Numquam risum felis credere

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Lun 12 Fév 2018 - 23:26
Contrat
Cloud ft Erial






Enfin un nouveau contrat, Cloud ! Que de réjouissances ! Tu sais bien à quel point ces contrats peuvent te faire gagner plus gros. Oh oui, plus la cible est grosse, plus tu gagnes. Plus les gens vont pleurer aussi, sûrement. Plus tu répandras de sang. Plus tu seras heureuse. Tu es ce genre de personne, Cloud. Égoïste, qui vit par le malheur des autres. Le rouge de tes victimes te va si bien !
Sans m'en rendre compte, j'avais ricané à voix haute. Tu me lances un regard noir, devinant déjà ce qui se passe dans ma drôle de tête. Je ne comprends pas, tu devrais être plutôt charmée que je pense encore à toi, ma très chère mutante, non ? A moins que je me sois mal renseignée sur les femmes ? Mea culpa !
Feignant de m'ignorer avec ton air dédaigneux -parce que je sais qu'on ne peut pas ignorer véritablement un sourire aussi charmant que le mien - tu t'engages vers ta destination : Queens.

Tu te sens terriblement mal à l'aise ici. Comment une assassin comme toi pourrait l'être ? Voyons Cloud, j'aurais presque honte d'être ton anima.
Est ce parce que c'est ici que tu vivais avec ta famille, avant ? Ta très chère famille, que tu aimais à les tuer. Et si nous leur rendions une petite visite ? J'aimerais tant déposer des fleurs desséchées sur leur tombe. Ou après l'assassinat alors. Comme ça, tu pourras donner un œil à ton borgne de demi-frère. Ce que je suis attentionné !
Enfin, même si tu connais vaguement quelques quartiers, tu ne connais pas exactement l'endroit où tu dois trouver celui qui t'a employé -oups, je voulais dire, celui que tu dois tuer ! C'est fâcheux tout de même, alors que tu as réussi à revenir jusqu'ici. Tu as même du te déguiser un peu : un chapeau qui masque un peu tes longs cheveux noirs, et une tenue plutôt masculine, ce qui ne te ressemble pas du tout.
Quand à moi, j'ai opté pour le déguisement sac à patate. Tu m'as négligemment jeté dans ton sac à dos, pour ne pas qu'on me reconnaisse non plus. Je sais que je suis une mascotte, je suis particulièrement populaire auprès des enfants. Si bien que, quand tu as le dos tourné, je laisse ma tête dépasser de ton sac. Ca ferait un porte clef très charmant comme ça. Et puis, si je reste dans le sac et que je ne peux pas voir, comment est ce que je suis censé faire la narration ? Tu serais trop maladroite pour le faire correctement.

Et puis, c'est parfois drôle de te voir embarrassée comme tu l'es en ce moment. Perdue, tu es obligée de demander à quelqu'un. Et le contact et toi, ça fait la paire. Les contacts, tu as l'habitude de les casser. C'est ce que tu t'apprêtes à faire, d'ailleurs. Ne soit pas pressée, veux tu ?
Alors, pour être moins mal à l'aise, tu te dirigés vers une petite fille. C'est juste une gamine, elle ne se doutera pas de ta mission, non ? Au pire, tu n'auras qu'à lui crever l'œil. Ca te rappelle quelque chose ?

-Eh petite... Est ce que tu sais ou est Arthur McFly ?

Tu n'y vas pas par quatre chemins : même pas une salutation. Que dirait ta mère en voyant de telles manières ?
Oh, je suis bête... elle ne peut plus rien dire de toute façon !



Illusionniste
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Illusionniste
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Jeu 22 Fév 2018 - 22:18


Numquam risum felis credere



“Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c'est la vérité.”



Talleyrand

 Parmi toutes les vertus de la littérature, l'une des plus impressionnantes était son universalité : elle pouvait graver une information quelle que soit sa nature, de la science aux émotions, et le tout avec beauté envoûtante… quand son usage était adroit et sage, tout du moins. De fait, sa plus grande faiblesse, c'était bien son universalité ! N'importe quel idiot ayant eu apprentissage de quelques fondamentaux pouvait prendre la plume et déverser ses inepties par écrit, transformer son fiel en encre, répandre avec plus de brio encore son ignorance dans les esprits des lecteurs peu avisés.

C'était le cas avec cet ouvrage, "le Roi qui transformait tout ce qu'il touchait en sang". Ce titre tout d'abord, piètre référence au mythe du roi Midas et qui donnait à la critique des airs de contes pour enfants. Cependant, ce manque cruel d'imagination contrastait avec celle dont l'infâme faisait preuve par la suite. Le contenu était outrageant, mensonger, teinté de félonie. L'auteur décrivait des actes monstrueux prétendument commis par des serviteurs du Roi et sous ses ordres directs, affirmant que ce dernier n'était que tyran destructeur et dénué de toute morale qu'il fallait renverser sans plus tarder. Il faisait preuve d'une hargne rare et la plus douce de ses insultes lui vaudrait à coup sûr une sanction exemplaire : le Roi devait être respecté par tous, et l'usage de calomnies pour ternir son honneur n'arrangeait guère le cas de l'auteur.

Pourtant, en parcourant – péniblement – les lignes perfides, je compris que lui faire subir juste châtiment ne serait en l'état à l'avantage du gouvernement. Je n'étais point naïve et n'ignorais guère plus les faits pragmatiques auxquels s'obligeaient les représentants de la Couronne. De même, je ne pouvais nier que certains responsables abusaient de leurs prérogatives et de la confiance que nous placions en eux pour leur intérêt propre, échappant pour l'instant à notre vigilance. Pour être honnête, je devais bien admettre qu'une paire des récits narrés me semblaient fort plausibles et évoquaient dans mon esprit des affaires dont j'avais eu vent. C'étaient pourtant là deux exceptions qui ne pouvaient éclipser la fausseté totale ou importante des autres épisodes : un manque de cohérence flagrant, des détails passés sous silence, des réactions improbables… Je n'allais guère tomber dans illusions aussi grossières.

Moi, non. Mais autrui ? Nombreux étaient les détracteurs du Roi qui, semblait-il, considéraient ne pas avoir assez sous son règne et se nourrissait de leur propre ressentiment. Qu'ils seraient enclins à croire ces fables et murmurer sous tous les toits que le Roi était un monstre, qu'un régicide devrait se lever, qu'une révolution devrait enfumer le ciel ! Et qu'ils jubileraient de voir leur modèle être sanctionné par leur ennemi, qu'ils s'empresseraient d'en faire un martyr ! Bien sûr, je doutais fort que ce navet puisse soulever les foules, mais quelques groupuscules étaient déjà problème important. Si je pouvais éviter cela, je me devais d'essayer.

Alors, j'avais été voir ce Mr. McFly en personne, dans le quartier du Queens. Il me fallait discuter avec, tenter de le convaincre de cesser d'user de tels mensonges, de faire amende respectueuse et de dévoiler au grand jour sa malhonnêteté littéraire. Dans le même instant, la conversation se révélera source d'informations utiles sur le personnage, et le dicton "connais ton ennemi" était de mes favoris. D'une manière plus générale, j'étais curieuse de découvrir ce qui avait poussé cet homme à écrire tel roman, aussi amoral que dangereux pour lui-même. Je voyais difficilement les avantages qu'il pourrait tirer de telle publication ; agissait-il alors par conviction ? Que pensait-il pouvoir tirer de la chute du gouvernement ? Avait-il des griefs sincères ?

J'étais arrivée enthousiaste ; je repartais excédée. L'homme n'avait fait que m'invectiver, maudire le Roi, vociférer que mes menaces étaient vaines et que j'étais servante du Diable en personne. Il ne s'agissait guère que d'un vieux fou nostalgique de l'ère que la Lune Rouge avait révolu et qui avait trouvé en le Roi un bouc émissaire parfait : empêtré dans son propre voile aveuglant, il refusait d'écouter autre voix de peur que ses illusions confortables soient mises à mal. Il ne me restait plus qu'une tâche : notifier au Roi l'échec de cette tentative et proposer certaines mesures répressives.

Malheureusement, mes projets furent interrompus par une demande :
 - Eh petite... Est-ce que tu sais où est Arthur McFly ?
Un soupir audible traversa mes lèvres. Telle était la raison pour laquelle m'éloigner de Manhattan m'était supplice… Mains sur les hanches, je me retournai pour faire face à l'impolie : vêtue d'un accoutrement fort sobre – et fort court –, elle me fixait d'un regard cerclé de noir qui me mit légèrement mal à l'aise. Fixant sans ciller ces prunelles vertes, j'admonestai :
 - Il serait moindre courtoisie, "grande", que de m'offrir un mot d'approche plus agréable. "Bonjour" serait un plaisant début.
Néanmoins, elle avait le mérite d'avoir éveillé ma curiosité. Mr. McFly ? Pourquoi donc voulait-elle le rencontrer ? Était-ce lié à son ouvrage ? Désireuse de trouver réponses à ces interrogations, je proposai :
 - Ma foi, je peux vous conduire à son domicile.  Puis-je supposer que son écrit a attiré votre attention ?
Je remarquai qu'elle n'avait nul anima à son côté, mais n'y prêtai grande attention : il n'était pas rare dans certains de ces couples que les deux se séparent un temps, profitent de leur autonomie. Il devait en être ainsi avec cette jeune femme…

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Mar 6 Mar 2018 - 23:40
Agaçante
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Quelle initiative, Cloud. Voila que tu vas directement au contact, avec une enfant qui plus est. Ca tombe bien, tu sais tellement bien y faire avec les enfants. Tu t’es tellement bien occupé de ton demi-frère après tout. Grâce à toi, il a très vite appris à se méfier des Dués. Tes leçons sont terriblement efficaces.
Oh, ne dit on pas que les enfants aiment les animaux ? Est-ce que je peux sortir du sac, Cloud ? Est-ce que tu ne veux pas car j’ai oublié de me brosser les dents ? Voyons, le sang de beast peut facilement se confondre avec du jus de tomate. Ne dit on pas que le sourire donne autant de lumière que l’électricité ? Décidément, je suis bien trop généreux.

En tout cas, il n’a pas réussi à illuminer ta journée. Ca t’apprendra à me laisser moisir dans un sac ! Si seulement je me montrais, je suis sur que cette enfant se montrerait moins désagréable. Et si je dépassais plus que ma tête du sac ? Tu sens que je commence à m’agiter, alors tu donnes négligemment un coup de coude dans le sac. Quelle violence ! Je devrais aller me plaindre à la spa. Enfin, à force de t’occuper des beasts, tu as surement du oublier comment s’occuper d’un animal.

-Il serait moindre courtoisie, "grande", que de m'offrir un mot d'approche plus agréable. "Bonjour" serait un plaisant début.

Et il a fallut que tu choisisses une demoiselle à l’air noble et snob et au regard hautain qui plus est. Je sens que tu te rétractes, je sens que tu as envie de grogner. Oh ce que c’est drôle ! Si les gens ont l’habitude de t’agacer, c’est rarement dès la première parole ! Deux demoiselles au caractère bien trempé, ça va rester dans les annales du RP.

-Oui bon, ça va tu viens de le dire…

Tu grognes plus que tu ne parles, sur la défensive comme toujours. Et bien ma chère ? Qui doit attaquer, ici ? Qui est l’assassin, qui est celle qui se prépare à tuer un homme de sang froid ?
Tu te reprends, cessant de froncer les sourcils et prenant une posture plus assurée. Tu es peut être devant une gamine, mais n’oublie pas que tu es en pleine mission. Et cela ne tolère aucune erreur ! Même si pour ça, tu dois essayer de te montrer plus gentille… Essayons, Cloud ?

-Ma foi, je peux vous conduire à son domicile.
-Merci…
-Puis-je supposer que son écrit a attiré votre attention ?

Tu restes silencieuse pendant une seconde. Le livre, bien sur, le fameux livre. En général, tu t’intéresses rarement aux affaires de tes clients, et tu te contentes de faire ton boulot, celui d’agir dans l’ombre. Mais cette fois, tu es potentiellement sur une grosse affaire. Il n’y a qu’à voir la somme qu’on te propose. Va-t-on devenir de grands méchants ? Encore pires que maintenant ? Oh, ce que j’ai hâte !
Mais c’est tout de même assez gênant de tomber sur une gamine qui est impliquée dans ce livre. Le choix de parler à une gamine, c’était aussi pour t’assurer d’aller droit au but sans devoir exposer quoi que ce soit sur toi. S’aventurer sur le sujet risque d’être dangereux… Mais voyons Cloud, notre mode de vie n’est il pas toujours dangereux ? Dans le pire des cas, il y aura deux victimes. Un fâcheux incident peut rapidement arriver…

-Oui c’est ça… Tu l’as lu ?

Tu as plus ou moins réussi à retourner le sujet de conversation vers elle, et non sur toi –bravo Cloud, toi qui a un sens de la communication sous développé, tu as réussi un exploit. Et puis, ça t’intéresse quand même, de savoir ce que penseront les gens lorsque cet homme, qui a fait tant de bruit, disparaitra… Est-ce que tout se passera comme prévu ? Est-ce que ce sera vraiment le chaos ? Au moins, tu seras bien plus dans ton environnement.
Tout en disant ces mots, tu accélères le pas, incitant l’enfant à faire de même. Tu retiens un soupir et t’efforces de ne pas grogner, agacée de devoir l’attendre, elle et ses petites jambes. Dans le pire des cas, on a besoin que de ses indications, pas qu’elle nous suive, si tu vois ce que je veux dire ~



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Ven 9 Mar 2018 - 18:10


Numquam risum felis credere



“Il n'est pas en matière de littérature une seule opinion qu'on ne combatte aisément par l'opinion contraire.”


Anatole France / Le Jardin d’Epicure
 A ma première réponse, son visage s'assombrit. Je n'avais, bien sûr, aucun remord : si elle espérait un comportement respectueux, qu'elle en fasse de même. J'étais accoutumée à déplaire, tel était le fardeau de ceux qui osaient souligner les erreurs d'autrui et je le portais fièrement.
 - Oui bon, ça va tu viens de le dire…
Je fronçai les sourcils, appréciant de moins en moins son comportement, mais ne récriminai pas. Elle me semblait bien trop obtuse pour qu'un sermon ne mène à quoi que ce soit et je n'avais guère temps à perdre en vain… De plus, malgré mon irritation, ma curiosité me poussa à lui proposer mon assistance : ce n'était point affaire négligeable que ce livre et il était de mon devoir d'en apprendre autant que possible à son propos, celui de l'auteur et de ses proches.

Elle accepta et s'osa enfin à un mot courtois. Il s'agissait de la plus élémentaire des politesses, mais l'effort était appréciable. Galaad me faisait souvent reproche de me braquer trop promptement au sujet d'autrui, sans doute n'avait-il pas tort… La suite nous le dira.

Ma question la laissa pensive, mais je n'y considérai rien de singulier : c'était sujet délicat et qui appelait réponse mûrement réfléchie. Finalement, elle se décida prudemment :
 - Oui c’est ça… Tu l’as lu ?
Une réponse concise, frileuse même. Craignait-elle que je condamne son opinion ? Pour peu qu'elle ait vu mon tatouage, il n'était guère ardu pour elle de deviner la mienne. Devais-je en conclure que son avis me déplairait, explication à ses réserves ? C'était là, cependant, un raisonnement quelque peu hâtif et doté de peu de fondements : si je voulais en savoir plus, il allait me falloir révéler mes propres pensées. Cela n'était point me faire violence, je ne craignais jamais de livrer mon opinion.
 - De fait. Eut-il été moins tissé d'artifices, c'aurait été là une critique dont nous aurions pu nous inspirer pour redresser les points fautifs et parfaire notre gouvernance. Malheureusement, fort nous est de constater que les tromperies évidentes mettent la crédibilité de l'auteur à néant, ne laissant qu'un ouvrage odieux tout juste capable de conforter nos ennemis dans l'idée aveugle qu'ils portent la bannière de la bonne morale.
Nulle colère, nulle amertume dans ma voix. Un peu de lassitude, sans doute, en évoquant à nouveau la stupidité de certains. Ironiquement, c'était grâce à notre Roi et l'ordre qu'il avait apporté que ces parjures avaient le temps de comploter contre lui. Autrement, ni les Beasts ni les criminels ne leur en laisseraient l'occasion…

Ma compagne de marche était-elle de ceux qui avaient vu à travers ces illusions, ou de ceux qui avaient cent fois maudit notre Roi pour des faits imaginaires ? J'espérais une réaction de sa part à mes mots, que ce soit pour m'approuver, rassurée, ou qu'elle m'aheurte. Quelque part, j'espérais qu'elle ne soit pas de ces naïfs et que notre rencontre prenne un tournant plus agréable, mais l'inverse pourrait être intéressant. Avait-elle des arguments pertinents, ou n'était-ce à nouveau qu'un besoin de coupable, de bouc émissaire plus humain que la Lune Rouge ? Qu'il était facile de cracher sur celui qui prenait les décisions dures et nécessaires, tout en profitant de leurs conséquences bienfaisantes !

__________________________________________________________________________

Elle est amusante, cette dame ;
Quelque chose en elle réveille ma flamme.
Celle de tourmenter ma chère amie,
Jouer avec la petite harpie !

Tiens ?
Mais voilà que ça bouge, dans son fardeau!
Un anima montre son museau...
Il me plait bien.

Yeux cruels, sourire méchant ;
Intriguant… intéressant !
Je sens qu'il sera bon complice
Pour redoubler de malice !

J'ai vite compris, par les souvenirs de la fée,
Qui il est, qui est sa liée.
Alors je transmets, rien qu'à lui,
Une proposition qui j'espère le séduit

"Bonjour, cher félin !
Pourrais-je te demander assistance ?
Une idée me vint qui, dans la circonstance,
Animerait cet instant sibyllin.

Attendons un temps, restons sages,
Qu'elles tissent connaissance.
Puis montre, rien qu'à elle, ton visage :
Une situation amusante prendra naissance..."


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Mar 3 Avr 2018 - 18:16
Oups !
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Je ne te vois pas directement, et pourtant, je le devine aisément. Tu es agacée Cloud, au plus haut point. Tu es énervée aussi. Je sens tes mouvements brusques, ta marche accélérer, ta voix sèche, et j'imagine encore plus ton regard fixé au loin, pour t'empêcher de lancer un regard assassin a la petite fille -qui est ta seule guide, actuellement ! Oh ce que je suis déçu. Oh ce que j'aimerais me promener librement devant toi, avec mon sourire moqueur spécialement adressé à toi, tandis que tu essaierais de m'écraser la queue pour me faire taire. J'ai toujours aimé cette relation entre nous.

-De fait. Eut-il été moins tissé d'artifices, c'aurait été là une critique dont nous aurions pu nous inspirer pour redresser les points fautifs et parfaire notre gouvernance. Malheureusement, fort nous est de constater que les tromperies évidentes mettent la crédibilité de l'auteur à néant, ne laissant qu'un ouvrage odieux tout juste capable de conforter nos ennemis dans l'idée aveugle qu'ils portent la bannière de la bonne morale.

Et elle te répond la petite ! Et quelle réponse, une véritable analyse. En voilà une qui ne fait pas semblant d'avoir lu le livre, contrairement à une certaine personne que je connais, n'est ce pas, ma chère ?

Pourtant, quelque chose te pousse à répondre. Bien sur il y a le fait que tu te sentes obligée pour gagner du temps. Mais c'est aussi parce que cette fille, elle appartient à une autre caste que toi. Elle fait partie des "bons" selon le roi, tandis que toi tu es une raclure de criminelle. Oh, tu ne t'en pleins pas, Cloud. C'est toi qui l'a choisi, en assassinant toute ta famille. Mais en tant que telle, tu ne peux t'empêcher de haïr le roi et ses pantins.
Alors, tu vas répondre à la petite -chose délicate pour une non instruite comme toi.

-Ah... Mais il y a quand même un fond de vérité. Même s'il est amplifié, est ce que c'est une raison pour l'ignorer ?

Tu attaques Cloud, tu t'aventures sur un terrain dangereux, surtout parce que à côté de la demoiselle au langage fleuri, tu as presque l'air d'une illettrée.

Mais que vois je ? On dirait qu'elle n'est pas la seule bavarde ici. Son anima l'est tout autant, et, comme il semble s'ennuyer, il vient me parler. Et quel discours. Non seulement il me parle en un langage d'il y a cinq siècles, mais en plus il me propose un marché. Ainsi il veut que je me dévoile ? Veut il vraiment que je fasse planter toute la mission ? Ma foi... c'est à ses risques à périls.
Alors c'est à mon tour de m'adresser à lui, avec mon langage bien moins poétique.

-En bien mon cher ami, j'aime les conflits, mais j'aime surtout les remporter. Si c'est une petite agitation qui vous plait, je peux vous l'offrir avec plaisir. Mais prenez garde, si le papillon ne vole pas assez haut, il peut facilement se faire happer par le félin avide !

Simple échange de politesses.
Cependant, comme je l'ai dit, j'aime quand c'est agité. Et ici, c'est plat, que diable, trop calme ! De toute façon, j'ai confiance en ma chère Cloud. Une victime de plus ne rendra le trophée qu'encore plus brillant...
Alors je me mets a l'action. Il sera difficile de pousser Cloud à la faute -c'est ça le défaut d'être trop professionnelle ! Alors c'est à moi de le faire. Dans notre duo, le bouffon, ça a toujours été moi.
D'un mouvement de patte, je dézippe le sac à dos. Et, comme un sac à patates, je tombe à terre. Je reste immobile, après tout, avec mon charmant sourire m'arrivant littéralement jusqu'aux oreilles et le sang entre les dents, je peux facilement être pris comme une peluche vendue à Jouet Club.
Cloud s'arrête, entendant le bruit de la chute, et se retourne. En me voyant à terre, elle se précipite vers moi pour me remettre dans son sac à dos. Tout en faisant ca, elle me saisit par la gorge, et serre très fort, dans une colère noire.

-Qu'est ce que tu fais ?

Ce n'est qu'un souffle, un grognement plutôt, mais terriblement menaçant, surtout avec tes yeux dilates. Oh ce que j'ai peur, j'aime beaucoup cet air la chez toi ! Si seulement il était plutôt dirigé vers tes ennemis...

-Désolée...

Pardon, vous pensiez qu'elle s'excusait auprès de moi ? Ne la surestimez pas : c'est une excuse toute adressée à la petite.
Tu me remets dans ton sac, et continues ton chemin, comme si de rien n'était, essayant de reprendre ton air sérieux. Tu n'offres même pas une explication à ta cadette -sans doute parce que tu n'en as même pas toi même.
Finalement, ce papillon avait peut être raison : tout cela s'annonce fort amusant...



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Ven 6 Avr 2018 - 17:28


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“Quel homme est sans erreur ? Et quel roi sans faiblesse ?”



Voltaire - Brutus
 J'avais pris l'habitude de garder un œil sur Lulu, toujours. Son seul objectif était de s'amuser, généralement à mes dépends, et il avait tout le temps et l'intellect nécessaire pour s'y adonner… Avais-je seulement réussi un jour à désamorcer l'une de ses machinations ? L'eussé-je fait qu'il n'en aurait tiré que plus de plaisir encore, agréablement surpris par l'imprévu. Dans cette lutte dont je n'avais jamais voulu, ma seule véritable victoire serait de la vider de son essence : couler des jours sans risques, ennuyeux à ses yeux… ou y mettre fin. L'univers me privait de la première option et je m'interdisais la seconde, tenu par mon serment à Galaad : ne me restait qu'à résister au mieux à ses fourberies, condamnée mais non totalement impuissante. Je ne désespérais pas non plus de trouver une nouvelle voie, un jour, pour que chacun de ses efforts lui soit justement rétribué…

J'avais cependant parlé d'habitude : il m'était impossible d'inspecter chacun de ses gestes, je restais concentrée sur mon interlocutrice. A ma tirade, cette dernière objecta d'ailleurs plus sobrement :
 - Ah... Mais il y a quand même un fond de vérité. Même s'il est amplifié, est ce que c'est une raison pour l'ignorer ?
J'avais espéré que livrer mon opinion rompit ses réticences, mais j'avais manifestement fait erreur : elle ne m'offrit qu'une question prudente, qui cherchait ou à en savoir plus sur mon opinion, ou à cacher la sienne. Malheureusement, je ne pouvais guère la forcer à s'exprimer plus en avant sur son opinion… Il ne me restait qu'à défendre la mienne.
 - Nul n'est parfait, c'est une évidence. D'ailleurs, dans un monde qui l'est si peu, plongé dans le chaos et tout ce que l'homme renferme de pire… un Roi irréprochable dans sa vertu serait-il le bon Roi ? Des décisions dures s'imposent, contraires à la morale dans son état pur mais sans lesquelles cette dernière ne pourrait jamais retrouver la place qu'elle eut auparavant. Il y aura toujours gens prêts à la brandir pour s'opposer au Gouvernement, un étendard qui cache mal leur véritable objectif : leurs intérêts égoïstes. En conclusion : je ne doute point que certains voient d'un mauvais œil les agissements de notre souverain et de ses représentants. Cependant, eux utilisent la morale comme prétexte à défendre des désirs pragmatiques tandis que le Roi s'oblige à un pragmatisme au service de la morale.
Si je n'avais montré aucune hésitation dans cet argument, il m'était pourtant difficile de le faire entièrement mien. Pourtant, s'il n'avait usé de méthodes controversées, jamais mon Roi n'aurait acquis ce titre. Et jamais il n'aurait pu rétablir un semblant d'ordre… et arracher un groupe d'esclaves à ses bourreaux. Qu'il m'était souffrance cependant de tourner le dos à mon éducation, de rejeter ce en quoi mes parents croyaient plus que tout ! Agir guidée seulement par la morale, sans songer aux conséquences… Si l'humanité entière suivait cette voie, elle mènerait alors au meilleur des mondes. Mais tel n'était pas le cas, et ne le serait sans doute jamais : je ne pouvais m'accrocher désespérément à un principe vide de sens, au détriment des vies et des souffrances d'autrui. Telle était la décision prise par notre Roi, et telle était la mienne, dussé-je me faire violence à chacun de mes actes...

Néanmoins, je n'avais fini de répondre. Je ne comptais guère non plus jeter toute valeur aux orties, nous ferions bien piètres exemples et souverains fort médiocres. Aussi, honnête , j'admis :
 - Je ne doute pas non plus qu'il y ait des abus commis au nom du Roi, des exactions rendues possibles par une autorité mal déléguée. Nul n'est parfait, une fois de plus : non point moralement mais en termes d'efficacité, cette fois. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que souffrances inutiles soient infligées, il va de notre devoir mais surtout de notre désir de servir au mieux nos sujets : quiconque se livrant à des actes répréhensibles pour son plaisir propre se verra durement châtié, plus sévèrement encore s'il s'agit d'un Agapè ! Mais dans un monde qui fut plongé dans le chaos et le mal, où telles ignominies étaient le quotidien de chacun et l'unique moyen de survie… ne peut-on ouvrir les yeux sur l'évolution miraculeuse que le Roi a permis ? Ne peut-on cesser de reprocher au souverain de n'être un Dieu capable de rendre tous heureux sans un compromis, sans un écart ? Ne peut-on comprendre qu'il n'est point responsable des tourments subsistants mais de tous ceux qui ne sont plus ? Et que dire de-
Un bruit frappa le sol, interrompant mon discours. Je me retournai, agacée…
Et mon sang se glaçât dans mes veines.

Une gueule digne des pires œuvres horrifiques. Des yeux brillant d'une malice perverse. Un sourire aussi mauvais que carnassier. Ce chat était son anima…

L'anima d'une tueuse.

La discussion que j'avais ouï dans la bibliothèque m'était revenue immédiatement : un double, triple parricide même, et son félin aussi effrayant qu'elle-même. Sa description ne laissait aucun doute… je l'avais en face de moi.

La peur m'envahit d'une vague : tous mes muscles se tendirent, mes dents se serrèrent à en craquer. J'étais brutalement entrée en panique, incapable de savoir que faire : d'une simple conversation, j'étais passée à une situation de danger mortel dans laquelle chaque acte pouvait me condamner.

Je devais me calmer. Garder mon sang-froid. Réfléchir intelligemment. D'abord, cacher ma réaction, en espérant qu'elle n'ait pas remarqué mon effroi. Respirer profondément, relâcher ma tension, garder faciès impassible. Que devais-je faire, à présent ? Fuir ? Ou… tenter de la capturer ?

Je n'avais aucune chance de victoire en face à face, mais ne pouvais-je pas l'attirer dans un guet-apens ? Contacter les Agapè d'une manière ou d'une autre, pour qu'ils tendent une embuscade et attrapent cette criminelle… Pour cela, je devais gagner du temps. Prendre des détours ? Faire semblant de me perdre ? Jusqu'où allait sa patience, et… jusqu'où menait son impatience ? Un coup de lame, et la bibliothèque royale se voyait privée d'une de ses responsables…

Un autre point prenait un sens tout à fait différent. Pourquoi voulait-elle voir cet homme ? Il se disait que la tueuse en avait fait son métier, l'assassinat. L'écrivain serait un client ? Ou… une cible ? Ne connaîtrait-elle pas son adresse, dans le premier cas ?  Ne-
 - Désolée…
Je mis une seconde entière à comprendre, à me souvenir qu'elle ne savait rien du choc qui avait été le mien. Essayant de garder une voix neutre et épurée de tout trouble, je répondis :
 - N'ayez crainte, il arrive à tout un chacun d'omettre de fermer son bagage.
Nous arrivions à un croisement. Il allait me falloir faire un choix… qui n'en était guère un. J'empruntai la mauvaise voie. Je ne comptais guère laisser passer l'occasion d'enfermer une criminelle aussi dangereuse… et encore moins aider à un meurtre, fût-il celui d'un adversaire.

©️ Halloween




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Mnémosyne
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Sam 14 Avr 2018 - 20:50
Perdue
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Que c'est amusant ! Que c'est excitant ! Tu crois qu'elle m'a vu ? Tu crois qu'elle a eu peur ? Je n'en sais rien, tu m'as tout de suite rangé dans ton sac à dos. En tout cas, une chose est sûre, c'est que toi tu étais en colère. Tu as faillit m'étrangler, que de violence ! On voit bien que c'est ta spécialité. Néanmoins, ça en valait la peine pour voir ton magnifique regard assassin qui aurait cloué n'importe qui sur place. Mais je ne suis pas n'importe qui, je suis ton heureux anima.
Tu reprends la marche, cachant ta gêne. Heureusement que tu es une assassin professionnelle, penser à ton objectif réussit à garder ton sang froid. En est il de même pour la fillette ? Il semblerait bien, même si cela a suffit à l'arrêter d'étaler sa culture.

Et heureusement d'ailleurs. Tu n'as jamais été à l'aise avec ce type d'individu, bien plus cultivé et éduqué que toi. Toi aussi tu aurais bien voulu, faire des études. Et non, quel dommage ! Quand on a plongé dans la criminalité, on ne peut plus jamais faire semblant de revivre normalement.
Je te sens crispée, et, pour moi qui te connais bien, je sais que tu es énervée, et surtout gênée. La fillette, sans doute plus jeune que toi, te ferait passer pour une illettrée ! Tu as envie de te taire, de lui dire de bouffer ses livres dans son coin et de lécher les pieds de son roi. Mais c'est pour l'instant la seule personne de disponible. Et puis, ses mots te mettent en colère. Si seulement tu savais parler aussi bien qu'elle, tu t’expliquerais avec plaisir. Néanmoins, tu te jettes à l eau. De l'audace, tu n'en manques pas.

-Ah... Oui, d'accord... Mais... Les sacrifices du roi, et l’ordre qu’il a mis en place, ça en avantage certains, et beaucoup y perdent. Un roi… c'est censé agir dans l’intérêt de tous. Mais seuls les Agape en profitent. C'est de l'égoïsme, aussi.

Ta voix est sûre et froide, un peu trop. Tu ne l’as jamais porté dans ton cœur, le roi. Les Àgape, c'est ceux qui t’ont retenue pendant des mois et t’ont fait subir des traitements inhumains. Tu auras toujours une dent contre eux, alors tu ne regrettes pas d'être devenue une Due.
Mais moi, je les apprécie un peu plus. Après tout, s’ils n’avaient pas fait ça, tu ne serais pas devenue ce que tu es, aujourd’hui. Oh oui, tu serais bien moins drôle. Et une vie qui n’est pas amusante ne vaut pas la peine d’être vécue.

Même si pour l’instant, tu aurais plutôt du cacher ta rancœur. Enfin, on ne peut pas dire que je t’ai aidé !
Tout en parlant, nous marchons, enfin plutôt, tu marches en me portant. Et je m'ennuie, je baille, j'ai envie de sortir et de m'amuser moi aussi ! Le papillon avait raison, j'avais vraiment besoin d'une bouffée d’air. Je recommence à être étouffé. N'étions nous pas censé être proches de la destination ?

-Hé... On est où la ? On s'éloigne de la destination.

Oh, oh ! Je vois. Perspicace, Cloud ! Quand tu parles, c'est toujours pour faire des reproches.
Tu jettes un regard sévère à la jeune fille. Tu te rapproches d'elle. Tu la domines de toute ta hauteur.

-Tu m’emmènes où, la ?

Oh oh ! Tu crois qu'elle m'a reconnu, Cloud ? ~



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Mar 24 Avr 2018 - 18:58


Numquam risum felis credere



“Le succès du courageux est probable, le succès de la stratégie souple est sûr.”




Mohamed Al Mokhtar Zadni
 J'avançais d'un pas serein… mais ce n'était qu'apparence. En mon esprit, la tempête faisait rage : j'analysais chacun de ses gestes et mots passés comme futurs, j'imaginais mille théories sur ses intentions et autant de plans pour régler la situation, j'évaluais et sa dangerosité et sa patience… Et je luttais contre la peur qui me tordait l'estomac. Je n'allais y céder, cependant : je m'étais promis que ma dignité ne souffrirait jamais plus, et me soumettre à la terreur serait inacceptable. Si mon corps était faible, mon esprit pouvait l'emporter sur ses talents d'assassine, fuir serait un échec…

Bien que je fusse aussi égarée qu'elle, en l'instant. Que devais-je faire ? J'avais déjà pris une décision : il me fallait contacter Galaad. Il était le seul capable de décrypter un de mes codes, et surtout de deviner son existence. Cependant, quel message devais-je lui transmettre ? Il me fallait sauver ma vie et celle de l'écrivain, aussi odieux m'était-il, mais aussi mettre la tueuse aux fers : cela m'était possible, il me fallait juste un peu de chance. Je devais néanmoins exécuter les premières étapes de ma stratégie sans tarder, car le temps m'était compté. Sans que mon empressement ne soit suspect, néanmoins… ni que ma crainte ne transpire.

Il me fallait continuer à l'éloigner, autant que possible : chaque seconde comptera, la bataille ne jouait point en ma faveur. Cependant, je ne pouvais guère non plus trop nous égarer : si l'assassine perçait mes manœuvres à jour, non seulement elle nous échappera, mais surtout…

Je préférais ne point imaginer la nature de ses représailles. Par chance, elle continua la conversation : voilà un sage moyen de détourner son attention.
 - Ah... Oui, d'accord... Mais... Les sacrifices du roi, et l’ordre qu’il a mis en place, ça en avantage certains, et beaucoup y perdent. Un roi… c'est censé agir dans l’intérêt de tous. Mais seuls les Agape en profitent. C'est de l'égoïsme, aussi.
Bien entendu, l'intérêt de cet échange de points de vue avait disparu à mes yeux : je ne doutais guère qu'elle avait de sérieuses raisons de s'opposer au Roi, dès lors que ce dernier condamnait et corsait l'exécution de ses méfaits. Elle y avait perdu, voilà bien l'unique point que je lui accordais ! Mais si le fond de nos échanges s'était vidé de son sens, il m'était pourtant devenu plus important par sa forme : pour peu qu'elle se concentrât un minimum sur la conversation, sa vigilance en sera amoindrie. De plus, même si l'admettre me coûtait, ce sera moyen efficace d'ignorer ma terreur…
 - A qui profitait ce chaos macabre, si ce n'était quelque criminel ne méritant nul avantage ? Je réfute sans frémir votre allégation selon laquelle notre caste est unique à récolter les fruits du nouvel ordre ! Et si ma parole ne vous est suffisante, demandez-donc aux habitants de ce quartier : regrettent-ils l'époque sans loi ? Souhaitent-ils la disparition de patrouilles royales ? Apprécieraient-ils le retour des Beasts au sein des demeures ? Soupirent-ils après les parodies de milices corrompues qui s'étaient formées pour tirer odieux profits de la situation ? Que dire des avancées scientifiques favorisées par le Roi ? De l'énergie mise à disposition par ses mesures ? Il est vrai que les mieux placés jouissent de certains privilèges, mais n'est-ce pas salaire juste pour les plus utiles ? N'est-ce pas encouragements pour les autres à se dépasser, à gagner leur place au sein de la caste ? N'est-ce pas, enfin, moyen nécessaire pour affirmer leur autorité sur le peuple ? Ce dernier ne reconnaîtrait guère souverain en guenilles ; à l'inverse, une tenue élégante instillera le respect. N'en a-t-il pas toujours été ainsi ? Qui donc embauchait homme se présentant en tenue débraillée, à l'époque de la démocratie ?
Et à propos d'employeur… qui était celui de cette assassine ? Je n'étais guère aveugle, tout portait à croire qu'un Agapè avait trouvé bon de censurer l'auteur… définitivement. Pourtant, c'était non seulement immoral et indigne, mais aussi profondément stupide ! De simple contestataire, il deviendra martyr : ses livres se revêtiront d'une aura sacrée, et ses lignes seront alors clamées comme incontestables. Pourquoi le Roi s'embarrasserait-il à le faire disparaître si ce n'était par crainte de ses mots, et donc leur véracité ? En vérité, cet homme et ces élucubrations ne représentait pas un danger pour nous… tant qu'il ne mourrait pas dans des conditions suspicieuses.

Malheureusement, mes détours ne passèrent guère plus longtemps inaperçus.
 - -Hé... On est où la ? On s'éloigne de la destination.
Un frisson atroce me courut sur l'échine : de mon habilité au mensonge dépendait, dès maintenant, mon existence. J'espérais pouvoir nous éloigner plus encore, mais les choses se précipitaient. Il me fallait déjà procéder à l'étape seconde, bien que le manque de temps ne manquât pas d'exacerber mon angoisse. Et si j'échouais ? Et si, à avoir été trop gourmande, je finissais par tout perdre – sa capture, la vie de l'écrivain et la mienne ? Il était trop tard pour changer de voie : le moindre faux pas et sa lame tranchera ma gorge… ou pire. Sans doute me torturera-t-elle pour m'arracher la bonne voie et jamais je ne céderai, promesse alors de souffrances longues et… Je chassai ces pensées. Si la terreur eut pu au moins protéger ma vie quelques minutes plus tôt, dès à présent, il n'en était plus rien : qu'elle la sente, et elle saura mes mensonges. Alors, tout sera perdu…

Aussi, quand elle s'approcha, je ne cillai pas.
 - -Hé... On est où la ? On s'éloigne de la destination.
Si je n'étais guère actrice talentueuse, j'étais d'un courage rare et d'un sang-froid exemplaire – quand mes principes n'étaient point attaqués, du moins. Je plongeai mon regard dans le sien, priant pour qu'elle n'y lise pas l'angoisse qui m'habitait, et rétorquai d'un ton offensé :
 - Mes excuses, mademoiselle, je ne suis point guide experte ni même habituée des lieux ! Par repères et vagues indications, il m'a été possible de trouver la demeure, mais non point par le chemin le plus court ! Auriez-vous préféré que je me sois avancée à l'aveugle plutôt que de suivre voie certes plus longue, mais connue ?
Je vis là l'opportunité d'amener naturellement l'acte clé de mes projets. Je forçai un soupir agacé, et sur un ton plus calme, proposai :
 - Mais soit, sans doute êtes-vous pressée. Je vais appeler proche plus savant en la matière, il devrait pouvoir aider.
Sans attendre sa réponse, je saisis mon Steamgram et initié la communication avec Galaad. Comme je m'y attendais, il ne tarda pas à réceptionner l'appel :
 - Erial ?
Sa voix me rassura quelque peu, mais m'inquiéta plus encore : pourrai-je encore l'entendre ce soir ? De plus, je n'aimais guère l'impliquer dans telle affaire. Je connaissais sa peur de voir sa vie bouleversée par quelque sombre affaire, j'eus préféré ne pas l'y confronter. Cependant, sa seule tâche était de transmettre un message tout en restant dans notre quartier, le risque et l'impact étaient fort limités…
 - Galaad ! Je dois guider Thésée dans le Dédale qu'est le Queens. Aideras-tu la fortunée Ariane à assister son destiné dans sa quête ?
Nul sarcasme dans ma voix : l'objectif était bien qu'il comprenne que le message était singulier, tout en amenant le thème mythologique à son esprit. "Son destiné"… s'il ne l'avait oubliée sur une île en récompense de son aide. Pourtant, il me demanda simplement l'adresse, en me taquinant gentiment sur mon génie pas si génial. Avait-il seulement relevé l'erreur ? Je devais mimer l'agacement ; il fut naturel, amplifié par la crainte.
 - Ne m'oblige pas à devenir Cassandr- cassante, fis-je semblant de me corriger, comme si la colère avait fait fourcher ma langue. Il s'agit de la maison juste à côté de notre ami Erginos, et le temps presse pour y arriver.
Cassandre, maudite par les dieux, capable de prophétiser les catastrophes mais que nul ne pouvait croire. Erginos, pris et tué en embuscade par Héraclès. Comprendra-t-il ? Il n'était guère dans mes habitudes de trébucher sur un mot, et nous n'avions guère d'amis nommé Erginos…

Il ne me déçut point : je sentis sa voix trembler quand il me répondit.
 - D'ac-cord. Il me plairait d'ailleurs de prendre un repas commun avec eux pour parler de certains projets. Pas toi ?
La crainte que je lisais dans sa voix m'était souffrance, mais avais-je le choix ? A sa question, référence aux agapes, je répondis :
 - J'en serais ravie, et le plus tôt possible ! Mais je n'ai guère le temps de tenir la conversation…
Je lui donnai le nom de l'adresse à laquelle nous étions, et lui demandai comment rejoindre le plus rapidement le chemin que je connaissais. "La seconde à gauche", inventa-t-il, et je le remerciai.

Il se tut un moment puis ajouta :
 - Reviens vite.
Ce n'était une simple formule de politesse, malgré son apparente légèreté. Et je n'en fis pas non plus :
 - A ce soir.
L'appel fut coupé, et je me retrouvai à nouveau seule avec un trio de bourreaux. Je n'avais pu voir l'expression de la femme, craignant qu'un examen de son faciès sème le doute en elle… et par crainte de ce que j'y lirais. Cependant, il me fallait à présent savoir : je levai le regard vers elle.
 - Veuillez accepter mes excuses pour ce contretemps. A présent, je puis vous mener par le chemin le plus court.
Je ne pouvais qu'espérer qu'elle ne puisse lire mon rythme cardiaque, comme le faisaient certains prédateurs…

©️ Halloween




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Lun 28 Mai 2018 - 23:18
Perdue
Cloud ft Erial






C'est qu'elle n'en démord pas, la petite. Petite par sa taille, mais quelle grande langue ! Une vraie pipelette. Et quel discours ! Tu as bien du mal à la suivre, Cloud. Tu n'as plus l'habitude des longs discours, tu n'as même plus l'habitude de discuter. Ta lame parle plus que toi.
Et puis, ça ne te plait pas trop, ce que dit la demoiselle. Elle estime que les privilèges sont justes ? Que cela encouragerait les autres à se rendre utiles ? Utiles en quoi, à servir de boucs émissaires ? De ne pouvoir s'habiller autrement qu'en guenilles, et donc d'être incapables d'être mieux respectés ?
Cela te rend furieuse, Cloud. Toi, tu étais en guenilles aussi, devant cette fausse milice qui te persécutait, qui se moquait de la folle que tu es. Et la encore, comparée à cette jeune fille, tu fais bien pale figure. Est ce que tu vas répondre pour encore te faire ridiculiser, ma chère ?

Oh, non, cette fois c'est toi qui attaque ! Et quel froideur dans ta voix, quelle noirceur dans ton regard ! Tu lui crache le venin que tu avais accumulé en entendant son langage fleuri de petit noble lèche bottes du roi. Crois tu que cela suffira pour la faire sortir de sa superbe ? Pas du tout !

-Mes excuses, mademoiselle, je ne suis point guide experte ni même habituée des lieux ! Par repères et vagues indications, il m'a été possible de trouver la demeure, mais non point par le chemin le plus court ! Auriez-vous préféré que je me sois avancée à l'aveugle plutôt que de suivre voie certes plus longue, mais connue ? Mais soit, sans doute êtes-vous pressée. Je vais appeler proche plus savant en la matière, il devrait pouvoir aider.

Tu grognes un peu, ne pouvant t’empêcher de grimacer devant son air pompeux. Toi qui as des manières de paysanne -ou plutôt, pas de manières du tout- tu n’as jamais supporté de te retrouver face à ces bonnes gens, toi qui ne comprends même pas vraiment leur langage.
Et pour ne rien comprendre, pour le coup, ce n'est vraiment rien du tout ! La petite fille prend son Steamgram, comme pour demander son chemin. Tu tends l'oreille, n'ayant aucun scrupule à écouter leur conversation, mais tu ne comprends rien à rien. Est ce que les riches se parlent toujours comme ça, avec des codes, comme un jeu ? Est ce à cause de leur hypocrisie, qu'ils ne puissent pas se parler franchement et clairement ? Peu t’importe de toute façon : ton langage à toi, c’est celui de ta lame.

Tu observés la petite demoiselle, bras croisés, visage fermé, jusqu'à ce qu'elle finisse sa conversation. Elle lève son regard vers toi, et, tu découvres avec surprise qu'il n'est pas aussi méprisant et assuré que ce à quoi tu t’attendais. Non, il y a une lueur dans son regard que tu reconnais...

-Veuillez accepter mes excuses pour ce contretemps. A présent, je puis vous mener par le chemin le plus court.
-Ok.

Tu ignores ce sentiment et te remets en marche. C'est le cadet de tes soucis de toute façon. Cette fille ne te sert que de guide. Et si elle te gêne trop, tu n’auras qu'à t'en débarrasser. Tu dois bien redorer ta réputation après tout, il ne faudrait pas que ta ville natale t'oublie déjà.
Tu te remets donc à suivre la petite, sans chercher à relancer la conversation cette fois. C'est un peu le calme avant la tempête. La météo a annoncé des intempéries cet après midi.
Mais tu sens encore qu’il y a quelque chose qui cloche. Tu entends du bruit, alors que tout à l'heure c'était le calme plat. Les gardes sont censés être à leur poste, c'est à dire pas ici. Toi qui es habituée à préparer un assassinat, tu sais que c'est mauvais signe.
Mais c'est justement parce que tu es habituée que tu sais que des sacrifices sont nécessaires, en cas d’imprévus. D'un coup, sans prévenir, tu agrippes violemment la gamine par le bras, et tu la tires avec toi, jusqu'à un coin de rue qui semble isolé, à l'ombre. D'une rapidité professionnelle, tu sors un petit scalpel et le presse contre la gorge de ton interlocutrice.

-Fini de jouer. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais conduis moi tout de suite aux appartements de McFly. Et tu as intérêt à savoir où c'est.

Dans tous les cas, tu sais qu’elle n'en sortira pas indemne. Enfin, tu auras l’occasion de lui fermer son clapet ~



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