Dans la gueule du loup

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Ven 9 Fév 2018 - 18:16


Dans la gueule du loup



“Rien n'obtient le pardon plus promptement que le repentir.”


Proverbe oriental

 Je n'aimais pas les "dons" – bien souvent empoisonnés – que la Lune Rouge nous avait imposés. Depuis la nuit des temps, les humains avaient désigné des personnes plus puissantes qui auraient sur eux autorité avant tout symbolique, mais avec des conséquences concrètes : gardes, policiers et autres moyens de répression. Oui, il y avait eu bien des abus, mais l'ordre à tout le moins était garanti. Cela n'était possible que parce que chaque humain était relativement égal : rares étaient ceux certains de l'emporter contre une poignée d'autres humains, et il n'était pas si malaisé de trouver des moyens de défense pour ces souverains qu'un humain ne pourrait traverser. Mais aujourd'hui, l'unique force qui plaçait significativement un humain au-dessus des autres, celle symbolique, se voyait concurrencer. Le plus misérable, le moins éduqué, le plus malfaisant pouvait se voir brutalement doté la force d'une armée, la capacité à briser les lois de la physique les plus élémentaires, d'échapper à toute prévisibilité. Le chaos était né, plus présent que jamais, et les événements de la Lune Rouge n'étaient qu'un début… Tout était remis en question, plus rien n'était sûr, il n'existait plus aucun abri sûr. Mon propre pouvoir en était un parfait exemple : l'esprit d'une personne, dernier refuge inviolable, ne l'était plus. Et je craignais chaque jour qu'un opposant au régime, un de ces terroristes malfaisants se révèle capable de se téléporter aux côtés de notre Roi pour l'occire, ou de détruire un quartier entier. Que pourrions-nous faire ? Vraisemblablement, notre Roi avait des atouts cachés, un être capable d'annuler les pouvoirs dans une certaine zone par exemple, mais bien d'autres dangers étaient présents. Dans un monde où tout était possible, le désordre était maître… et il était néfaste.

Mon aversion pour ces capacités surnaturelles était claire, mais de cette certitude découlait un doute : devais-je alors les rejeter inconditionnellement, refuser d'en user ? J'étais déjà d'une réticence maladive à faire emploi du mien, pour des raisons éthiques et du fait du risque pour moi-même, mais celui des autres ? Ne risquions-nous pas d'en devenir irrémédiablement dépendants et de nous interdire alors d'arracher ces graines de chaos ?

Voilà les questions qui hantaient mon esprit alors que mon regard se perdait dans la porte surréaliste face à moi. Elle tordait l'espace-temps, brisait la distance, permettait de passer n'importe quel obstacle physique. Certes, la relativité de cette première notion avait été établie il y avait bien longtemps, et de tels déplacements instantanés étaient théoriquement possibles par ce qu'on appelait communément des "trous de ver", mais il ne s'agissait alors que d'un moyen incontrôlable et dont l'existence même ne faisait guère consensus ! Encore un pouvoir qui remettait en question les plus fondamentales des connaissances et, pire, les plus communes : le quotidien de chacun en était remis en question. Par chance, cette capacité aussi était entre les mains salutaires de notre Roi par Mr. Abd El-Sami, mais combien d'autres lui échappaient encore ?

Qu'en pensait-il, lui, de ces pouvoirs ? Partageait-il mes craintes ou, plus optimiste, y voyait-il de nouvelles possibilités ? Serait-ce alors un entêtement malvenu que de boycotter par principe ces moyens que nous avions ?  Après tout, le Roi – ou plutôt son envoyé – avait été clair : il avait besoin de ce livre au plus vite, ce qui excluait un voyage à pied à travers le quartier pour le récupérer auprès de son emprunteur. Je n'avais donc d'autres voies que ce portail pour m'acquitter au mieux cette tâche…

Ce tourbillon de pensée n'avait rempli qu'une paire de secondes : Mr Abd El-Sami n'avait guère le temps de souffrir mes appréhensions, et le Roi moins encore. J'inspirai, et le traversai. Je n'étais guère sereine à l'idée de plonger dans cet inconnu et remettre ma vie aux mains de ce pouvoir, mais si le Roi avait foi en cet homme, alors je devais et pouvais faire de même…

Pourtant, dès le premier coup d'œil, je compris que je n'étais pas dans la bonne demeure. Une femme me faisait face, dont l'apparence ne fit qu'accroître mes craintes : piercings, tenue inadaptée… Elle ne ressemblait à nulle habitante de Manhattan.

Mon esprit célère m'ordonna de battre retraite par la porte surnaturelle mais celle-ci s'était déjà refermée, m'enfermant en ce lieu inconnu, littéralement dos au mur. Pourquoi cette erreur ? Si c'en était une ? Néanmoins, j'étouffai ma méfiance injuste : il ne pouvait s'agir que d'une innocente aux goûts vestimentaires particuliers. L'embarras la remplaça, consciente que je venais alors de commettre une violation de domicile et d'intimité. Heureusement, elle n'était dans aucune activité personnelle…

Tout en me courbant en signe d'humilité, je prononçai :
 - Je vous présente mes plus sincères excuses, chère madame. Mon intention n'était guère de m'introduire dans votre domicile, vous m'en voyez confuse et désireuse de me faire pardonner. Pourriez-vous m'indiquer la voie vers la sortie, afin que votre intimité ne soit point malmenée plus longtemps ? De plus, je vous saurai sincèrement gré de m'offrir une occasion de faire pardonner cet acte inexcusable : adressez-moi une requête raisonnable, et je vous fais serment qu'elle sera exaucée.
Je n'avais guère l'habitude de faire tête baisse, mais la situation exigeait amende honorable : si d'aucun auraient dit que la faute n'était point de mon chef, je ne partageais guère cet avis. Non seulement il m'avait incombé d'être plus prudente, mais je portais aussi la responsabilité des miens en tant qu'Agapè. On me disait hautaine et supérieure, mais je savais reconnaître mes torts...

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Dim 11 Fév 2018 - 14:47
Dans la gueule du loup

Une journée banale, ennuyeuse. En somme, profondément énervante. Je tournais en rond, mains dans les poches, à balancer des insultes aux meubles, au canapé, à mon Anima. Mimi avait l'habitude d'assister à mes fréquentes crises de nerfs alors il se contentait de lever les yeux au ciel et d'attendre que je me calme. Je n'avais aucune envie de sortir, parce que dehors, je ne croiserais que des pourritures, des gens qui n'ont rien à voir avec moi. Des psychopathes que le Bronx a rendu fou pour la plupart. Moi j'ai gardé mes principes, je me conforme à mes propres règles. Mais eux, n'ont souvent aucune limite. Je n'aime pas me frotter à mes voisins, on en vient souvent aux poings, et je ne prends aucun goût à me battre. Ce quartier n'a déjà pas une grande réputation, si en plus on s'amuse à l'empirer à coup de sorts et de duels douteux, on court droit à notre perte. Dans un sens, je me moque du sort de tous ces gens, sans valeur. Mais j'ai un objectif, que je garde en tête malgré toute cette merde qui me tombe dessus, et qui me permet de garder la tête haute ; mon frère me manquait indubitablement, et j'aurais tout fait en ce monde pour pouvoir à nouveau le serrer dans mes bras. Sans oublier que son arrestation était en partie de ma faute. La culpabilité me rongeant, les regrets me maintenant en vie, je poursuivais cette existence vide. Je m'étais interdit de mourir avant d'avoir pu le sauver. Mais tenir cette promesse n'était pas chose facile, quand mes journées ne consistaient qu'à laisser le temps filer, tout en me regardant impuissante, continuer à me terrer dans mon trou. Je manquais d'air, mon esprit devenu fou, j'ouvris la porte, et la franchis en courant. J'avais besoin d'hurler au monde ma douleur, de crier ma rage contenue, de ne plus me taire, de libérer cette colère et cette tristesse mélangées.

J'avais passé ma journée dehors, dans un coin sombre, à déprimer et à haïr toute chose.
Avec cet astre moqueur au-dessus de moi, qui me provoquer de sa lueur de sang. (Je lui avais fait un fuck, et j'avais recommencé à lancer des insultes.) Il faisait maintenant presque nuit,
et je n'étais pas non plus suicidaire, au point de rester dehors dans la pénombre, désarmée et vulnérable. Alors d'un pas traînant, j'étais rentré chez moi, exténuée, anéantie. Je n'avais plus insulté qui que se soit, je m'étais simplement assise sur l'unique chaise de ma maison, et j'avais attendue le regard perdu au loin. Mimi m'avait apporté un paquet de chips pour me remonter le moral, ainsi qu'une canette de bière. Je l'en remerciais d'un petit signe de tête.
Mon Anima n'avait pas la vie facile, j'étais si imprévisible, si dérangée, si lunatique. Combien de fois il ne m'avait pas vu rentrer le soir,et s'était inquiété toute la nuit sans nouvelle ? Malgré tout, il restait à mes côtés, il ne me laissait jamais tomber. Je n'aimais pas grand monde, mais lui, il était bien trop important pour moi. Je laissais ma tête retombée sur la surface dure de la table. "Excuse-moi pour tout à l'heure, je ne pensais pas ce que j'ai dit." Il vint se blottir contre moi, et nous nous endormir.

Mimi avait pris la forme d'une bouteille d'alcool ENORME, de taille humaine. Je lui courais après, habitée par une euphorie nouvelle, désireuse de me marier avec, et de couler des jours heureux et paisible, à nettoyer mon estomac de ce liquide divin ! Alors je me transformais en décapsuleur, je sautais d'un bond tout en souplesse, et ayant calculé mon point de chute, j'atterris directement sur son capuchon... Alors que je m'apprêtais à le faire sauter... Je me réveillais en sursaut. Quelque chose clochait. Un pressentiment. Un mauvais pressentiment.
Mimi dormait toujours à poings fermés.

Et en effet, une fraction de secondes plus tard, un portail jaillit du mur, et en sortit alors une jeune fille de la noblesse, visiblement riche de part ses vêtements coûteux. Avant qu'elle n'ai pu songer à s'enfuir par là d'où elle venait, je refermais aussitôt le vortex derrière-elle, de sorte qu'elle n'ai plus aucun échappatoire. J'avais dégainé mon arme, que je braquais vers elle d'une allure menaçante. "- Je vous présente mes plus sincères excuses, chère madame. Mon intention n'était guère de m'introduire dans votre domicile, vous m'en voyez confuse et désireuse de me faire pardonner. Pourriez-vous m'indiquer la voie vers la sortie, afin que votre intimité ne soit point malmenée plus longtemps ? De plus, je vous saurai sincèrement gré de m'offrir une occasion de faire pardonner cet acte inexcusable : adressez-moi une requête raisonnable, et je vous fais serment qu'elle sera exaucée." Pour qui se prenait-elle ? Je ne supportais pas les filles dans son genre, j'en avais horreur. Et puis ce regard qu'elle dirigeait vers moi, me jugeant sans rien dire des pieds à la tête. Oui je n'avais rien en commun avec elle. Ne serait-ce que par le style. Mes vêtements étaient simplement pratiques, souples, pour que je puisse me battre facilement. Ils résistaient aussi bien au chaud que au froid, et n'entravaient guère mes mouvements. Alors oui, je ne connaissais pas les belles robes et les froufrous. Je n'avais pas atterri dans le bon quartier voilà tout. "Sorry princesse, mais je crois pas que tu sois atterri au bon endroit. Dommage, un seul geste et je deviens ton pire cauchemar." J'ignore encore quels sont les raisons de sa présence ici, mais je ne compte prendre aucun risque. Je lui fais signe de s'asseoir sur l'unique chaise en bois. "Tu te mets là et tu bouges plus. J'ai des questions à te poser. Mais ne te fais pas trop d'espoirs ma jolie. Maintenant que t'a vu où se trouve ma planque, t'attends pas à t'en tirer facilement histoire d'aller tout raconter à tes amis là-bas."

Putain moi qui avait enfin réussi à m'endormir calmement. J'aurais mieux fait de continuer ce rêve bandant. La réalité était beaucoup moins enivrante.


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Dim 18 Fév 2018 - 21:47


Dans la gueule du loup



“La menace est souvent plus redoutable que l'action.”



De Robert Choquette / Elise Velder

 Ce fut en me relevant de ma révérence polie que je remarquai un élément quelque peu... mésavenant : l'inconnue ne braquait rien de moins qu'une arme vers moi. Je me raidis, tout en espérant qu'il ne s'agissait là que de prudence excessive et non d'intention de me nuire. Je n'avais pour ma part que trois armes : mon génie, un couteau attaché à ma jambe droite et mon pouvoir. Rien qui ne puisse parer sa menace dans l'immédiat… et son expression hostile n'aidait pas à me rassurer. Dans quelle galère m'étais-je embarquée ? Finalement, la femme révéla ses intentions :
 - Sorry princesse, mais je crois pas que tu sois atterri au bon endroit. Dommage, un seul geste et je deviens ton pire cauchemar.
Parfait, songeai-je sarcastiquement. Ce maudit portail m'avait envoyé tout droit dans le domicile d'une criminelle, probablement au cœur du quartier sanglant. L'inquiétude naissait en moi, faisant battre mon cœur plus vite, mais je n'en montrai rien : si elle s'attendait à une petite fille qu'elle pourrait manipuler à sa guise, elle allait fort vite déchanter. "Devenir mon pire cauchemar"… j'en aurais presque ri. Elle ne pourrait ne serait-ce que m'évoquer les moins atroces…
 - Tu te mets là et tu bouges plus. J'ai des questions à te poser. Mais ne te fais pas trop d'espoirs ma jolie. Maintenant que t'a vu où se trouve ma planque, t'attends pas à t'en tirer facilement histoire d'aller tout raconter à tes amis là-bas.
 - Vous me proposez un siège, enfin ! Toute bonne manière ne vous est donc pas inconnue...
Je me dirigeai en apparence sereinement vers la chaise rustique, mais mon cerveau était en véritable ébullition et mon cour, en panique. Je ne comptais guère courber la tête devant cette criminelle ; cependant, il allait me falloir jouer en partie son jeu, jusqu'à trouver un moyen de m'extirper de ce guêpier. Heureusement, elle ne paraissait guère intelligente, ayant d'elle-même révélé qu'il s'agissait de sa "planque" et que cette information plairaît aux miens…

Je me hissai sur le meuble, tout en songeant aux solutions possibles. La première était d'user de mon pouvoir : je n'aimais guère y avoir recours, mais la situation était critique. Seulement, qu'en faire ? Modifier ses souvenirs afin de lui faire croire que j'étais alliée n'était pas une option, opération bien trop longue et complexe et même probablement impossible. Cependant, les explorer était toujours envisageable ; peut-être pourrais-je déceler une de ses connaissances et lui faire croire qu'elle nous était commune ? Une autre voie était de négocier ma libération, ou de lui faire croire qu'elle ne risquait rien à me relâcher. Enfin, je pouvais gagner du temps, espérer que les miens se rendissent compte de la durée anormale de mon absence pour une mission si simple et viennent me porter secours. Je n'aimais guère faire usage de subterfuges : ils étaient un aveu de faiblesse, je préférais affronter mes problèmes la tête haute et de front. Mais, en cet instant, ils s'imposaient...

Il me fallait diriger autant que possible la discussion, avant tout. Aussi, tout juste assise, je commençai :
 - Vous ne craignez rien, vous savez. Je ne connais guère les quartiers autres que Manhattan, il me sera impossible de retrouver votre domicile si vous me libérez.
Un mensonge. Ma mémoire eidétique me permettra de retracer une carte précise au pouce près du trajet emprunté ; mais elle n'avait guère de moyen de le savoir…
 - A l'inverse, me retenir ici vous met en danger. A chaque seconde, vos risques de voir s'introduire un groupe d'Agapè dans votre domicile croissent. Enfin, sachez que non seulement je suis assignée au rôle de bibliothécaire, mais j'y suis surtout du fait de mon fort attachement à mon collègue : je crains fort qu'il ne vous soit difficile de me soutirer une quelconque information importante…
Étaient-ce réellement menteries ? Je n'avais guère précisé que ma fonction se limitait à cela, ni que l'on m'avait assigné à cette tâche pour me permettre de rester proche de Galaad. S'il n'avait su gagner mon amitié, je n'aurais jamais accepté sa proposition… Et, surtout, elle ne pourra réellement pas m'arracher de renseignement substantiel.

Je préférerais la mort.

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Mer 7 Mar 2018 - 21:34
Dans la gueule du loup

Je n'étais guère patiente. Je n'aimais pas les longues tirades, les subtilités à saisir, les sous-entendus à relever. Je n'en voyais aucun intérêt, venir au fait était bien plus efficace et bien plus honnête. Les hommes avaient souvent tendance à enjoliver leurs propos pour dédramatiser. Cette pratique m'insupportait au plus haut point, il fallait donner leur réel prix aux choses. Alors cette gosse de riche apparue comme par magie devant moi, avec ses manières agaçantes et son air supérieur, j'avais du mal à la supporter. Pourtant elle ne se tenait là, que depuis quelques minutes à peine. Ca promettait d'être long...
Voilà que pour rien arranger, la nouvelle venue fait part de son premier caprice. "Vous me proposez un siège, enfin ! Toute bonne manière ne vous est donc pas inconnue..." Il fallait quand même un certain culot pour se sentir en position de force, et de plus, se permettre de faire la difficile. Ce "vous" sous-entendait bien des choses. J'en comprenais là le goût amer des préjugés qui rongent la plupart de ceux qui ne vous connaissent pas et qui se basent sur des mythes injustifiés. Faire une généralité des gens dans leur ensemble, me semblait ridicule. Chacun pouvait avoir le droit de montrer et d'agir comme bon lui semblait, sans devoir se rabaisser dans une case, avec une étiquette collé au front qu'il n'a pas choisi d'arborer. Elle visait là, la caste dont je faisais partie malgré moi. Les criminels, les personnes -les monstres même- dangereux qui arpentaient un quartier bien plus sombre encore. Les Dués. Je ne niais en rien l'idiotie de la plupart de mes voisins. Je cohabitais avec une majorité de pourritures assoiffées de sang, obnubilées par le meurtre, les joutes, la bagarre... Une population qu'on pourrait décrire de "à éviter". Pourtant, comment expliquer que moi, qui ne mettait les pieds dans une arène que pour pouvoir observer en direct la bêtise humaine, et qui ne cherchait ni à se battre, ni à tuer par plaisir, faisait également partie de ce monde-là ? Oui, je ne devais pas montrer une allure rassurante en cet instant, les armes collées à mes cuisses, puis celle dans ma main, pouvaient impressionner. Mais si un jour, je m'étais mise en tête de me forger mes propres armes, c'était uniquement pour me protéger. Car comment arracher mon frère aux griffes de Maxwell et de ses chiens-chiens si je ne survivais pas ? Même pas en rêve, j'avais du me battre pour vivre. Pouvait-on me blâmer pour ça ?
Madame je-sais-tout porterait-elle encore ses robes de princesses, et serait-elle encore choquée par la vue d'un revolver pointé sur elle, si elle était née dans le "mauvais" quartier ? On pouvait me juger sans savoir. Mais quelqu'un qui ne pouvait pas connaître ce que j'avais enduré, n'avait pas à proposer des conclusions si hâtives. Je me sentais insultée, bafouée, et je me renfermais encore plus. "Tu n'as pas besoin de faire de commentaire. Je me moque de ton avis." Mon ton glacé se mariait à merveille avec mon état intérieur. Je ne voulais pas lui faire peur, mais je n'avais que cela comme atout. Si elle ne me craignait plus, comment pourrais-je obtenir quoique se soit d'elle ? J'avais déjà été faible à l'époque, j'avais laissé mon frère aux mains de ses ordures, je n'avais rien fait, j'avais fui et je m'étais terrée dans cet endroit, élaborant depuis des plans en tout genre, pour pouvoir le récupérer. Le sortir de là et m'arracher à cette culpabilité sans nom qui me tordait les entrailles.

Enfin, la voilà assise. Je ne relâchais pas ma pression sur la gâchette, je me contentais de l'observer. Même sa manière de s'asseoir sur la fameuse chaise semblait être anticipé. Elle exécutait chaque mouvement avec une grâce que je ne comprenais pas. "Vous ne craignez rien, vous savez. Je ne connais guère les quartiers autres que Manhattan, il me sera impossible de retrouver votre domicile si vous me libérez." Elle me sortait l'habituel "je suis perdue et bête, je suis inoffensive et même si vous me laissez partir, euh bah je sais pas où alleeeer". Il ne me restait plus qu'à la laisser filer ! Je riais intérieurement jusqu'à ce qu'elle enchaîne, son regard prenant une aura malicieuse. " A l'inverse, me retenir ici vous met en danger. A chaque seconde, vos risques de voir s'introduire un groupe d'Agapè dans votre domicile croissent. Enfin, sachez que non seulement je suis assignée au rôle de bibliothécaire, mais j'y suis surtout du fait de mon fort attachement à mon collègue : je crains fort qu'il ne vous soit difficile de me soutirer une quelconque information importante…" Mes yeux s'assombrirent tout à coup. Je n'aimais pas qu'on tente de me manipuler avec des mots. Je trouvais cela fourbe. Etait-elle consciente que quoi qu'elle dise, la majorité des résidents de ce quartier l'aurait déjà taillée en pièce ? Elle avait ce culot sournois, cette manière de réfléchir clairement et de me parler malgré la peur qui devait la saisir. Je ne le montrais pas, mais son côté intrépide me plaisait. Même si c'était à peu près le seul trait de caractère que je validais pour le moment. "Oui c'est vrai, une petite bibliothécaire planquée sous ses tas de jupons, ne doit pas réellement s'intéresser au plan de sa propre ville. Et puis cette petite bibliothécaire aime bien s'introduire dans un quartier qu'elle ne connait absolument pas, sachant pertinemment que, attention, elle ne connaît que Manhattan. Et donc qu'elle se met en danger pour le fun. Tu avais conscience des risques en venant ici ? Cesse de me mentir, ça vaut mieux pour toi. Je n'aime pas les menteurs. Et manque de chance, je n'aime pas grand monde en général." Je ne voyais plus l'utilité de la menacer de mon arme pour l'instant. Elle ne semblait pas me supplier de ne pas l'achever, alors ce n'était pas très amusant. En revanche, je n'avais pas perdue ma langue. "Autre chose, c'est très gentil à toi de t'inquiéter de ce qui oui ou non est dangereux pour ma santé, mais je ne crains personne. Qu'ils viennent tes copains, je les recevrai comme il se doit. Parce que attend voir... Vu comme je suis habillée avec cette vulgaire armure, mes cuisses à l'air, mes cheveux violets à moitié rasés, je suis pas censée faire tous ces trucs que font les méchants sadiques ? Torture, chantage, etc... ? Le programme est... très tentant. C'est facile de mourir pour ne pas parler. Mais c'est plus dur d'être obligé de survivre face à la douleur. Dis-moi jeune innocente, as-tu déjà connu la vraie souffrance ? Tu penses que tes amis seront là à temps, histoire de ramasser les morceaux ?" Oui j'allais très loin. Je voulais tester ses limites, lui faire peur, la faire redescendre de son nuage. Le monde n'était pas aussi beau ni aussi simple. C'était bien d'avoir la langue bien pendue, du répondant et de belles idées, mais elle devait apprendre à fermer sa bouche dans des situations critiques. Je ne lui ferais aucun mal, du moment qu'elle ne bougeait pas de cette chaise.

En vérité, je ne me fichais pas d'éventuels renforts. Mais ça faisait longtemps que j'avais abandonné ce sentiment de peur. Je me sentais vide, tout simplement.



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Dim 11 Mar 2018 - 23:34



DESOLE POUR LE POST SUPER LONG !!!! Mais Erial fait partie de ces persos que je ne contrôle pas, elle n'en fait qu'à sa tête /sbaf/ J'espère qu'elle ne t'insupporteras pas, elle est abominable T_T Ne m'associe pas à elle plz CRY IN JAPANESE (Même si je l'adore, j'avoue tout)





Dans la gueule du loup



“Quoi de plus lucide que la peur ?”




Maurice Gagnon / Meurtre sous la pluie

 A mon sarcasme, sa réponse eut au moins le mérite d'être claire :
 - Tu n'as pas besoin de faire de commentaires. Je me moque de ton avis.
Une réponse, "nous sommes donc deux", brûlait mes lèvres. Pourtant, et j'en fus la première étonnée, je la retins. Non point par terreur, bien que l'angoisse me tordît le ventre ! Mais si je m'étais fut un temps plu à pousser autrui à bout sans considération des conséquences, j'avais à présent des responsabilités. Et… Galaad. Je ne pouvais qu'espérer qu'il ne se fît point trop de mauvais sang ; et me promettre de ne point agir en méconnaissance du chagrin que lui serait mon deuil.

Aussi, plutôt que l'affrontement, je m'étais essayée à la diplomatie. Il me fallait trouver un équilibre entre fierté et circonspection afin que cet événement ne me soit mortel ni de corps, ni d'honneur : les mots étaient, une fois de plus, mes armes les plus précieuses. Paradoxalement, je ne pouvais parier que sur sa propre clairvoyance : si elle se révélait d'une opiniâtreté stupide, mes arguments n'auraient aucune force...

Tout en plaidant mon inoffensivité, j'évaluais le temps qu'il faudrait aux miens pour saisir la nocuité de ma situation. Probablement était-ce déjà le cas : l'inconnue avait dissipé la sortie d'elle-même, je doutais que Mr. Abd El-Sami ne s'en soit rendu compte ni ne s'en soit formalisé. Pour autant, étais-je sauvée ? Si nul portail n'apparaissait, il était fort à craindre qu'ils ignorassent mon emplacement ou que le pouvoir de l'Agapè fut par trop limité. Et New-York était grande… Mon seul espoir était qu'un des nôtres possédât don capable de me localiser, ou tout autre voie leur donnant occasion d'intervenir : je n'aimais guère l'admettre, mais je craignais de ne pouvoir m'extirper de ce piège par mes propres capacités… Aveu qui m'était, cependant, moins exigeant qu'il ne l'eut été fut une époque. J'avais appris la force de l'union, l'importance des rôles, la dépendance sans honte. Être secourue par les représentants de mon Roi n'était que modeste atteinte à mon égo… Et sans leur premier sauvetage, que serais-je à présent ?

Une chose que je ne serai jamais plus.
Bien plus qu'un serment, je m'en étais fait une condition à vivre. Et si cette criminelle espérait briser ma volonté, peu importait la crainte qui faisait tambouriner mon cœur, elle apprendrait bien assez tôt que ses projets étaient vains ! Fort heureusement, elle semblait prêter attention à mes propos. Je n'étais guère femme d'optimisme et n'espérais point qu'elle se rangeât simplement à mon avis et me relâchât, mais…

Ma détermination, aussi solide fut-elle, ne pouvait effacer ma peur. Je la lui dissimulais comme je tentais de me la cacher, mais je ne pouvais qu'espérer qu'elle fut plus crédule que moi… J'étais dans un lieu inconnu, dans le Bronx peut-être, face à une criminelle qui n'avait aucun scrupule à menacer une enfant. Je ne me considérais pas comme telle, mais elle l'ignorait ! De quoi était-elle capable ?
Fermement, je me refusai à réfléchir à la question. Je ne devais rien imaginer, rejeter les souvenirs ignobles qui me revenaient : la terreur était mon ennemie, elle me troublerait l'esprit et l'encouragerait à l'attiser. Il me fallait me concentrer sur le dialogue, garder ce qu'il m'était possible d'arracher en contrôle de la situation, aussi défavorable m'était-elle. L'angoisse n'avait d'effet que quand on s'y abandonnait…
 - Oui c'est vrai, une petite bibliothécaire planquée sous ses tas de jupons, ne doit pas réellement s'intéresser au plan de sa propre ville. Et puis cette petite bibliothécaire aime bien s'introduire dans un quartier qu'elle ne connait absolument pas, sachant pertinemment que, attention, elle ne connaît que Manhattan. Et donc qu'elle se met en danger pour le fun. Tu avais conscience des risques en venant ici ? Cesse de me mentir, ça vaut mieux pour toi. Je n'aime pas les menteurs. Et manque de chance, je n'aime pas grand monde en général.
Pendant un instant, toute mes craintes disparurent, remplacée par une perplexité sincère. Était-elle… profondément stupide ? Ou avais-je mal saisi ses propos, ses intentions, une allusion sibylline peut-être ? La suite de sa réplique m'apporta la réponse : aucun sens dissimulé ne m'avait échappé. Elle était belle et bien idiote. Il eut été sensé que ce fait redoublât mon anxiété, ma logique devenue similaire à un fleuret subtil face à un esprit épais tel un mur, mais il n'en fut rien : cet étalage consternant d'inepties avait sapé sa crédibilité et mes craintes d'un même mouvement.

En vérité, j'étais consciente d'exagérer ce sentiment pour étouffer ma peur, mais la technique avait le mérite d'être efficace. Aussi, ce fut la voix pleine de sarcasmes que je rétorquai :
 - Me voilà sujette à un comble fort amusant pour une bibliothécaire : vous lisez en moi tel un livre ouvert ! Je ne puis que confesser ce dont vous semblez déjà avoir connaissance : il m'a paru divertissement passionnant que d'apparaître dans le domicile d'une criminelle, seule et désarmée, afin de tisser connaissance et conversation amicale. Et voyez comme la fortune fait admirablement son œuvre, me guidant droit vers un individu capable d'éteindre le passage qui m'amena ici ! Vous avez toutes mes félicitations, mademoiselle : lors que les plus crédules songeraient à une interférence provoquée par votre propre pouvoir qui aurait redirigé mon point de sortie initialement situé à Manhattan à ce lieu présent, vous sûtes réfuter cette théorie absurde et déceler la vérité unique : mon amour du danger inutile !
User de cette ironie caustique qui m'était si familière parvenait à assourdir mes craintes : je me sentais dans mon élément, usant de mes lames les plus effilées. Une voix me susurrait que je payerai fort cher cet affront brutal, mais je l'ignorais. Je me défoulais, oubliais ma situation effrayante et tortueuse, et cela me soulageais. Contrairement à ce que les apparences pouvaient suggérer, je n'étais de celles qui pesaient leurs actions et leurs conséquences : j'étais une "tête brûlée", comme disait Galaad…
 - Mais, non contente d'avoir résolu mystère si complexe et prouvé la puissance de votre intellect, vous voilà aussi guerrière invincible capable d'occire un groupe d'Agapès sans la moindre crainte ! Que dire alors de votre modestie, vous qui vous contentez de si humble foyer quand il vous serait aisé d'user de vos dons pour faire fortune ?
Plus je parlais et plus la stupidité de ma réaction me frappait. Telles des braises mal enfouies, mes craintes reprenaient force, me hurlaient de me taire, submergeaient mon cœur d'une angoisse que mon mépris ne pouvait plus étouffer. Répondre avec hargne avait longtemps été mon moyen de me protéger d'autrui, de leur pitié et même de leur gentillesse ; mais c'était alors au cœur de Manhattan, où je ne risquais guère plus qu'un coup impulsif. Ici, en ce lieu sans loi ni morale, ses envies de vengeance ne connaîtrait aucun frein…

Pourtant, j'étais incapable de m'arrêter, les mots coulaient de mes lèvres comme de l'acide et je ne pouvais que prier pour que les conséquences n'en soient pas trop atroces.
 -  Vous vouliez m'entendre parler ? Vous voilà exaucée ! Et qui sait, à l'aide de quelques tortures sophistiquées, vous pourriez apprendre que nous possédons un ouvrage sur les différents types de cornichons ou que la peinture du dernier étage s'écaille ! Chanceuse que vous êtes, d'avoir sous vos griffes une enfant chargée d'organiser les étagères !
La lame s'était retournée : ce n'était plus pour étouffer mes angoisses que je parlais, mais poussée par celles-ci. Peut-être même était-ce le cas depuis le début ; mais à présent, la terreur de ce qu'il se passera quand je me tairai me forçait à ne plus interrompre ce flot de paroles, une fuite en avant aussi désespérée qu'insensée. Il ne me restait qu'un atout pour m'en sortir, bien trop précaire… et ma langue semblait refuser de m'obéir. Pourtant...
 - Quant à votre question suivante…
Mon flot s'interrompit. Cette question dépassait son autrice, elle avait une profondeur qu'elle ne pouvait soupçonner, du moins à mes yeux. Je ne connaissais sa définition de "douleur"… mais je les avais toutes vécues, de la pire façon. Le moindre souvenir me retournait l'estomac, je ne pouvais m'allonger sur mon lit sans l'angoisse que mes rêves me tourmentent et la moindre flamme, le moindre miroir m'était souffrance. Ce n'était point la réponse qu'elle attendait cependant : elle espérait n'avoir en face d'elle qu'une enfant privilégiée, qu'elle pourrait mépriser tout son saoul. Je pouvais deviner son sentiment bien mieux qu'elle…

Car je l'avais longtemps partagé, avant de rencontrer Galaad. Faire une fierté de ses tourments, se sentir forte et supérieure d'avoir subi le pire, rabaisser ceux coupables d'avoir toujours été heureux… Comme si avoir souffert donnait un droit sur autrui, comme s'ils devaient être exclus et se taire en punition de leur chance, comme s'ils étaient inférieurs et ignorants de par leurs expériences plus positives ! Et puis… j'avais connu Galaad. Sa sagesse était profonde et sa bonté n'était plus à prouver, sans pourtant n'avoir jamais connu de tragédies. Un jour, d'une seule phrase, il m'avait forcé à percevoir l'absurdité de mon comportement :
 - "Tout le monde sait souffrir". Je ne connais votre passé ni ne vous en demanderai le récit, mais ne croyez pas qu'il vous distingue d'autrui ni ne vous donne droit de lui infliger ce que vous avez subi.
Je me refusai à lui révéler mes propres tourments : cela ne la concernait pas et je me passais volontiers de les éveiller à nouveau. Néanmoins, ce temps de réflexion et cette réponse plus sage que mordante avait brisé le torrent qui ballottait ma raison : il était temps d'user de mon atout, un maigre bouclier contre les représailles qu'elle projetait vraisemblablement en cet instant. C'était par sa question sur mes tourments que j'avais remarqué que son principal auteur n'était plus là…
 - Et si malgré cela, l'envie de me nuire ne vous a point quitté… je ne puis qu'attirer votre attention sur l'absence de mon anima. Que pensez-vous qu'il soit en train de faire ? Votre temps est compté, et chacun de vos sévices vous apportera sanction pire encore… Aucune de nous deux n'a voulu cette situation et nous pouvons encore y échapper. Votre pouvoir ne vous permet-il pas de m'amener en autre lieu ?
Bien entendu, ce maudit papillon ne m'apporterait aucune aide : il était vraisemblablement encore de l'autre côté du portail quand ce dernier s'était éteint et arriverait seul, pour le plaisir de savourer ma situation et même suggérer quelque supplice ingénieux à la criminelle. Cependant, elle n'avait guère besoin de le savoir… Quelque part, l'ironie de la situation, ce démon qui devenait malgré lui un bouclier contre les tortures, était presque un réconfort.

Mais c'était bien le seul.

©️ Halloween




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