma peau se mêlait d'encre. Ses monuments s'écroulaient alors que mes fringues devenaient vulgaires. Ses murs se tâchaient de sang alors que mes cheveux se teignaient de bleu. Les nouvelles autorités commençaient à se cacher les yeux alors que les miens se couvraient de lentilles violettes.
Et à me loger dans cette âme qui se corrompait, la mienne fit de même.

Que dirait mon père, s'il me voyait en cet instant ? Je m'étais souvent posé cette question, avec crainte et malaise. Malgré son côté parfois vieux jeu, je supposais qu'il accepterait ce nouveau look provoquant et mon caractère plus… explosif, incorrect. Mais que penserait-il de ma morale ? Cette conscience que j'étouffais souvent ? Ce sang que j'avais sur les mains ? Ce rejet de l'autorité, sans la combattre pour autant, préférant une indifférence plus sûre ? Ho, je jouais la semi-justicière du Bronx, mais je ne m'engageais dans rien… Même s'il en avait finalement été dégoûté, lui était entré dans les rangs pour servir sa patrie, prêt à mourir pour elle. Et que dire de sa force pour nous, surpasser ses démons pour nous élever et trouver la volonté de se remettre de la mort de notre mère pour s'occuper de nous ?

La question d''il y avait dix minutes me revenait : si avec tout ce que j'avais, fortune et talent, je n'étais même pas prête à faire plus qu'aider autrui de temps en temps… sans ceux-ci, que ferais-je ? Je songeai alors à Arthur. Lui, le "lâche" qui me reprochait de prendre trop de risques pour aider les blessés, dont la peur surpassait vite la morale… N'étais-je pas un monstre de ne pas l'avoir vraiment cherché ? Préférant fuir la douleur de le revoir, tirer un trait sur Emilie pour éveiller Zoé ? Et même ce Poil Blanc, je ne l'aidais depuis le début que pour pouvoir faire connaissance avec lui. Ho, parfois, j'aidais de façon désintéressée, si c'était vraiment possible… Mais rien de bien important, un acte spontané, vite fini. Alors, n'étais-je pas profondément égoïste, finalement ? Et impossible de demander à Lenny si je l'étais : il serait le premier à m'en féliciter. Peut-être devr-
 - Je... je me posais une question...
Hou là. Ce garçon avait décidément un drôle d'effet sur moi... Était-ce son calme, son caractère introverti qui m'influençait ? A marcher simplement avec lui, je m'en étais perdue dans mes pensées, presque sursautant à sa question !
 - Pourquoi est-ce que t’as parlé d’écailles tout à l’heure ? J’ai pas trop compris.
Ho, ça. Hm, à vrai dire, j'avais annoncé que c'en était, mais sans en être vraiment sûre. Une impression, en quelque sorte, la première théorie qui m'était venue à l'esprit avec la sensation sous mes doigts experts. Je m'étais trompée ?
 - Si c’est de mes gants que tu parlais, ils sont en cuir d’agneau, pas en croco…
Je le fixai, songeuse. Bluff ou pas ? A vrai dire, tout semblait porter à y croire, surtout le truc du cuir… Je le connaissais pas depuis longtemps, mais il me semblait assez vif que pour comprendre que je n'allais pas être déçue par l'animal exact duquel venait ses gants au point de le mentionner. Sans parler de sa forte réaction, non pas "ne touche pas mes gants" mais "ne me touche pas". Quoi que sous le choc, justement, il pouvait ne pas avoir réfléchi à chacune de mes et ses répliques…Enfin, je réfléchissais trop, et inutilement ; il y avait plus simple.

Et je rétorquai :
 - Mon pouvoir c'est de piquer les organes des gens.
Je me mis à rire et j'ouvris les bras, comme pour englober le quartier entier dedans :
 - Encore une fois, bienvenue au New York Freak Show ! On a des pourris au sens propre, des mecs qui se la jouent chevaliers moyenâgeux et certains parlent même de loups-garous… Je sais pas si t'as vraiment des écailles ou pas mais franchement, ce serait d'un banal, ici !
Je n'avais pas peur de révéler mon pouvoir : avec mon travail et mes exploits en joute, le secret n'était guère de mise ! Puis j'avais déjà été à deux doigts de le tuer au scalpel, ce n'était pas cette révélation qui allait le faire fuir…

Quelque part, j'étais quand même curieuse. J'espérais qu'en lui avouant ma propre bizarrerie, il me rende la pareille ; mais sinon, tant pis. D'ailleurs, nous étions arrivés, comme l'annonça Lenny, terminant l'enième anecdote qu'il faisait subir à Plio depuis le début :
 - … endroit que Zoé rattrapa enfin ce voleur de scalpels, après avoir éliminé ces cinquante subordonnés à mains nues ! D'ailleurs, il y a encore la trace de son front sur la gouttière, là. Regarde ! Rudy est sorti à cause du bruit, mais il a pas osé engueuler Zoé pour le sang sur le mur tellement elle avait l'air badasse !
Bon… il n'y avait que deux autres mecs, à moitié saoul, et le mec qui avait chourré mes armes – je les avais sorties pour lui montrer le travail de mon forgeron favori – était pas moins gris. Et Rudy m'avait bien gueulé dessus !
 - Et hop, nous voilà ! J'espère que la visite guidée t'a plus, Plio !
Plus je le connaissais, et plus Lenny semblait intéressé par les animas féminins. En tout cas, quel dragueur ! C'était pas mon anima pour rien, hé hé… Même si lui faisait cela pour me rendre jalouse, ce que j'ignorais.

Je rentrai, et m'avançai vers Rudy :
 - Salut ! Je t'apporte un client… Je compte sur toi pour le chouchouter, j'ai une réputation de Miss-Bon-Plan à tenir.
Sous-entendu : s'il voulait que je continue à lui apporter des gens, il allait devoir en prendre soin. Il grogna en retour, marmonnant quelques mots inintelligibles et laissant sa dague à moitié faite de côté. Aussi grand que maigre, glabre et les traits sévères… Il n'avait rien de sympathique, mais tant mieux : rassurer Poil Blanc, c'était déjà mon rôle !

Lenny flotta jusqu'au haches, s'extasiant devant – s'il avait été humain, voilà l'arme qu'il aurait manié, disait-il souvent. Pour ma part, je restai avec Ike. J'allais pas faire tout le boulot à sa place, mais j'allais pas non plus le lâcher tout seul face au forgeron !

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Dim 12 Nov 2017 - 22:45





Poils, écailles et soie

IKE OWENS ▽ E. ZOE LACROIX



Ike ouvrit grand les yeux, lorsque d’un naturel presque perturbant, Zoé lui annonça la nature de son pouvoir. Mais loin d’en avoir peur, le Philia se demanda plutôt ce qui avait poussé la jeune femme à le lui révéler si aisément. Car ce n’était pas un pouvoir banal qu’elle avait là, le sien paraissait presque ordinaire en comparaison. Alors essayait-elle de le rassurer ? De lui prouver qu’ici, personne ne le jugera pour quelques écailles, quand d’autres pouvaient arracher les organes vitaux de n’importe qui d’un claquement de doigt ? Ike comprit, et se contenta d’hocher la tête, optant pour une marque de reconnaissance silencieuse plutôt qu’un aveu de son bluff gênant à haute voix.
Puis, toujours sans dire un mot, il pensa à cette fille. Longuement, il songea à ce qu’elle avait pu être avant tout ça. A la manière dont la Lune Rouge avait pu la changer, tout comme elle l’avait changé lui, ainsi que chacun des habitants de cette ville. Même les Sourgés, mutants sans problèmes apparents, avaient changé, pas moyen d’y échapper. Alors qu’en était-il pour une fille comme Zoé, qui du jour au lendemain avait découvert en elle un pouvoir meurtrier. Comme lui, avait-elle eu peur ? Avait-elle eu mal lorsque sous ses mains, la première personne était tombée ? Et la seconde ? Et toutes les autres ? – Parce que voler des organes voulait en d’autres mots dire tuer, non ? – Avait-elle demandé pardon ? S’était-elle résignée ? Ou avait-elle tout apprécié depuis le début, remerciant le ciel et cette Lune sanglante pour le don qu’ils lui avaient fait ? Ike se demanda tout ça, et soudain, un sentiment qu’il ne ressentait que rarement l’étreignit : la compassion. Sans pourtant connaitre le moindre petit détail de son histoire, Ike avait été touché simplement en imaginait à quoi avait dû être confronté Zoé – qui à quelque part, et aussi étonnant que cela puisse paraitre, lui faisait penser à sa propre personne. Alors, sans réfléchir, il murmura plus pour lui-même que pour la Dué :


« Ça n’a pas dû être facile… »


Oui, ça n’avait pas dû être facile. Rien ne l’était. Oh, bien sûr, certaines choses le sont plus que d’autres. Mais vivre avec un pouvoir destructeur ne l’est certainement pas. Ike en savait quelque chose.


« Et hop, nous voilà ! J'espère que la visite guidée t'a plus, Plio ! »


* Génial… grosse éclate ! Ike, débarrasse-moi de lui j’en peux plus. *


* Débrouille-toi, t’es une grande fille ! *


Sur ces pensées, et sous le regard outré de l’alligator, Ike emboita le pas de Zoé, passant la porte défraîchie de l’établissement. Une fois à l’intérieur, ils furent aussitôt plongés dans l’atmosphère particulière de la forge. Un véritable petit atelier de métallurgie – en bordel et surement pas très légal – avec tout ce qui le compose : la chaleur intense du feu, l’odeur caractéristique de métal, d’huile et de charbon, sans oublier le son répétitif des coups de marteau-pilon sur les lames chauffées à blanc. Ike observa tout ça avec de grands yeux émerveillés. Car à bien y réfléchir, c’était presque étonnant de trouver un tel atelier encore aujourd’hui, dans une ville comme New York. Mais après tout, ils étaient dans le Bronx, et même sans ça, le besoin de se défendre était devenu viscéral pour tout le monde depuis la Lune Rouge – pour le plus grand plaisir de tous les forgerons de la cité qui s’étaient vu rallumer leurs cheminées et ré-actionner leurs soufflets pour offrir à tous les mutants de la ville le plaisir de s'entre-tuer avec leurs lames. Mais bien plus qu’une forge, l’atelier de ce Rudy était vraisemblablement une réelle armurerie. Car outre les couteaux, sabres et haches exposés aux murs, des nombreuses armes à feu trônaient aussi fièrement un peu partout, sans compter les quelques babioles explosives entreposées çà et là. De quoi faire péter une bonne partie du Bronx à n’en pas douter. Autant se tenir à carreau avec le maître des lieux, en conclu Ike.


« Salut ! Je t'apporte un client… Je compte sur toi pour le chouchouter, j'ai une réputation de Miss-Bon-Plan à tenir. »


L’homme d’une trentaine d’année délaissa sa dague à moitié terminée sur son enclume, avant de se diriger vers eux tout en retirant ses gants. Il était grand, mince et chauve. Si grand qu’il dû se pencher sur la droite pour esquiver un martinet suspendu à une poutre. Une silhouette élancée mais impressionnante qui surprit Ike au premier abord. Mais à en juger par le visage sévère qu’il arborait, le Dué n’était pas du genre sympathique. Il n’avait d’ailleurs pas répondu à Zoé, pas plus qu’il n’avait révéler les yeux vers eux.


« Salut… », tenta Ike du bout des lèvres.


Le jeune homme ne savait pas trop comment engager la conversation avec cet individu étrange qui semblait plutôt agacé d’avoir été dérangé en pleine création. Il grogna même de mécontentement.  Et ben ! S’il était aussi peu avenant avec tous ses clients, son business devait sérieusement battre de l’aile ! Puis, Ike se souvint…
''Le cliché du Dué''…  Autant ne pas tourner autour du pot dans ce cas.


« Bon, je vais pas y aller par quatre chemins. J’ai un couteau en mauvais état et pas grand-chose pour payer une réparation. Y’a moyen de s’arranger ? »


Sur le semblant de comptoir en bois devant lui, Ike présenta sa lame fêlée et ses deux billets de dix dollars. Son regard resta ferme, tandis que celui de son interlocuteur peu bavard se fit moqueur. Un pouffement lui échappa même. Puis, ignorant magistralement Ike, il fit durer le moment, prenant même le temps de s’allumer une clope. Ike ne put s’empêcher de détourner les yeux à la vue de la flamme.


« ... »


Même aujourd’hui, sa peur du feu était encore présente. Si bien que depuis qu’il était entré ici, il avait soigneusement évité de regarder le brasier rougeoyant de la forge, ce qui n’avait probablement pas échapper au regard fauve du Dué.


« J’peux même travailler pour toi pour rembourser la réparation s’il le faut. »


Ike était prêt à tout. Et s’il devait faire face à sa plus grande peur pour ça, il le ferait.


« Il est marrant ton pote Zoé. T’en as d’autres des comme ça ? »


Ike fronça ses sourcils blancs sans comprendre. Mais sans qu’il ne s’y attende, Rudy se rapprocha de lui telle une ombre en brandissant la flamme de son briquet entre eux, un sourire carnassier aux lèvres.


« Quand on a peur du feu mon petit… On joue pas avec ! »


La flamme inoffensive disparu alors, et au bout d’une poignée de secondes, le Philia réouvrit enfin les yeux qu’il avait fermé sous le choc. En outre, il ne savait pas si Rudy avait eu pitié de lui, ou si la présence de Zoé l’avait soudain rappelé à l’ordre, mais quand Ike rouvrit les yeux, le forgeront tenait cette fois son couteau en mains. Dun œil expert, il sembla analyser quelques instants l’ampleurs des dégâts, tirant sur sa cigarette de temps à autres.  


« Arh, c’est pas beau à voir. Vous autres les pauvres, vous faites vraiment chier … »


D’un geste irrité, l’homme écrasa violemment sa cigarette à présent consumée à même le comptoir, avant de reporter son attention sur Ike.  


« Bon… puisque c’est la demoiselle qui t’emmène je vais être sympa. Mais j’ai pas pour habitude de travailler à l’œil, alors on va au moins voir si tu offres un bon divertissement… »


Tout en parlant, Rudy contourna le comptoir pour leur faire face. Toutefois, il prit soin de garder trois ou quatre mètres entre lui et Ike. Un sourire perfide fendait sont visage creusé. Il avait manifestement quelque chose derrière la tête.


« Que dis-tu de ça ? Si tu arrives à me reprendre ta lame des mains, c’est gagné : je te fais ta réparation, et gratis en plus de ça. »


Le regard de Ike s’illumina. Mais rapidement, sur le visage du plus vieux, le sourire sournois fit place à une expression beaucoup plus sombre et intimidante.


« Mais si tu perds… je garde le couteau et tu te barre. »


* Euh… je propose qu’on se barre maintenant ! Ce gars c’est un malade, ça se voit dans ces yeux ! *


« Entendu. »


* Quoi ?! *


Pour Ike c’était tout réfléchit. Il devait faire réparer son arme, point barre. Un rire mauvais parvint toutefois à ses oreilles. Un rire grave, moqueur et satisfait qui semblait vouloir dire ‘’t’as aucune chance gamin’’. Vraisemblablement, ce Rudy était très sûr de lui.


« Cinq minutes, et pas de pouvoirs. »


Ike acquiesça simplement d’un hochement de tête. Ça sera rapide et pas trop dangereux. Parfait. Satisfait plus qu’inquiet, le Philia retira son manteau gênant sans plus attendre. Puis, avec un petit sourire, il le tendit à Zoé.


« Garde moi ça. Et... s’il te plait, laisse moi faire, ça va pas durer longtemps. »


* Evidement qu’c’a va pas durer longtemps, tu vas te faire zigouiller en deux secondes pauvre tâche ! *


Ike fit abstraction des inquiétudes démesurées et inhabituelles de son anima et prit une grande inspiration. Son esprit réfléchit et animal analysa alors rapidement son adversaire et son environnement. Le Dué avait non seulement l’avantage de la taille mais aussi du lieux – qu’il devait connaitre par cœur – alors Ike avait plutôt intérêt à bien réfléchir à chacune de ses actions.


« L’heure tourne ! »


Il n’en fallu pas plus pour qu’Ike s’élance. Il fonça droit sur l’homme, qui anticipa aisément la charge et lança le couteau droit sur lui. Pivotant sur lui-même, Ike évita de justesse la lame qui vint se planter dans une poutre quelques mètre derrière lui. Ni une ni deux, le Philia fît volte-face, mais ce fut sans compter sur Rudy, qui contra son embardée d’un croche-patte vicieux mais bien placé. Mais Ike, qui depuis des années avait appris à se battre, se réceptionna sans mal, roulant bien malgré lui sur le sol crasseux qui sali sa chemise blanche. A présent à genoux, il était désavantagé. Et le Dué l’avait bien compris, fonçant sur lui dans un nuage de poussière pour le saisir à la gorge. Ce fut le geste de trop pour Ike, qui asséna de toute ses forces un coup de genoux dans le ventre de son assaillant qui lâcha prise sous la force du coup. Fort heureusement, la surprise de Rudy donna suffisamment de temps à Ike pour empoigner deux de ses couteaux. Le son des lames sortant de leur fourreau retentit. Pour Ike, pas le temps de se demander s’il devait retenir ses coups ou s’il désirait vraiment trancher l’homme face à lui. Plus rapide qu’une ombre, il s’abaissa et fonça vers le comptoir, sur lequel il bondit et prit une impulsion, avant de sauter sur le Dué bien plus grand que lui. Leurs corps s’entrechoquèrent dans un son retentissant, et la seconde suivante, ils tombèrent au sol, heurtant la poussière. Rudy n’avait pas pu esquiver l’attaque et se retrouvait maintenant face contre terre, une lame plantée au sol près de son oreille, et l’autre sous la gorge. Mais loin d’avoir peur, il envoya aisément valser Ike d’un coup de coude dans la tête. Un coup si violent, que le petit corps d’Ike fut projeté sur le côté, bousculant Zoé sur son passage, dont la poitrine se retrouva bien trop près de son visage à son gout.


« Ow ! E-Excuse-moi… »


Du sang coulait de son arcade. Rien de suffisamment grave pour le plonger en état léthargique comme ça avait pu être le cas lors de sa rencontre avec Estevan il y a de cela trois ans, mais de quoi lui faire perdre patience pour sûr ! Il était temps de mettre un terme à cette mascarade. Sans préambule, il ne laissa pas le temps à son adversaire de se relever et profita de sa position relativement basse pour lui donner un coup de genoux en pleine mâchoire, assommant le grand dadais qui ne s’était pas attendu à ça. Ike marcha alors tranquillement vers la poutre pour y retirer l’objet du duel, avait de la lancer à Rudy, sans un mot.


« T’en as dans le ventre pour une pucelle de Philia, hein ? »


« Je repasserais la semaine prochaine pour le récupérer. Garde la monnaie ! »


L’insulte lui passa bien au-dessus. Et sur ces mots, il lui balança les deux billets qu’il avait laissé sur le comptoir à la figure. Simplement de quoi s’acquitter des coups qu’il avait porté. Car oui, même après ça, Ike ne pouvait retenir sa nature droite et juste. Il était peut-être idiot, mais c’était ainsi.
Sans même attendre la réponse du forgeron, il retourna près de Zoé, le regard un peu voilé. D’un revers de la main, il essuya son arcade ensanglantée. Bordel… ça piquait drôlement. Espérons que ça ne soit pas plus grave que ça en avait l’air. Ike n’avait aucune envie de tomber dans les vapes ici.


« On peut s’en aller, s’il te plait ? »


...








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Dim 19 Nov 2017 - 14:52


Poil, écaille et soie

J'étais impatiente de voir comment Poil Blanc se débrouillerait avec le forgeron. Mieux qu'avec les mecs du bar, j'espérais ; le Philia était en position de force en tant que client, mais Rudy, c'était autre chose que trois soûlards un peu cons ! Et puis, heu, en position de force… Il le serait p'têt' s'il avait plus que ces deux bouts de papier, en fait. Je compatissais, en tout cas : j'avais connu ce genre de situations, ça oui. A l'armée, quand on faisait face à un haut-gradé, on en menait pas large… J'étais plus docile à l'époque, aussi.

Après une salutation hésitante, il décida d'y aller cartes sur table. Enfin, billets sur table. Et bhé j'avais jamais vu Rudy sourire malgré toutes mes tentatives, et v'là le Lapin qui le faisait rire en deux minutes ! Comme quoi, tout était une question d'approche. Et puis, conscient de son offre peu intéressante, Poil Blanc se proposa à travailler. Hou là… Il en avait du courage. S'il acceptait, le forgeron l'exploiterait et pas gentiment, c'était évident.
 - Il est marrant ton pote Zoé. T’en as d’autres des comme ça ?
 - Tout le monde ne peut pas tirer la gueule H24 comme toi, Rud-
Il alluma brusquement son briquet, et je m'apprêtai à bondir pour l'empêcher de faire une connerie… mais il ne fit rien de plus, ricanant à la peur de Lapin. Ho, tiens ? Il avait peur du feu ? Voilà un truc bon à savoir. Pas forcément pour l'utiliser contre lui, ça pouvait être pour l'en protéger ! Ça pouvait… Les amis d'aujourd'hui étaient les ennemis de demain. Je n'avais jamais trahi sans excellentes raisons, mais tous n'avaient pas ces principes., et je ne connaissais pas bien cet Ike au final… pour l'instant !

J'hésitai à intervenir, n'aimant guère avoir amené quelqu'un pour qu'il se fasse agresser, mais je décidai de laisser Poil Blanc se débrouiller. C'était un grand garçon, après tout, et ça ne pourrait pas lui faire de mal de le frotter au Bronx. S'il devait y vivre l'expérience qui lui ferait décider que ce n'était pas un endroit pour lui, autant que ce soit ici avec moi pour limiter la casse, plutôt que dans une ruelle et la gorge tranchée…

Et en effet, les choses ne se passèrent pas comme dans un magasin de Manhattan. Ni dans un magasin classique du Bronx en fait : les choses dérapèrent très… bizarrement. Vraiment. En fait, c'était digne d'un Shonen Manga ! Rudy proposa un truc weird, Lapin accepta et me fila sa veste, et les voilà qui se battaient. Okay. En fait, je commençais à aimer Rudy, lui aussi il faisait n'importe quoi à son travail !

Evidemment, je ne ratais rien – tout en me retenant de hurler comme en joute. Voyons la capacité de combat de ces deux-là, et leur style… Et si l'un d'eux y passait, et bien, tant pis : ils avaient accepté librement en étant conscient du risque. Si le combat à mort m'effrayait, je n'irais plus à l'arène, hin…

On s'y faisait vite, au Bronx. A la mort. Une vie s'arrêtait… et puis ? C'était dommage, mais d'autres continuaient à vivre, et d'autres naîtront. Un certain cynisme régnait ici, voire du fatalisme… et, par la force de choses, je le partageais au moins en partie. J'avais tué, bien plus que Rudy, et je voyais des morts tous les jours. L'arène par exemple…

Mais même si je ne comptais pas intervenir, la mort, ça craignait quand même, et j'espérais bien qu'aucun n'y passe… surtout mon Lapin ! D'ailleurs, je concentrais mon observation sur lui. En fait, il se débrouillait plus que bien. A tel point que je songeai que, sans l'effet de surprise, peut-être n'aurais-je pas eu le dessus si facilement, tout à l'heure ! En arène, il aurait son petit succès… et encore, il n'utilisait pas son pouvoir. S'il avait bel et bien des écailles, ça pouvait être un truc trop stylé… Comme ce Philia, qui se couvrait d'armure ; là, ce serait d'écailles ! J'aurais l'air fine, avec mes scalpels, moi. Mais il me resterait mon pouvoir, et je n'aurais pas à le toucher très longtemps, vu comme il me plaisait déjà. D'aill-

Ho.
Le voilà qui s'écrasait contre moi, trop rapidement pour que j'esquive – et comme si j'allais esquiver et me priver d'un câlin surprise ! Il s'excusa, puis repartit à l'assaut… et gagna d'un coup. Puis il choppa le trophée, donna l'arme et l'argent. Ça partait sans doute d'une bonne intention, mais Rudy risquait de très mal le prendre… tant pis pour lui. Il avait qu'à pas faire le malin – même si au final, ça m'arrangeait plutôt bien, j'avais pu voir Poil Blanc en action.
 - On peut s’en aller, s’il te plait ?
 - Même pas un petit bis pour ton public conquis ? Taquinai-je.
Cela dit, j'étais peu convaincue par l'hygiène du forgeron et celle de l'endroit en général : les blessures risquaient de s'infecter. Alors, je proposai :
 - Si t'en as toujours pas marre du Bronx – ou si tu commences à l'aimer, qui sait ? –, tu peux venir chez moi. Je suis médecin de guerre à la base, je peux te soigner tout ça. Et puis, on boira à ta victoire ! Un beau combat, digne des joutes !
 - T'as un style un peu Rudy-mentaire, mais Ike-raint pas trop ! Ça fait pas un Pli-o combat, t'es un bon !
Très fier de sa série de jeux de mots, il sourit à l'autre anima, épiant sa réaction. Pour ma part, j'attendais celle de Poil Blanc. S'il venait chez moi en plus, il pourrait retenir où c'était, au cas où il aurait besoin d'aide… Et s'il acceptait de boire un verre, c'était parfait ! Ce serait sympa de passer une soirée avec lui, il était… intéressant.

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Ven 1 Déc 2017 - 11:40





Poils, écailles et soie

IKE OWENS ▽ E. ZOE LACROIX



« On peut s’en aller, s’il te plait ? »


« Même pas un petit bis pour ton public conquis ? »


Un petit sourire échappa au Philia malgré la douleur sur son arcade.


« Ça ira, merci. »


Même s’il avait tenu tête au Dué cette fois-ci, Ike ne mettrait pas sa main à couper sur un second duel. Il avait gagné grâce à sa dextérité et sa ruse, mais il connaissait ses limites. Et avec le sang coulant sur sa tempe, il ne serait bientôt plus capable de réfléchir convenablement. Car le blanc avait beau détenir un pouvoir d’une puissance incroyable, sans lui, il était aussi faible qu’un nourrisson. Rien de plus qu’une vie fragile mise en danger à la moindre égratignure. Il se souvenait encore de la première fois, la toute première fois, où il avait découvert la particularité mortelle de son sang reptilien. Sans mentir, il avait cru mourir sous la puissance du pouvoir de son adversaire. Et s’il n’avait pas été soigné immédiatement, il serait sans doute mort en moins de temps qu’il n’aurait fallu pour le dire. Car sa blessure au thorax cette fois-là n’avait pas été pas belle à voir. Rien de comparable à la légère coupure dont il souffrait actuellement.  


« Si t'en as toujours pas marre du Bronx – ou si tu commences à l'aimer, qui sait ? –, tu peux venir chez moi. Je suis médecin de guerre à la base, je peux te soigner tout ça. Et puis, on boira à ta victoire ! Un beau combat, digne des joutes ! »


« T'as un style un peu Rudy-mentaire, mais Ike-raint pas trop ! Ça fait pas un Pli-o combat, t'es un bon ! »


Tandis que Plio ricana pour la première fois de la soirée à la réplique de Lenny, Ike réfléchit un instant à la proposition de Zoé. Il ne rechignait pas à l’idée de se faire soigner, loin de là, et il devait d’ailleurs pas trop tarder s’il ne voulait pas tomber dans les vapes d’un instant à l’autre. Mais à priori, c’était plus impressionnant à voir qu’autre chose – l’arcade étant réputée pour pisser le sang facilement. Sans compter qu’Ike commençait à bien connaitre son corps et son fonctionnement. Si sa blessure avait réellement été grave, sa vue se serait déjà floutée, ses membres engourdis et son corps refroidi. Ce qui n’était pas encore le cas. Il pourrait donc sans soucis avoir le temps de rentrer chez lui pour se soigner par ses propres moyens. Comme à son habitude, le solitaire qu’il était préférer se débrouiller tout seul, même après tout ce que jeune femme avait fait pour lui.

« Médecin de guerre, rien que ça ! »


A en juger par le caractère bien trempé de la demoiselle, Ike ne doutait pas que dans un tel milieu, elle savait se faire respecter. Il aurait bien aimé voir ça.


« Je pense que ça devrait aller » dit-il ensuite, tâtant distraitement sa tempe où le sang commençait peu à peu à coaguler. « Je vais rentrer chez moi, ce combat m’a un peu fatigué pour être honnête. »


Sa main gantée glissa dans sa nuque par gêne – ignorant la traînée de sang qu’elle laissait sur son passage. Décidément, la Dué allait vraiment finir par traiter Ike de fragile ! Fatigué après un simple duel ? Pathétique…


« Et puis je voudrais pas m’imposer plus que je ne l’ai déjà fais », avoua-t-il finalement dans un souffle de sincérité.


Puis, pris d’un élan de gratitude venu de dieu ne sait où, il s’avança vers Zoé pour lui offrir une brève accolade.


« Merci pour ton aide, je te revaudrais ça, promis. », tenta Ike du bout des lèvres.


Un clin d’œil plus tard, et le voilà déjà parti, envolé dans la brume froide de cette nuit sombre. Il s’éleva en hauteur, naviguant de toit en toit jusqu’à retrouver rapidement son chemin. Ses pas le guidant jusqu’à chez lui, il ressentit une profonde sensation d’apaisement. Il avait trouvé ce qu’il été venu chercher, et repartait en plus de ça le cœur plus léger à l’idée que tous les Dué n’était pas tous foncièrement mauvais. Ce soir, le Philia avait fait une belle rencontre, et au fond de lui, il espérait pouvoir revoir cette fille étonnante lors de sa prochaine visite au Bronx. Une occasion de boire ce verre qu’elle lui avait proposé, non ? Et pourquoi pas, se connaitre un peu plus.
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Mar 30 Jan 2018 - 14:46


Poil, écaille et soie

Il était vraiment dans un sale état. S'il tombait dans les vapes, j'allais pas savoir le porter, et le traîner à terre dans ces ruelles dégueu allait lui filer toutes sortes de maladies pas cool. Lenny était ravi d'avoir arraché un rire à l'autre anima, mais moi, j'étais inquiète – même si je le cachais.
 - Médecin de guerre, rien que ça !
 - Ouais ! J'étais pas encore là mais elle était déjà super stylée ! C'pour ça que la Lune m'a mis anima d'elle, d'ailleurs !
Ce qui était plutôt faux. A cette époque, j'étais encore Emilie, bien moins extravagante et forte. Mais plus morale, les mains encore propres…
Enfin, l'heure n'était pas aux regrets. Et malgré les compliments de Lenny, mon ancien boulot ne le convainquit pas :
 - Je pense que ça devrait aller. Je vais rentrer chez moi, ce combat m’a un peu fatigué pour être honnête.
Je ne cachai pas ma moue déçue. Je lui faisais encore peur ? Ou je ne l'avais intéressé que le temps de réparer ses armes ? Je ne lui en voulais pas, il ne m'avait jamais promis plus et traîner avec une Dué connue, un poil imprévisible et puissante n'était pas rassurant. Et puis, il n'avait pas l'air des plus sociaux, plutôt le genre à être effrayé par un tête-à-tête avec une presque inconnue. Ou craignait-il que je découvre d'autres secrets en touchant à son corps ? Dans tous les cas, je n'imaginais qu'un manque de confiance, ou d'intérêt. Ce qui était ma faute, mais un peu décevant quand même.
Cependant, il risquait surtout de tourner de l'œil en plein Bronx et là, il serait foutu. Devais-je insister, ne serait-ce que pour les premiers soins ? Le raccompagner jusque chez lui au-cas-où ? Je n'avais pas envie de lui imposer ma présence, mais mes soins, si. Enfin… il était plus fort que ce qu'il paraissait, il l'avait prouvé. Peut-être que son pouvoir le protégeait aussi. Tant pis, ça restera un bon souven-
 - Et puis je voudrais pas m’imposer plus que je ne l’ai déjà fait.
Ho bha ? En une phrase, il venait de donner un gros coup de pied dans mes pensées – et mon petit cœur. C'était l'inverse alors, c'était pas pour ne pas se déranger mais pour ne pas me déranger ? Surtout qu'il ne l'avait pas vraiment dit comme une formule de politesse ! Décidément, ce petit gars était trop mignon~.
 - Mais t'inquièèète ! Je m'impose depuis le début, alors ce serait bien normal ! Et ça m'ferait plaisi-
Il me prit dans ses bras, faisant mourir la fin de ma phrase dans ma gorge surprise. C'était... étrange. Pour moi qui était habituée aux criminels, aux manières rudes du Bronx, et sûrement pas à être touchée, à cause de mon pouvoir... Et venant de lui, réservé et peu tactile... c'était comme s'il m'avait fait un vrai câlin. Je ne songeai même pas à compter les secondes pour éviter de lui piquer un truc, ni à lui rendre l'accolade, sous la surprise.

Il recula, et finit :
 - Merci pour ton aide, je te revaudrais ça, promis.
Remise du mini-choc, je lui lançai chaleureusement :
 - Heu, bha… C'est déjà fait, ce câlin valait bien ça, lapin ! Mais reviens quand même !
Puis il disparut en un clin d'œil, aussi soudain que son étreinte. Wow… sacrée rencontre.

Je lançai à Lenny :
 - Il était sympa, hein ?
 - Trop.
Il l'avait dit d'un air sombre et une moue mécontente, et je compris tout de suite ce qu'il entendait par là. J'haussai les épaules :
 - Oui oui, je me suis promis de ne plus tisser de liens trop forts… J'ai juste été surprise, et il est mignon et sympa, c'est tout. Je vais pas non plus arrêter de parler aux gens parce qu'ils sont intéressants ! Mais ça va aller, je saurai ne pas m'attacher, t'inquiète.
Ni lui ni moi n'étions convaincus par cette affirmation. Et bien, tant pis ! Je savais que Lenny ne faisait cela que pour me protéger – ignorant que la jalousie le guide – et je m'en voulais de mettre à mal son aide, mais…
J'avais vraiment envie de revoir ce p'tit lapin.

©️ Halloween




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